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NOTRE-DAME DE PARIS

('.ette gracieuse statue de la. Vierge mère se irou\e adossée au pilier central du grand [lorclie septentrional de la catliédrale de Paris.

Le Musée de Gluny en possède une reproduction placée dans le jardin du palais des Ttiermes.

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Notre Dame de Paris

Cette transfiguration de la femme d'un ouvrier, portant tout à coup sceptre et couronne, n'a du reste jamais été vue d'un très bon œil par les clercs de l'Eglise romaine ; l'autorité ecclésiastique, au xni" siècle, s'inquiéta fort de ce mouvement qui tendait à absorber tout le culte au profit de Marie de Nazareth ', et l'introduction corporelle de la Vierge dans le ciel, principal objet des scènes multiples sculptées sur tous les tympans des églises de cette époque, expression complète du but de l'érection de tous ces édifices, n'est pas encore, à l'heure qu'il est, reconnue comme article de foi par les savants théologiens des congrégations ultramontaines.

h' Assomption est restée quand même la fête française par excellence, celle de toutes les Notre-Dame. Ce triomphe matériel de Marie, mère de Dieu, ne pouvait être compris à son vrai point de vue par la subtilité italienne.

A la cathédrale de Paris, ce divin couronnement est trois fois écrit en caractères ineffaçables dans des bas-reliefs d'une magnificence exquise.

Au pied de la tour du Nord s'ouvre d'abord une superbe porte, connue généralement sous le nom de Poy^e de la Vierge.

Sur le socle du trumeau central, Marie, debout cette fois, en pied, porte délicatement sur son bras gauche son fils, auquel elle sourit

raître le trumeau qui divisait en deux parties la grande porte occidentale de Notre-Dame de Paris, dite porte du Jug-ement. Ce pilier fut entièrement supprimé avec la statue du Christ qui s'y trouvait placée, les figures des Arts libéraux et celles des Philosophes, qui l'accompagnaient. La moitié du grand bas-relief de la Résurreclion des morts fut de même grossièrement entamée, à cette époque, pour faire place à l'arc surbaissé de la nouvelle ouverture. Les maçons royaux n'y allaient pas de main morte. Ce n'est que de nos jours que les savants restaurateurs de Notre-Dame ont rétabli toutes ces merveilles dans leur état primitif. (Voir M. de Guilhermy, Itinéraire archcologirjue de Paris, p. 41.)

1. Pour faire contrepoids à cette tendance que ne comprirent jamais les Italiens, la cour pontificale institua alors la Fête-Dieu, dont on fit rédiger l'office par saint Thomas d'.\quin, et que l'Église officielle célèbre avec une pompe cxtraordina're, et la Trinité, qu'on s'efforça de rendre plus solennelle que l'Assomption.

Un livre du xm» siècle, le Jardin de l'dme [Hortulus aniinx), exprime d'une manière assez piquante cette jalousie de la cour de Rome à l'égard du culte de la Vierge. Il raconte que le Fils de Dieu apparut à un moine qui répétait perpétuellement : Ave, Maria, et lui dit : «Ma mère vous remercie beaucoup de tous les saluts que vous lui faites ; mais n'oubliez pourtant pas de me saluer aussi quelquefois. « {Histoire littéraire, t. XXII, p. 119; Henri Martin, t. IV, p. 340.)

d'une adorable manière. Sous ses pieds se tord la tête du funeste dragon, dont la queue s'enroule autour de l'arbre de la science du bien et du mal, près duquel se trouvent Adam et Eve '. En bas la faute, au-dessus la réparation.

Un dais très riche, soutenu par deux anges, surmonte la tête de la Vierge et se termine par un charmant édicule, recouvrant l'arche d'alliance, Fœderis, arca, comme disent les litanies.

La glorification de la mère du Christ est complète : elle tient dans ses bras le Rédempteur ; elle écrase la tête du serpent, et sa divine fonction est symbolisée par l'arche de l'union des nouveaux venus avec les anciens élus du Seigneur.

