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LA BONNE-NOUVELLE DE REIMS

La statue que reproduit notre planclie 9 se trouve au portail de la cathédrale de Reims. Elle représente, dit-on, la Loi nouvelle : l'Évangile.

Parmi les innombrables lignres qui peui)ienl ce magnifique cliel'-d 'œuvre du xni<= siècle, la nôtre n'esl certes pas une des moins remarquables.

Voir le Magasin pittorcsijue (1866, page 333).

LaBonne Nouvelle de Reims

tout à coup sur la place du Parvis, devant ce qu'on appelait les lices du portail; quand il aperçoit la façade de Notre-Dame, il reste comme bouleversé par la conscience de sa petitesse, à la vue de cette œuvre

Fig. 415. — Vitraux de Bourges. Suite de la parabole de l'Enfaut prodigue.

d'une beauté extrême, d'une pureté splendide et d'une aérienne légèreté.

Paris était puissant de lignes, plein de force, de grandeur et de solidité. Reims est plus gracieux, plus élancé, plus délicat.

Notre-Dame, ici, est une reine aussi, mais une reine d'une exquise suavité, vêtue d'innombrables dentelles, laissant traîner au loin sa

robe brodée à jour et se dressant là plutôt élégante que majestueuse, plutôt céleste qu'humaine.

La cathédrale de Reims a quelque chose de plus féminin que celle de Paris : c'est l'épouse avec laquelle devaient s'unir les rois de France avant d'être reconnus comme chefs par leurs sujets.

A Reims, le Christ ne joue qu'un rôle secondaire. Tout converge ici vers la seule Reine du ciel. Sur le pilier central de la grande porte, à la place qu'occupe partout ailleurs l'Homme-Dieu, juge et législateur, apparaît la Vierge, jouant avec une fleur symbolique qu'elle ofTre gracieusement à son jeune nourrisson '. Dans les ouvertures latérales, plus petites et plus étroites, on distingue, à peine indiqués : la Passion d'un côté, le Jugement dernier de l'autre ; mais le cantique de la pierre ne chante ici qu'une seule héroïne : Marie.

Auprès de la grande figure qui la montre dans sa souveraineté plénière se dressent à la même hauteur, dans les mêmes proportions, les scènes que nous venons de rencontrer dans les vitraux de Chartres : l'Annonciation, la Visitation, la Présentation au temple, la Purification, puis saint Joseph, Siméon, Anne la Prophétesse, groupes sacrés auxquels se mêlent les grands apôtres de l'Eglise de Reims : saint Nicaise entouré d'anges, accompagné de saint Jocond, de saint Florent, de saint Eutrope, puis saint Rémi près de sa mère, saint Thierry, etc., les fondateurs du christianisme dans la contrée. — De l'autre côté, Abel, Abraham, Moïse, Isaac, Jean-Raptiste, se rangent côte à côte avec saint Sixte, saint Sinice et leurs principaux coopérateurs sur le siège de la vieille capitale des Rémi gallo-romains.

C'est encore la promiscuité toute gallicane des hommes de l'Ancien Testament avec ceux de l'antique France, familiarité que nous avons déjà signalée à Paris comme à Chartres. Pour louer sa reine, le peuple qui l'avait proclamée en dépit de Rome appelait tous ceux qu'il croyait devoir êlre ses amis. Dans son enthousiasme exubérant, il allait, nous l'avons dit plus haut, jusqu'à convoquer la

1. Voir le frontispice de notre premier volume : Statue de la Vîergc au porche de la cathédrale de Reims (planche \").

nature tout entière elle-même aux fêtes de sa bien-aimée souveraine.

Au haut du fronton central de Reims, la Vierge est couronnée par

son Fils. Cette cérémonie du triomphe de Notre-Dame ne pouvait, en

effet, occuper en ce monument que la place la plus importante et domi-

Fig. 416. — statues du portail de la cathédrale de Reims et du porche occidental de la cathédrale de Strasbourg-.

ner en plein la façade ; car là, Marie, solennellement reconnue suzeraine du monde, devait à son tour accueillir chez elle, en dépit de toutes les lois saliques, les fils de la maison de France et leur octroyer, par la main de ses serviteurs, le diadème sacré qui permettait à la race volontairement soumise, à elle seule, de reconnaître, comme rois légitimes, ceux qu'elle avait consacrés à cette place.

Reims est surtout l'église du sacre.

Le sac7^e, c'est l'idée qui vous hante malgré vous quand vous vous

arrêtez sur ce parvis. En tournant à droite vos regards, vous apercevez sur un mur une inscription qui vous y fait rêver encore davantage :

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