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PAPA VIVE DEO

et, contournant la grande tour, pénétrons dans la cathédrale par l'autre oreille, comme dit le- populaire.

1. P'est, paraît-il, à l'iniliative de l'abbé Combalol que l'on doit ce colosse fabriqué avec les canons pris à Sébastopol, et qui s'appelle Notre-Dame-de-Prance. Nous n'avons pas à critiquer l'œuvre du sculpteur Bonnassicux; mais, grand Dieu! quel efTct maussade produit sur son piédestal de br&che volcanique cette immense Notre-Dame !

Dans un paysage superbe, dont les lignes harmonieuses semblent avoir été tracées par la main d'un maître, et combinées divinement pour le plaisir des yeux, près d'une cathédrale gigantesque par ses proportions, et surtout par son aspect, ils ont déposé cette masse qui écrase tout de son poids.

Quand on a passé quelques jours au Puy, on finit par être agacé de rencontrer Ji chaque détour de rue, au-dessus de chaque place, au bout de chaque perspective, ce colosse toujours, et encore ce colosse. La disproportion est ici choquante.

La nature a des lois qu'elle ne permet pas de transgresser. On ne devrait pas laisser les hommes la défigurer selon leur bon plaisir.

La Vierge du Puy fait tache sur son rocher si pittoresque par lui-même. Si quelqu'un

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Ici, tout est du temps : boiseries, ferrures, pentures, gonds et clous à tête de diamant. On dirait Vhuis d'un donjon, bien plutôt que l'entrée d'une maison de paix et de prières (fig. 218). De l'intérieur,

Fig. 217. - Porte Papale, à la cathédrale du Puy ; place de l'Évêché.

nous ne dirons rien, si ce n'est que, comme toutes les églises

s'avisait de vouloir planter la colonne Vendôme sur lArc-de-Triomphe de l'Éloile, on

bon ordre.

romanes

y mettrait

tout d!" '"''''h' f ''!' "" ''" ^'"'' '''"' "' J""'"^''^' <=^"^ P^"^^« ^^«^°«. 1"^ °'e^t pas du tout dans son cadre. Le colossal est rarement grand, quoi qu'on en dise.

primitives, la cathédrale du Puy, avec ses hautes coupoles octogonales, ses voûtes en berceau, ses fenêtres étroites, ses piliers massifs, ses absidioles jumelles et son chœur carré, est pleine du calme, de

Fig. 218. - Vieille porte du xie siècle, à la cathédrale du Puy-en-Vclay.

l'ombre et du mystère des anciens sanctuaires de ces siècles de foi profonde et de complète soumission.

Mais quand, par le bas côté de gauche, on pénètre dans le cloître, la surprise est immense (fig. 219 et 220).

L'œil n'étant plus distrait par la vue d'aucun édifice moderne, le rêve s'empare de votre imagination, et l'on se croit transporté en

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plein pays du soleil. Des mosaïques de pierres rouges, blanches et noires, couvrent toutes les arcades; au loin se profile, au-dessus de l'église, la grande coupole ronde du chœur, ou le fronton des tran-

Fig. 219. — Vue du cloître de la cathédrale du Puv.

septs, décoré des mêmes losanges et des mêmes carrés, aux couleurs variées. Au fond, c'est à travers une grille délicieusement ajourée (fig. 221) que l'on aperçoit les escaliers qui descendent au grand porche ; une hautp forteresse, avec ses murs noirs et ses meurtrières

allongées, s'étend à l'angle opposé. C'est l'Orient dans toute sa grandeur sauvage, mystique et lumineuse. En suivant cette rampe, ce sont les minarets de Sainte-Sophie qui vont se dresser à l'horizon.

Fig. 220. - Vue du cloître de la cathédrale du Puy.

détachant leur blanche silhouette sur la grande ligne bleue du Bos-

phore

rue

Vous marchez, et la vue des toitures rouges des maisons de la RochetaiUade, la verdure fraîche de l'immense bassin de la

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Haute-Loire, les courbes délicieuses de la longue chaîne du Velay. vous ramènent bien vite à la réalité (fig. 223).

Fig. 221. — Grille en ter forgé, dans le cloître de Notre-Dame du Puy.

Quelle fière contenance devaient avoir là-haut ces grands seigneurs, quand, appuyés sur leurs crosses d'ivoire, ils bénissaient le peuple agenouillé sur les marches sacrées du temple. Certes, ils

pouvaient bien se vanter, sans vergogne, de posséder le royaume de Dieu sur la terre, lieutenants superbes de celui qui, de Rome la grande, distribuait à l'univers les sceptres et les couronnes.

C'était bien aussi l'explication qu'ils donnaient du bâton pastoral, qui commença à cette époque à devenir le symbole de leur puissance

Fig. 222. — Développement do l'ornementation de la grille (le Notre-Dame du Puy.

ici-bas. Qu'on nous permette, à propos de cette crosse, une légère digression, qui nous paraît devoir trouver ici sa place naturelle.

