PI. VI
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Sur les bords du fleuve qui serpente si gracieusement à travers les plaines de l'Ile-de-France, et s'écoule tranquille et calme à l'ombre des riches coteaux de la plantureuse Normandie, existe un autre point culminant encore plus farouche peut-être que celui de Grussol : c'est le château Gaillard, aux Andelys (fig. 341).
Un paysage divin, qui devait si souvent inspirer plus tard le peintre des vastes horizons. Poussin, le grand maître né dans une
Fig. 342. - Donjon du château Gaillard; reconstitution de VioUet-le-Duc.
chaumière cachée dans ce coin merveilleux de la vieille France, s'étend à perte de vue au pied de ce castel ; des peupliers blonds bordent la rivière, de grands arbres majestueux étendent leurs sombres rameaux au-dessous des immenses falaises. Un petit village modeste et silencieux aligne ses maisons basses à l'ombre de ces verdures ; là-haut se dressent, sur un roc abrupt, les assises rougeâtres de l'antique demeure du roi Richard.
Le Cœur de Lion était un homme de guerre consommé, batailleur jusqu'à la témérité, payant largement en tout lieu de sa personne ; mais, outre sa bravoure à toute épreuve, il possédait encore le coup d'oeil prévoyant, expérimenté, plein de ressources, du plus habile ingénieur de son temps.
On est forcé de le reconnaître devant cette admirable citadelle, construite sous son immédiate direction ; la position, savamment re-
l'art national. — n.
cherchée par lui, le rendait maître d'un seul coup du cours de la Seine, défendait Rouen de toute attaque et menaçait, en cas d'invasion, son redoutable adversaire, le roi de France, d'une bataille qui aurait pu lui coûter cher.
liCS savants considèrent le donjon du château Gaillard, dont nous
Fig. 313. — Crypte du château Gaillard, près des Andclys.
donnons une restitution d'après Viollet-le-Duc (fig. 342), comme le chef-d'œuvre du genre.
Du reste, Richard était fier de la noble forteresse sortie tout entière de son cerveau de grand capitaine; quand il l'eut terminée, en quelques mois, un jour qu'il la regardait du haut d'une colline voisine, il s'écria, dans l'enthousiasme d'une âme vraiment guerrière : — « Quelle est belle, ma fille d'un an! »
Tant qu'il vécut, Philippe-Auguste, malgré sa réputation bien acquise de grand preneur de murailles, n'osa tenter de faire le siège
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du château Gaillard. Après la mort do ce prince, lorsque la province normande fut tombée aux mains du triste Jean sans Terre, le roi de France, qui savait le prix de ce point stratégique, après un siège
Fig. 3H. — La tour de César, donjon de la ville de Provins.
mémorable raconté tout au long par un chroniqueur du temps, Guillaume le Breton, entra dans la grosse tour du roi d'Angleterre et s'y maintint. L'effet moral de cette capture fut si complet que la Normandie tout entière fit retour à la couronne de France.
L'orgueilleuse demeure du légendaire croisé devint, triste des-
tinée des choses d'ici-bas, une simple prison politique, bonne à enfermer des femmes légères. Blanche de Bourgogne y séjourna quelque temps, pour de là aller finir ses jours à l'abbaye de Maubuisson.
La célèbre Marguerite, épouse déréglée de Louis X, y fut séquestrée par ordre de son époux ; on l'étrangla dans sa prison. La légende assure qu'elle mourut dans la crypte dont nous donnons ici le dessin
(fig. 343).
Le château Gaillard a été démantelé par Henri IV en 1606.
Fig. 345. — Reconstitution du donjon de Provins ; d'après VioUet-le-Duc.
Devançant Richelieu dans son œuvre patriotique, le Béarnais^inaugura par cette première destruction la guerre d'extermination que devait conduire à bien, avec tant de ténacité superbe, le terrible cardinal, sous le règne effacé du roi Louis le treizième.
