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LA NAVIGATION A TERRE

Les brouettes à voilo. — Le chariot volant du prince d'Orange. — Les land-snilinq-boats de M. Sliuldham. — Les bateaus-traineaux de l'Amérique du Nord et de la Hollande. — Les ice-boats.

« Qu'on juge de ma surprise lorsque j'ai vu aujourd'hui une flotte de brouettes, toutes de la même grandeur. Je dis, avec raison, une flotte, car elles étaient à la voile, ayant un petit mât exactement mis dans un étambrai ou une gaine pratiquée sur l'avant de la brouette. Ce petit màt a une voile faite de natte, ou plus communément de toile, ayant cinq ou six pieds de hauteur et trois ou quatre de large, avec des ris, des vergues et des bras comme ceux des bateaux chinois. Les bras aboutissent aux brancards de la brouette, et par leur moyen le brouettier oriente la machine. »

Ainsi s'exprime van Branra Houckgeest, l'un des

ambassadeurs de la Compagnie des Indes hollandaises, dans le journal qu'il a laissé de son voyage à travers la Chine, en 1794 et 1795.

Avant Houckgeest, Grotius dans ses Epigrammes, Milton^ dans son Paradis perdu (1667), l'évêque Wilkins, beau-frère de Cromwell, dans ses Mathematical Magic (1648), avaient parlé de ces chariots chinois. Les voyageurs qui depuis ont visité la Chine ont confirmé le récit de l'ambassadeur hollandais.

Nous trouvons dans le Tour du Monde le complément de la narration d'Houckgeest ; c'est un curieux croquis de cette étrange voiture, sans doute en usage depuis des siècles, et que l'établissement des chemins de fer dans le Céleste-Empire ne détruira certainement pas. « La roue de ces brouettes, dit M. E. Poussielgue, tourne au milieu d'une cage en bois, sur laquelle sont pendus des ustensiles de toute espèce : marmites, pots, paquets de vieux habits, instruments agricoles. A un bout du brancard, la femme du pilote de cette embarcation d'un nouveau genre est assise, les jambes repliées, avec ses plus jeunes enfants sur ses bras, et quelquefois des volatiles, canards ou poulets entassés dans des cages d'osier. A l'arrière de la brouette, un ou deux autres enfants se cramponnent aux sacs de grains et

* But in his way lights on the barren plains Of Sericana, where Chinese drive "With sails and v-'mà their cannie wagc^on liirlit.

LA NWIG.VTION A TERKE. 207

aux bidons de vin de riz, tandis que l'aîné, s'il est assez fort pour travailler, aide le père, en courant à l'avant, les reins entourés d'une courroie (jui est attachée aux brancards. » Wilkins prétend h qu'en (piclques heures une voiture à voiles transportait de

Fi?. 58. — Brouelte chinoise.

six à dix personnes, sur un espace de 148 à 222 kilomètres. »

En Europe, l'invention de cette embarcation hermaphrodite, qui pourrait si bien dire, à l'instar de la chauve-souris de la fable :

Je suis bateau voyez mes voiles, Je suis chariot, voyez mes roues...

cette invention est moins ancienne qu'en Chine. La

première dont parlent les collectionneurs de curiosités historiques paraît être le chariot volant du prince d'Orange, dont la Bibliothèque nationale possède un dessin gravé devenu assez rare. Il avait été construit par l'ingénieur Simon Stevin, et, ainsi que nous venons de le dire, d'après la légende placée au bas de cette gravure, il appartenait au « très illustre prince d'Orange, comte de Nassau, qui, ajoute l'inscription, s'en sert aucune fois le long du bord de la plage de la mer, et étant chargé de vingt-huit personnes, a fait, en l'espace de deux heures, quatorze lieues de Hollande de chemin, à savoir de Scheveningen jusqu'à Putten, de telle vitesse qu'il était impossible que ceux qui étaient dessus fussent reconnus par ceux qu'ils rencontrèrent, comme pourront témoigner les ambassadeurs de l'empereur et grands de France, Angleterre, Danemark, et autres, qui étaient assis dessus, et même l'amirant don Francisco de Mendoza, lors prisonnier, de sorte qu'un cheval courant ne l'eût pu guère suivre. »

Le second exemple de chariot à voiles que nous rencontrions de ce côté-ci du globe est celui de M. le commandant Molyneux Shuldham, auteur estimé de plusieurs inventions utilisées par la marine anglaise. Il le construisit lorsqu'il était prisonnier de guerre à Verdun. Voici dans quelles circonstances.

M. Shuldham et ses compagnons d'infortune,

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