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HOTEL DE LA MAISON ROUGE

« L'an 1429, au sacre de Charles Vil, dans cette hôtellerie nommée alors VAne rayé, le père et la mère de Jeanne Darc ont été logés et défrayés par le conseil de la ville. »

C'est en ce lieu, sur ces pavés, que la glorieuse Pucelle, après avoir mené de force à travers les bataillons anglais son roitelet j usquelà, planta en terre sa bannière blanche qui, après avoir été à la bataille, se trouvait à la gloire, et, s'agenouillant devant lui, s'écria : « Gentil roi, à cette heure est exécuté le plaisir de Dieu, qui vouloit que vous vinssiez à Reims recevoir votre digne sacre en montrant que vous êtes vrai Roi et celui auquel le royaume doit appartenir. »

Les trompettes retentissaient « à faire fendre les voûtes de la cathédrale; » les chevaliers bardés de fer et d'acier agitaient au soleil leurs épées tièdes encore du sang des ennemis de la patrie ; les mères se précipitaient au-devant de la monture de la grande bergère, lui présentant dans leurs bras nerveux leurs enfants encore à la mamelle, pour qu'un regard d'elle descendu sur eux leur infusât l'amour du pays qui débordait de ses yeux brillants.

Pauvre paysanne enthousiaste! quelques mois après, ce roi la trahissait, et des évêques la brûlaient comme relapse, hérétique et malfaisante.

Comme souvenir de ce beau jour du sacre, il ne reste aujourd'hui qu'une enseigile et ce peuple de statues qui assista témoin muet à cette scène, une des plus splendides qu'il nous soit donné de lire dans les chroniques du royaume de France.

Ce qui frappe surtout à Reims, ce sont ces figures, colossales (fig. 416). Ici, plus de bas-reliefs délicatement ciselés, plus d'ornements esquissés à la pointe de l'outil : des personnages de quatre mètres de haut, bien en saillie, adossés à des colonnes, plantés sur des consoles savamment évidées, surmontés par des dais à jour , profondément creusés dans la pierre dure.

Notre-Dame de Paris avait douze cents statues ; Reims en a trois mille ' ; et quelles statues ! des chefs-d'œuvre. — Vous souriez ! — Oui, des chefs-d'œuvre aussi beaux que toutes les Vénus et les Dianes d'Italie, "que toutes les nymphes et tous les Persée de Benvenuto.

Fig. 417. — statues de la cathédrale de Chai-tres.

Nos modestes croquis (fig. 417 et 418) ne peuvent donner une idée complète de cette statuaire, qu'un architecte de grand renom ose comparer hardiment aux œuvres les plus belles de la Grèce.

Mais égarez-vous, le soir, sous les grandes ogives des porches latéraux de Chartres ou dans les ébrasures du portail de Reims, alors que le soleil dore de ses derniers rayons le sommet des tours et des clochers et que l'ombre enveloppe de ses demi-teintes les bases animées

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