Une autre forteresse, que sa position près d'une ville libre a pu préserver de toute démolition vengeresse, va nous donner un aspect bien plus complet des constructions militaires de l'époque des croisades : c'est le donjon de Provins (fig. 344). Celui-là, sur sa motte de terre cernée de murs épais, dresse toujours son octogone flanqué de petites tours encore ornées de leurs toits en poivrière.
On l'appelle la Tour de César ou Tour du roi^ ou simplement Notre sire le Roi.
Avec lui, comme avec Étampes, dont nous allons parler tout à
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l'heure, on revient à la butte féodale de Gisors, au logis central de la grande station mérovingienne.
Nos gravures (fig. 345) nous dispensent, ce nous semble, d'une
Fig. 346. — Reconstitution du donjon d'Étampcs ; d'après VioUct-le-Duc.
description technique. Provins est presque complet : des tourelles, des hourds \ des ponts-levis, des douves, des fossés en défendaient
1. Les ,hourds étaient des échafauds formés de madriers puissants placés en dehors de la bâtisse. Ils furent remplacés plus tard par les mâchicoulis de pierre, que Richard Cœur de Lion naugura du reste, comme on peut le voir à la ligure 342, dans .la conslruction de son château Gaillard.
partout l'approche immédiate, grande et seule préoccupation des constructeurs de ce temps, qui avaient à résister à la sape, à la mine et à l'assaut, seuls moyens de pénétration possibles au sein de ces
Fig. 347. — La tour Guinottc, à Étampcs.
énormes murailles de pierres massives. La reconstitution de Violletle-Duc nous montre très clairement l'emploi de ces lourds^ l'usage de ces ponts-levis. N'ayant pas à nous occuper spécialement de l'art de la guerre, qui est hors de notre compétence, nous nous contenterons ici de signaler ce mode de défense, sans nous y arrêter plus longtemps.
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Nous retrouvons ce système d'application extérieure de galeries de bois mobiles à la tour d'Etampes (fig. 346).
Dans ce château des Quatre-Tours , comme on disait jadis, ces défenses en charpentes n'étaient qu'un luxe de précautions. La construction en forme de quatre-feuilles donnait un flanquement déjà très suffisant pour arrêter tout assaut à la base du donjon.
La tour d'Etampes, située au milieu d'une cour très vaste, protégée par un mur de contre-garde dont il reste partout, sur les collines, des débris encore apparents, est peut-être plus mérovingienne que le donjon de Provins. Les féodaux avaient des traditions qu'ils conservaient aussi pieusement que les vilains gardaient les leurs. Elles étaient seulement d'autre sorte.
Le peuple nomme le donjon d'Etampes la Tour Giiinette, du vieux mot français guigner, voir de loin, observer; parce qu'en efTet sa situation au-dessus des plaines de la Beauce le rendait singulièrement propre à cet usage (fig. 347). C'est toujours la guette de Grégoire de Tours, perfectionnée par l'habitude d'un pillage plus lucratif et moins dangereux.
Au milieu de tous ces sanglants repaires, il n'est pas rare de rencontrer des chapelles samtes ; Château-Gaillard en avait une taillée dans le roc, qui s'est écroulée dernièrement en emportant avec elle tout un flanc du coteau, au-dessus duquel se trouve le château ^
Beaucaire, dans l'ancienne résidence des comtes de Toulouse, en possède une autre entièrement de l'époque romane, ornée d'un petit clocher carré percé de fenêtres géminées (fig. 348.)
C'est qu'alors déjà commençait, dans ces lieux de brigandages, à se faire sentir l'influence de la femme, qui devait plus tard parvenir à civiliser ces terribles pillards. Ceci est une question trop importante
1, C'est le 4 janvier 1861 qu'eut lieu cet accident. Le mamelon dans lequel était creusée la chapelle se détacha tout à coup à la suite de pluies torrentielles et vint se ruer, avec une force extraordinaire, contre une maison, qu'il renversa complètement.
Cette chapelle était habitée par une vieille femme qui était sortie au moment de l'éboulement. Une petite fille, assise à une table, en train d'écrire près d'une fenêtre, fut protégée par les charpentes qui, tout en se renversant, formèrent voûte au-dessus de la tête de l'enfant en la préservant d'une mort certaine.
