‹ L'art nationalChapitre 9 sur 88 · Croix de Plouberze : les cinq croix. (Côtes-du-Nord · texte numérisé non relu

Croix de Plouberze : les cinq croix. (Côtes-du-Nord

3. Croix de la route des alignements de Kermario. Carnac (Morbihan).

fut décapitée par son mari, et recapitée, comme dit la légende, par Gildas d'Hibernie, un vrai menhir se dresse au-dessus d'une vraie tombe (fig. 59); une croix le surmonte, comme àPlouharnel, une croix en creux le décore, et sur la pierre on peut lire en caractères antiques ces mots :

CRVXX MVHREL

La croix de Meur (le grand) (fig. GO). Meur, dont on a fait depuis Tremeur ou Tromeuy^, était le fils de Triphine la fidèle.

Et les mères, hélas! si souvent maltraitées par leurs époux, parfois un peu rudes, conduisent encore leurs petits enfants près do cette

tombe sacrée, pour les vouer au fils de la victime de la brutalité conjugale ^

Sur la rivière d'Etel, dans la petite île do Locoal-Mendon (le lieu d'Hoel à la pierre creuse), au milieu d'un calme paysage, le touriste étonné s'arrête devant un troisième peulvan, plus caractéristique encore peut-être que les deux autres ; une couronne tressée semble en entourer le sommet, et deux longues nattes façonnées avec un certain soin tombent pendantes des deux côtés de la pierre. Sur la face principale se lit l'inscription suivante :

CROVXX (Crux).

PROSTLON, (Fig. 61 et 62.)

Ici, nous avons un nom historique : Prostlon fut la femme du comte Paskweten. Nous descendons avec elle jusqu'au ix" siècle.

Il est de tradition, dans le pays, qu'à l'époque des invasions normandes, une reine, er rouanez, conduisit en ce lieu les siens au combat, dont elle revint victorieuse. Le champ porte encore le nom de Parkey^ C'hiean, le Champ de l'épée, et la pierre qui couvrit les corps des hommes tués dans la bataille est encore en place, témoin pieux des usages antiques, conservés fidèlement à travers les siècles.

M. de Keranflec'h, auquel nous empruntons les renseignements qui précèdent ^, signale encore en Bretagne une très grande quantité

1. On a construit une chapelle sur cette tombe, aujourd'hui vide et béante, en en isolant pouitant le menhir, laissant, disent les chroniqueurs « la passée d'un homme entre la grosse pierre et la muraille de la chapelle. « Quatre petites pierres arrondies en hémisphère flanquent les quatre coins de la tombe; une pierre de même forme, un peu plus grande, s'élève au pied. M. de Fréminville, dans son volume sur les Antiquités des Côtes-du-Nord, fait une description détaillée de cette chapelle et de ce tombeau. Il signale aussi dans son article le cercueil de pierre de sainte Triphinc, qui fut trouvé en 1570 auprès de celui de son fils.

Son érudition, pourtant si profonde, ne lui a pas permis de déchiffrer l'inscription; mais il l'indique, en rappelant que dom Lobineau en avait parlé dans ses Vies des saints de Bretagne.

Voici l'extrait qu'il donne du savant bénédictin de la congrégation de Saint-Maur : << Il y a, dans le cimetière de Sainte-Triphine, une pyramide très ancienne sur laquelle on voit des caractères inconnus, tels qu'il s'en rencontre sur quelques autres monuments anciens, répandus en quelques endroits de la province, et ces caractères semblent avoir été ceux des anciens Bretons ou Gaulois. » (Antiquités de la Bretagne, par le chevalier de Fréminvillc. Brest, Lcfournier, 1837,

2. Les Lec'hs des anciens Bretons. (Mémoire publié dans le Bulletin archéologique de l' Association bretonne, année 1838, VI« vol., 2" livraison, p. 329.)

de pierres levées chrétiennes, couvertes également d'inscriptions. Il les appelle des Lec'hs ' ; le mot étant admirablement approprié à la chose, nous nous empressons de l'adopter. Après ceux de Saint- Tromeuretde Prostlon, il cite celui du cimetière de Louanec, près de Lannion, sur lequel se lit l'inscription :

DESIDERI FIL (lus.)

BODOGNOVS. (Fig. 60.)

Celui du cimetière de Plumergat, où se trouve le simple nom de RiMOETE (fig. 60); celui de la presqu'île du Plec, où on lit au-dessous d'une croix en creux iagv (fig. 60) ^; celui du cimetière de Plouagat- Ghâtelaudren (fig. 63), où se trouvent gravés d'un côté une face humaine, et de l'autre, le génitif d'un nom celtique latinisé vormvini; c'est la pierre de Vormvinus.

1. « Lec'h, dit dom Le Pelletier, signifie pierre; en haut Léon, on donne ce nom h certaines grandes pierres plates un peu élevées de terre, sous lesquelles on peut être à couvert et qui donnent lieu à des fables parmi les paysans. » Il voulait parler des dolmens; or, comme nous avons vu ce qu'étaient ces monuments, et les menhirs qui les accompagnent, nous ne pouvons que reconnaître, une fois de plus, la sagacité de ceux qui en ont fait des tombeaux.

Les bardes du v« siècle nous expliquent, du reste, et le nom et l'attribution exacte de ces pierres; car on lit dans le Gododin, poème d'Aneurin écrit de S72 à 580 :

Diaberz e kaez e kengir Diva oez enn kevrein gun gouir Ha ken he golo oc'h dan elerc'li Un ez oez goured enn c eirc'h Gorgolc' hez e kreu e seirc'h.

Budvan niab Bleizvan dihavarc'h

Il Libre de servitude, libre d'oppression, il fut tué dans le combat par les guerriers ennemis; mais, avant qu'il fût enterré sous un lec'/i, il était parvenu au plus haut point de la vaillance; il avait lavé le liarnais dans le sang, le brave Budvan, le fils de Bleizvan. »

{Les Bardes bretons, poèmes du vi* siècle, traduits par M. Hersartde La Villemarqué, membre de l'Institut. Didier, Paris, 1860, p. 286.)

2. Le nom de Bodocnous se rapproche beaucoup de Boduognatus, de César. Synonyme de notre Bodoc ou Budic (le Victorieux), ce nom se retrouve encore dans la liste de nos saints, où nous voyons saint Budoc, fils de la princesse Azenor.

IAGV est un nom très connu en Bretagne; la trace s'en est conservée dans celui d'une famille dont plusieurs membres siégeaient encore dernièrement au Sénat et à la Chambre des députés (les Monjaret de Kerjegii).

LES MEROVINGIENS. 93

Enfin, le chercheur consciencieux qui le premier s'est occupé des lec'hs des anciens Bretons nous donne encore, comme monuments du V® et du VI® siècle, la pierre de Langonbrach en Landaul (fig. 64), qui porte au-dessus de sa croix pattée, ancrée, au pied fiché, une ascia semblable à celle des dolmens, et sur laquelle on lit avec bien de la peine, hélas !

CROXBRIT...

Page 1