Des deux côtés de l'édicule, dans la première zone du linteau de la porte, trois rois couronnés à droite, trois prophètes la tête couverte d'un long voile à gauche, déroulent un phylactère, écrit mystérieux sur lequel ils semblent méditer profondément. « Les têtes de ces personnages sont particulièrement remarquables par l'expression d'intelligence songeuse qui semble leur donner la vie. »

Au-dessus se développe la grande scène de l'ensevelissement de la Vierge : c'est le récit de la Légende dorée, interprété avec une grandeur d'une majestueuse simplicité.

Dans la maison de Jean, Marie vient de mourir. Des anges ont enlevé sur des nuées les disciples dispersés sur la terre oii ils annonçaient partout la bonne nouvelle, et tous les douze se trouvent réun-is à nouveau près du Maître descendu du ciel pour les présider une dernière fois.

Dans un cercueil décoré de rosaces variées, deux anges inclinés déposent le corps de la mère de Jésus avec une délicatesse respectueuse. Le Christ contemple le doux visage de celle qui lui donna le jour. — « Quel honneur pensez-vous que je doive conférer à la femme qui m'a enfanté ?» — dit-il à ses disciples. — « Il paraît juste à vos

1. Cette statue de la Vierge n"étant qu'une reproduction de celle qui se trouvait jadis à ce endroit, nous avons choisi comme type de la divine Mère, au xiii« siècle, la figure de la porte septentrionale de Notre-Dame (pi. 7), qui est véritablement de l'épcque. Le charme du geste, la noblesse de l'attitude font de cette œuvre délicieuse une des plus belles productions de l'art français de ce temps.

serviteurs-, reprennent les apôtres, que vous, qui avez triomphé de la mort à jamais, vous ressuscitiez le corps de votre mère et que vous la placiez à votre droite pour l'éternité. »

Trois jours après, quand le saint cortège revint au sépulcre de la vallée de Josaphat, une ombre apparut à ces fidèles compagnons, s'élevant au-dessus de la terre. Ils entendirent un harmonieux concert de voix saintes : le cercueil n'était plus rempli que de roses parfumées. Marie, selon le désir exprimé par les siens, avait disparu d'ici-bas, corps et âme, et recevait enfin, dans un monde meilleur, la récompense de son sublime dévouement.

La troisième zone du tympan de ce même portail représente cette assomption définitive.

Assise sur un même trône près de son fils bien-aimé, la Vierge entre corporellement dans le séjour des élus ; le Christ offre à sa mère la fleur de lotus, emblème de la royauté, et la bénit de sa dextre sacrée. Un ange, descendant du ciel, pose sur sa tête une couronne d'or ; deux chérubins, dévotement agenouillés, tenant en main des cierges, servent de témoins mystiques à ce céleste triomphe '.

La splendide décoration de la voussure, composée de soixante statuettes, la plupart sculptées à mi-corps, complète ce superbe ta-

1. Cette même scène de la mort, de l'ensevelissement et de l'apothéose de la Vierge, se trouve répétée dans «ne série de bas-reliefs placés dans le soubassement de la cinquième, de la sixième et de la septième chapelle de l'abside, avec l'adjonction de cette anecdote, qui représente le prince des prêtres voulant renverser le cercueil porté par les apôtres. Les mains du sacerdotal profanateur y apparaissent clouées sur la bière ; son corps roule aux pieds des disciples. L'assomption est ici magnifique de détails : un groupe d'anges, admirables de disposition, enlève dans une auréole le corps même de la Vierge, couverte d'un chaste voile. Plus loin, le Christ reçoit pompeusement sa mère dans sa royale demeure. Dans un dernier cartouche, le sculpteur a réuni les divers épisodes de la légende du diacre Théophile, chanoine de Paris, qui vendit son âme au diable et fut délivré par Notre-Dame. Le tympan de la porte septentrionale contient en grand cette histoire, relatée dans tous les livres d'heures :

Un chanoine, mort de Paris, Ainsi qu'on faisoit son service, Respondit au chœur par ses dicts Que damne estoit pour son vice.