Il ne reste plus aujourd'hui aucune trace du sanctuaire du roi Richard.
pour la traiter à cette place; réservons-la pour plus tard, si jamais il nous est donné d'étudier les cours d'amour, les joutes, les tournois, les troubadours et la civilisation toute littéraire qui transforma ce monde resté si longtemps barbare et créa, grâce aux haultes dames, ce qu'on put justement appeler la fleur de la chevalerie française.
Fig. 348. — Chapelle romane, dans la cour extérieure du château de Beaucaire.
Pour nous résumer d'un seul mot, les châteaux forts du xii* siècle, tout en devenant un peu moins sombres que ceux de la période précédente, n'en restèrent pas moins des demeures redoutables près desquelles on ne passait qu'en tremblant. L'art proprement dit n'a rien à recueillir dans ces séjours moroses; ne nous y attardons pas davantage.
Après avoir étudié ces logis, il nous reste maintenant à donner quelques détails sur les guerriers qui les hantèrent et à parler de leurs costumes, un peu plus intéressants que leurs noires murailles.
Passons donc en revue les vêtements de guerre des héros de la croisade.
Fig. 349. — Faisceau d'armes du xiie siècle, d'après la reconstitution du Musée d'artillerie. — Haubert de mailles ; casque à nasal ; bouclier avec umbo ; pennons, etc.
Il ne faut pas demander beaucoup à l'imagination lente de ces braves porteurs de sabre. Aussi ne nous étonnerons-nous pas de les trouver, à la fin du xn« siècle, à peu près vêtus comme du temps de la conquête de Guillaume le Bâtard.
La hroigne, dont nous avons fait plus haut une description sommaire, est simplement remplacée à cette époque par le haubert de mailles, appelé quelquefois jaseran : casaque entièrement tressée en métal, fendue par devant, par derrière, quelquefois même de côté, jusqu'à la ceinture, qui s'appliquait sur le corps [fer-vestir] au-dessus d'un pourpoint rembourré, que l'on nommait le gambison.
Le haubert s'arrêtait au cou ; on protégeait cette partie du corps au moyen d'un capuchon de cuir d'abord, de mailles 'ensuite, armé d'une cervelière, sorte de turban appelé quelquefois mortier, sur lequel se posait le casque.
Les casques, au xn^ siècle, sont assez semblables à ceux des guerriers de la tapisserie de Bayeux : bonnets coniques, armés d'une pointe avec tiasal très accentué. Ils portent parfois l'emblème de l'écu peint sur les côtés, comme celui de la figure 349, copié sur l'émail du Mans; que nous avons reproduit dans son entier à la planche 5, page 405.
Plus tard, ils deviennent de vrais heaumes : coiffure cylindrique, plate au sommet , avec visière entièrement fermée et vue barrée par un renfort vertical ; harnais de guerre horriblement fatigant à porter, mais si utile pour arrêter les coups d'épée, les jets de lance, les sagettes et les masses d'armes, qu'à la bataille de la ferme de Bremule, sur neuf cents chevaliers, il n'y en eut que trois de tués, tant étaient solides ces armes défensives. [Histoire de France de Bordier, p. 255.)
Le bouclier est armé d'un umbo, dont la saillie est fortement accusée; il est entièrement peint aux couleurs et armes du chevalier qui le porte (fig. 349). A ces longues targes, façonnées en forme d'amandes, assez lourdes et d'un maniement difficile, surtout à cheval, succèdent, à l'époque des croisades, les êcus, plus petits, plus légers et plus élégants (fig. 350), invariablement ornés dès ce moment du blason particulier au seigneur. C'est du \\f siècle que datent les armoiries des gentilshommes.
A l'origine, elles ont toujours une signification, soit historique, soit légendaire.
