‹ L'art nationalChapitre 16 sur 88 · MARAN ATHA, MARAN ATHA · texte numérisé non relu

MARAN ATHA, MARAN ATHA

Le Seigneur arrivait, comme on disait du temps de saint Jean.

« Exemple frappant, dit M. Renan, d'une influence réciproque entre l'histoire matérielle de la planète et l'histoire du développement de l'esprit dans l'humanité. »

Le monde était affolé de miracles. L'archevêque de Sens découvrit un fragment de la baguette de Moïse; à Saint-Julien d'Anjou, on assura avoir trouvé une des sandales de Jésus-Christ; à Saint-Jeand'Angély, le chef de saint Jean-Baptiste. Il fallait bien des reliques ultra-saintes pour guérir de tels maux.

Un trouble extraordinaire agitait tous les cœurs, aveuglait tous les yeux. Ceux auxquels l'Eglise retirait sa protection enfantaient des monstres. La reine Berthe, que le peuple appelait la reine Pédauque, ' excommuniée par les évêques et près de laquelle il n'était resté que deux serviteurs, qui détournaient la tête en l'approchant et purifiaient par le feu les vases dans lesquels le roi et la reine avaient bu et mangé, — la reine Pédauque accoucha d'un fils dont le col et la tête étaient d'une oie, et non d'un homme.

« Maudits avec Judas Iscariote, Gaïphe, Hérode et Ponce Pilate, maudits tous ceux qui désobéissaient aux évêques, fussent-ils même princes et rois; maudits avec Dathan et Abiron, maudits avec les Juifs, les hérétiques et les blasphémateurs ; maudits de jour, excommuniés de nuit, debout, assis, buvant, mangeant, dormant, au printemps, en été, en automne, en hiver; maudits dans toute la charpente de leurs membres, du sommet de la tête à la plante des pieds. Anathème! anathème! à moins qu'ils ne se repentent ou qu'ils no viennent donner pleine et entière satisfaction au Seigneur. »

Hors l'Eglise, rien. Elle seule pouvait lier et délier, sur la terre comme au ciel.

Le clergé profita de la terreur et reçut de toutes mains les biens, les maisons, les terres, les châteaux, qu'on lui offrait pour détourner la colère de Dieu.

Il s'enrichit formidablement.

On tua des juifs par milliers-; on brûla quelques hérétiques à Orléans, à Toulouse et ailleurs, toujours pour apaiser ladite colère;

1. Pédauque, de /)« au"x (pied d'oie) est le nom donné par le peuple à la statue d'une reine dont on renconlre encore quelques images dans nos calliédralcs.

11 en subsistait de nombreux spécimens à la fin du dernier siècle.

On en voyait un au prieuré de Saint-Pourçain d'Auvergne. L'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, celle do Sainte-Marie de Ncsic, au diocèse de Troyes, celle de Saint-Pierre de Nevers possédaient également des figures de cette reine, dont un pied avait la forme d'une patte d'oie.

Comme Robert fut protecteur de l'abbaye de Saint-Bénigne et que sa statue s'y trouve placée en face de celle de la reine Pédauque, on a tout lieu de croire que cette mystérieuse effigie ne représente ni Clotilde, comme le dit Montfaucon, ni Berthe aux grands pieds, femme de Pépin le Bref, ni la reine de Saba, comme le prétend l'abbé Lebeuf, mais bien l'épouse excommuniée dun bon Robert, roi de France. La légende de son fils ne peut, du reste, que confirmer cette explication toute simple et toute naturelle.

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puis Ton attendit patiemment l'arrivée de celui qui devait venir établir définitivement le règne de Dieu sur la terre.

Le Christ, pour les prélats du xi" siècle, n'était plus ce doux rêveur qui s'en allait de pêcheries en pêcheries, sur les bords du lac de Génézarcth, au milieu des figuiers aux fruits savoureux et des oliviers au feuillage argenté, caressant les têtes blondes des petits enfants qui se pressaient le long de sa robe; jetant une bonne parole à la belle Mario de Magdala; causant, tranquillement assis sur le rebord d'un grand puits, avec la Samaritaine, ou relevant, sur le pavé du temple, la femme adultère qu'on se préparait à lapider.

Non, le Seigneur de ce temps ne connaissait ni les lis des champs, ni les oiseaux du ciel, ni les montagnes lointaines, dont Jésus savait tirer des enseignements si suaves.

Il n'aurait jamais fait sa compagnie de marchands de poisson, de douaniers et de gens du menu peuple.

« Alors, dit saint Jean, je fus ravi en esprit un jour de dimanche, et j'entendis derrière moi une voix forte et éclatatilo comme le son d'une trompette.

» Aussitôt je me tournai pour voir de qui était la voix qui me parlait, et, m'étant tourné, je vis sept chandeliers d'or.

» Et, au milieu de ces sept chandeliers d'or, je vis quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme. Il était vêtu d'une longue robe et ceint d'une ceinture d'or au-dessous des mamelles.

» Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine et comme de la neige, et ses yeux paraissaient comme une flamme de feu.

» Ses pieds étaient semblables à l'airain fin quand il est dans une fournaise ardente, et sa voix égalait le bruit des grandes eaux.

» Il avait en sa main droite sept étoiles, et de sa bouche sortait une épée à deux tranchants et bien affilée, et son visage était aussi brillant que le soleil dans sa force. »

» Fui in spirilu in dominica die et audivi post me vocem magnam tanquam tubœ.

» Et conversus sum ut viderem vocem quœ loquebatur mecum : et conversus, vidi septem candelabra aurea.

» Et in medio septem candelabrorum aureorum, similem Eilio hominis, vestitum podere, et prœcinctum ad mamillas zona aurca.

)) Gaput autem ejus et capilli erant candidi tanquam lana alba et tanquam nix, et oculi ejus tanquam flamma ignis.

» Et pedes ejus similes aurichalco sicut in camino ardenti, etvox illius tanquam vox aquarum multarum.

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Fig. 166. — Tympan do l'église do La Lande-de-Cubzac (Gironde), d'après M. de Caumont.

» Et habebat, in dextera sua, stellas septem, et de ore ejus, gladius, utraque parte acutus, exibat, et faciès ejus, sicut sol lucet in virtute sua... » [Apocalypsis, caput primum, v. 10 à IG.)

Voilà, dans toute sa splendeur merveilleuse, l'idée qu'on se faisait chez nous du Fils de Dieu, quelques années après l'an mil.

Le fronton de l'église de La Lande-de-Gubzac nous en donne un frappant exemple (fig. 166).

Le Christ, ceint d'un ruban sur lequel le sculpteur a gravé ces deux mots : zona aurea, est debout dans sa robe blanche ; près de sa tête, un large glaive se dessine, au-dessus d'une espèce de plante fantastique. Sa main droite soutient un cercle dans lequel sont repré-

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sentées sept étoiles. Jean, étonné, le contemple en rejetant la tête en arrière. Près de lui, sept petits dômes superposés indiquent les sept Eglises d'Ephèse, de Smyrne, de Pergame , de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie, de Laodicée , auxquelles l'apôtre adresse le récit de sa vision. — Autour se déroule l'inscription suivante :

Ȕ< JOHES VII EGCLIIS. QUE SUNT

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