La porte Rouge contient de même un couronnement de la Vierge, avec saint Louis et Marguerite de Provence pour assistants. (Voir Y Itinéraire archéologique de Paris, par M. F. de Guilhermy, p. 93.)

l'art national. — II. S'*

bleau de l'immortalité reconnue de réponse du Seigneur, comme disaient audacieusement les théologiens français du xin'' siècle.

Le Paradis tout entier vient applaudir à l'entrée de l'humble servante de l'Éternel dans la cour du Roi des rois.

Au premier cordon, des anges familiers s'inclinent devant elle, lui faisant de tout côté un cortège de lumière flamboyante ; au second, des prophètes la contemplent avec une sérénité naïve ; au troisième, les rois, ses ancêtres, se glorifient d'une aussi noble descendante ; au quatrième, enfin, des patriarches cherchent dans des banderoles, qu'ils déroulent avec enthousiasme, l'explication d'un mystère qu'il leur semble doux de connaître.

Un rinceau magnifique encadre la dernière ogive et donne à cette courbe finale une ampleur toute particulière : il est formé de fleurs, de feuillages et de fruits, si délicatement fouillés que les oiseaux du ciel s'y trompent eux-mêmes et, chaque année, viennent le remplir de nids innombrables.

Huit statues colossales garnissent les ébrasements de la Porte de la Vierge ; à gauche, Constantin, le premier prince chrétien; puis saint Denis, portant en main sa tête coupée, conduit par deux anges. A droite, saint Sylvestre, le pape contemporain de l'empereur converti; puis sainte Geneviève, accompagnée d'un démon malfaisant et d'un ange prudent ; saint Etienne, le premier martyr, et saint Jean- Baptiste, revêtu de sa peau de brebis comme un simple pasteur de la Beauce.

Dans toutes les cathédrales de France, il y a de même un coin familier réservé aux saints du pays, aux patrons ordinaires de la contrée.

A Chartres, au lieu de Xai^astoure de Nanterre et du prélat décapité de Montmartre, on trouve, à cette même place, saint Savinien, sainte Modeste, sœur de Quirinus, gouverneur de la ville; saintLéger, évêque d'Autun; saint Aventin, premier pasteur du diocèse.

A Reims, c'est saint Nicaise entre deux anges qui figure dans une semblable niche, avec saint Rémi, accompagné de sainte Gilinie, sa mère, et de saint Thierry, son disciple ; auprès d'eux se profilent

saint Jocond, saint Florent et saint Eutrope, tous Champenois de bonne souche.

Nous ne parlerons pas des Brieuc, des Gildas, des Hervé, des Malo, des Servan, des Magloire et des Gorentin de Bretagne. Ceuxlà sont à peine canonisés pour de bon.

La France, au xiii® siècle, tenait à honorer ses enfants ; elle leur faisait fête, leur chantait des proses populaires et leur dressait des statues. Depuis, Rome a nivelé tout cela et rejeté ces braves gens dans le commun des martyrs ou des confesseurs. Ils ont subi le sort de la grande fête de l'Assomption et restent, comme elle, peu considérés par delà les monts. Rien de ce qui était sublime chez les chrétiens des bords de la Seine et de la Loire n'a pu trouver grâce devant les rigueurs classiques de la curie pontificale ; mais ceci « est matière de bréviaire, » comme disait le curé de Meudon, et nous n'avons pas à y reprendre. Revenons à nos saints du porche de Notre-Dame.

Constantin et Sylvestre y représentaient le triomphe de l'Eglise ; saint Denis et sainte Geneviève, la christianisation du pays même. Quant à saint Etienne et à saint Jean, ils jouent dans ce groupe un rôle tout particulier. Les Parisiens ont toujours eu pour saint Etienne une vénération profonde : l'une des deux églises qui précédèrent celle que nous étudions à cette heure était dédiée à ce premier martyr de la foi chrétienne. On sait que l'autre portait le titre de Sainte-Marie. Quelques savants prétendent que Stephanus était le patron des architectes, et c'est à cause de cela qu'on le rencontre partout dans les cathédrales ; ils en donnent pour preuve la fameuse épigraphe de l'église de la montagne Sainte-Geneviève :

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