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Nous donnons ici l'écu de Matthieu de Montmorency, reconstitué par M. le colonel Le Clère, d'après un sceau du temps. On sait la tra-
Fig. 350. — Heaume, jascran, ccu et bannière de Matthieu de Montmorency, d'après un sceau de l'époque ; reconstitution du Musée d'artillerie de Paris.
dition conservée dans la famille des Bouchard, relativement à cet écu. Les Montmorency portaient d'abord : (Voy% à la croix d" argent cantonnée de quatre alèrions d'azur; ce qui était contraire aux règles
héraldiques, qui défendent de mettre métal sur métal ou couleur sur couleur. A la bataille de Bouvines, Matthieu de Montmorency prit sur l'ennemi douze étendards, non sans avoir féri, pour ce faire, des
Fig. 351. — Heaume, ccu et haches d'armes des Montmorency; d'après la reconstitution du Musée d'artillerie.
coups nombreux et brillants. Couvert de blessures, comme il venait sur le soir faire hommage de son trophée au roi Philippe- Auguste, celui-ci, tout heureux de tant de vaillance, l'apostropha tendrement et lui dit :
« 0 brave homme, ta croix n'est pas d'argent, elle est de gueules ; » et, trempant dans le sang du vainqueur sa main royale, il
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traça sur le bouclier de Matthieu une croix rouge en place de la croix blanche. « Je veux, à l'avenir, continua-t-il, que tu remplaces ainsi le signe de ta race, et que tu ajoutes aux quatre alérions d'azur qui flanquent ta croix douze autres aigles, désarmés de bec et d'ongles, en souvenir des douze drapeaux conquis par toi en ce jour, à jamais mémorable. »
Fig. 352. — Cavalier du xiif siècle; d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale.
C'est depuis ce temps que les descendants du premier baron chrétien ont seize alérions cantonnés dans le champ de leur écu.
Les épées des chevaliers, du temps de Richard Cœur de Lion, sont larges au talon, de moyenne grandeur, avec des quittons très développés, gardant la poignée assez longue pour permettre de se servir de l'arme des deux mains. On les portait suspendues à des baudriers très ornés, un peu en avant de la hanche gauche, le fourreau légèrement incliné.
Comme armes offensives, les croisés possédaient la lance, le marteau d'armes, la plommée ou le fléau; mais la grande, la terrible
attaque au milieu des bataillons sarrasinois, se faisait surtout avec la hache, souvenir de la francisque des aïeux (fig. 351). On sait le renom que s'acquit en Palestine, à cause de cette fameuse hache, Guillaume de Melun, que l'on surnomma le Charpentier. Dans la mêlée, disent les chroniqueurs du temps, on le voyait partout brandissant sa cognée.
Fig. 353. — Roi du xiie siècle sur un faudesteuil ; d'après le Psautier français do la Bibliothèque nationale.
comme un bûcheron dans une forêt : « Charpentant merveilleusement les ennemis, nul, mieux que lui, ne put réaliser à bon droit le titre que lui avaient octroyé ses admirateurs féroces. »
Que de fer ! grands dieux, que de fer ! comme disait déjà, sous Gharlemagne, le bon roi des Lombards à la vue de l'armée des Francs.
On pourrait bien appeler le xii" siècle Vâge du fer; et, certes, on comprend bien la terreur que devait inspirer au simple porteur de braies la vue de ces gens, sortant à cheval de leurs donjons maudits (fig. 352).
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Sur la tète, un masque épais de métal noir, percé de trous à travers lesquels on voyait flamber un regard de bête fauve ; sur le corps, une chemise démailles tombant jusqu'aux genoux; aux jambes, des chausses de fer, munies au talon d'éperons aigus et tranchants; au bras, une épée nue, lançant au loin des éclairs sombres; et der-
Fig. 354. — Guerriers do la cour de Louis le Jeune ; d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale.
(Arls somptuaires.)
rièrc l'homme, cent lances portées par des serviteurs, garnis des pieds à la tête de cottes reluisantes, laissant flotter après eux dans l'espace comme un claquement lugubre et sinistre.
Crainte et sourde haine en bas, superbe et jactance en haut. Ces gens-là pouvaient bien se croire les maîtres du monde ; ils l'étaient par la force, mais non par le droit; et, quoi qu'en disent des bouches princières, le droit finit toujours par primer la force.