La crosse a été de tout temps le bâton du pasteur. Les évêques, qui avaient reçu du ciel la mission de conduire le troupeau du Seigneur, prirent pour signe de leur office ce naïf sceptre du vulgaire berger.

« Accipe », dit le Pontifical romain, dans la formule liturgique prononcée par le consécrateur au moment du sacre des prélats, « Accipe baculum pastoralis officii, ut sis in corrigendis vitiis pie sœviens, judicium sine ira tenons, in fovendis virtutibus auditorum

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animas demulcens, in tranquillitate severitatis censuram non deserens. » — « Reçois ce bâton, signe de ta dignité de pasteur, afin que

Fig 223. — Vue prise sous le porche de la cathédrale du Puy.

tu sois pieusement rigoureux dans la correction des vices, que tu rendes la justice sans colère, caressant pour les âmes de tes fidèles; tout en excitant leurs vertus, n'abandonne jamais ton droit de censure ; mais exerce-le toujours avec une sévérité tranquille. »

Chez les Grecs, ce bâton était appelé TtotT-ripvriffcx, pour désigner la sollicitude paternelle qui devait être le principal caractère de son porteur, et Sixavtxiov, pour signifier l'amour que celui-ci devait toujours avoir de la justice.

Les missionnaires venus d'Irlande le nommaient cambotta. « Baculum quem vulgo cambottam vocant. » Le mot crocia remonte au xi^ siècle : « Baculus abbatis, qui crocia dicitur. »

Fig. 224. — Taus, bâtons d'évêqucs des premiers siècles : Tau d'ivoire de l'abbaye de Fccamp. — Tau de saint Loup. — Tau do l'abbé Morard (Saint-Germain-des-Prés). — Tau de Gérard, évêque de Limoges.

Sa première forme était celle du tau grec; il était alors une simple béquille sur laquelle les vieillards, auxquels on confiait la garde des brebis saintes, s'appuyaient en allant à l'autel.

Nous donnons ici une série de ces taus, pris dans le magnifique ouvrage du P. Arthur Martin, à l'article : « Le Bâton pastoral dans ses formes successives » (fig. 224).

Celui du centre est le bâton de saint Loup, conservé dans la ville de Brinon-l' Archevêque. Au-dessus d'une hampe de bois grossier est enchâssé, dans une monture d'argent, un morceau de cristal formant un ovale aux bouts échancrés. Cet ovale, placé horizontalement, se trouve surmonté d'un autre morceau de cristal placé au sommet.

comme pour protéger l'extrémité de la hampe. C'est le « baculus de summitate cristallina. »

Au-dessous figure le tau de l'abbé Morard, trouvé dans son tombeau à Saint-Germain-des-Prés ; il est actuellement conservé au Musée de l'hôtel de Cluny.

A gauche, nous avons placé le bâton d'ivoire provenant de l'abbaye de Fécamp, aujourd'hui déposé au musée de Rouen. Le

Fig. 225. — Crosses primitives du xie siècle : Crosse de Lyon. — Crosse du Musée d'Angers. — Crosse de saint Lizier. — Crosse de saint Godehard.

P. Martin voit, dans l'homme tout nu qui occupe son centre, l'enfant de la loi nouvelle prophétisé par Isaïe, le représentant du nouvel âge d'or ramené par l'Evangile, qui chasse loin de lui les passions mauvaises, symbolisées par des bêtes et des rinceaux entortillés. L'explication est quelque peu spécieuse ; nous ne la discuterons pas, renvoyant le lecteur aux savants commentaires qui l'accompagnent. (V. Mélanges archéologiques, t. IV, p. 176.)

Le tau de droite appartint, dit-on, à Gérard, évêque de Limoges, fils de Guy, vicomte de la même ville, mort à l'abbaye de Gharroux, en 1022.

Après les taus vinrent les crosses recourbées. Les plus anciennes représentent toujours le combat du dragon contre la croix ; nous

donnons ici, d'après le P. Martin, quelques spécimens de ces crosses (fig. 225).

La première est en ivoire; elle appartient au musée archiépiscopal de Lyon.

La seconde a été trouvée dans l'ancienne église de Toussaints, à Angers ; elle est en cuivre et figure actuellement dans les vitrines du musée de cette ville.

La troisième est la croix de saint Lizier ; elle est en ivoire orné de plaques d'argent. On lit au-dessous du pommeau cette inscription, qui a quelque rapport avec la formule liturgique citée plus haut :

CUM IRATUS FUERIS MISERICORDIiE RECORDABERIS.

« Conseil touchant, dit notre auteur, donné par l'Eglise au pasteur pour qu'il sache imiter son cœur de mère. »

La dernière enfin est celle de saint Godehard, évêque du xi*" siècle, mort en 1038. On y lit de même, près de l'anneau, une inscription ainsi conçue :

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