Si des camps nous passons à la cour, nous trouverons des guerriers plus policés , affectant dans leurs accoutrements une tenue presque féminine.
Là, depuis Gharlemagne, rien n'était changé. Les rois, quand ils ne siégeaient pas sur leurs trônes ornés de panthères d'or, prenaient sur leur simple faudesteuil des poses étudiées d'avance (fig. 353).
Autour d'eux s'assemblaient des héros drapés dans des manteaux garnis de broderies éclatantes ; leurs gambisons devaient être garnis de soieries chatoyantes ; leurs écus étaient enluminés comme des bijoux de reines ; leurs ceintures brillaient, chargées de pierres précieuses enchâssées avec soin ; et les écuyers qui les suivaient ressemblaient, avec leurs grandes robes traînantes, plutôt à des eunuques hiérosolymitains qu'à des servants d'armes actifs (fig. 354 et 355).
Les femmes ne choisissaient les étofTes de leurs bliauts, de leurs capes et de leurs aumusses ' , que dans les soieries siciliennes ; et les servantes elles-mêmes adoptaient les rayures byzantines jusque dans la plus simple de leurs robes (fig. 356).
Quant aux évêques, ils se coiffaient de la mitre persane, portaient le pallium romain, et s'appuyaient sur la fameuse cf^osse, dont nous avons essayé de décrire la forme et donner l'origine (fig. 357). Les prêtres suivirent nécessairement le goût de leurs supérieurs hiérarchiques; et c'est de là que datent tous les vêtements sacerdotaux encore en usage actuellement dans nos églises.
Avec un peu plus de raideur, on retrouve dans les chasubles, les dalmatiques, les étoles, les manipules, les aubes, les camails et les surplis modernes, la trace évidente des modes adoptées générale-
1. Le vêtement ordinaire du xii'^ siècle se compose, pour les deux sexes :
1" De la rohe, dont nous ne parlerons pas ;
2° Du bUaut, seconde robe de dessus, assez longue, tombant au-dessous du genou (fig. 3oî> et 356), ordinairement chargée d'ornements et de bordures brodées ;
3° De la cape, appelée souvent pluvial, manteau qui servait à, garantir les épaules et tout le corps de la neige et de la pluie.
40 De l'aumusse, mantelet garni d'un capuchon qu'on plaçait sur la tête (fig. 356).
Ajoutez à cela les ceintures, les bijoux, les parures diverses, et vous aurez en résumé toutes les principales pièces de l'habillement des hommes et des femmes de la cour à l'époque romane.
Les paysans, comme toujours, portaient la saie ou le sayon [sagum, blouse), la braie, souvent collante, et le barclocucuUe; les savants nomment, nous ne savons pourquoi, ce dernier vêtement esdavine, en en faisant venir l'origine de l'Orient et des croisades. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les statues de Vichy et de Moulins pour en retrouver la véritable trace en pleine période gallo-romaine.
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ment [à cette époque par le clergé français, entièrement subjugué depuis des siècles par le luxe asiatique (fig. 358).
A Paris, sous Philippe P"", le fils d'Anne de Russie, on était plus oriental qu'à Gonstantinople.
Les bourgeois eux-mêmes, et nous appelons ici bourgeois cette
Fig. 355. — Ministre et écuyer de la cour de Louis le Jeune ; d'après les Arls somptuaires.
classe intermédiaire qui suit tout le monde, est toujours de l'avis du plus fort et se courbe devant toutes les autorités ; les bourgeois euxmêmes, si l'on en juge par le manuscrit de la Sorbonne (fig. 359), s'affublaient de longues robes disgracieuses, se couvraient la tête de bonnets grecs, à l'instar des courtisans du palais et de leur suite prétentieuse.
Le peuple seul conserva, dans le costume, une indépendance relative. Nous le retrouvons au xii^ siècle le même qu'au iv® siècle, avec le vieux capuchon des stèles funéraires de Langres et d'Autun : la saie, la braie, la blouse, la callige, etc. (fig. 360 et 361).