LE MUSEE DU PAGANISME. I7I
'piété généreuse, ouvraient à des pèlerins innombrables leurs galeries illuminées, leurs cubicula peints à fresque, ornés de colonnes, de chaires, d'autels, xle grilles de marbre, remplis de parfums dont le nuage léger flottait sans cesse autour des tombeaux des martyrs. En même temps, les temples qui avaient fait l'orgueil de Rome païenne étaient demeurés intacts; les dieux de pierre, de marbre, de bronze, d'argent ou d'or se tenaient debout sur leurs piédestaux, et les ornements précieux que la crédulité païenne leur avait dédiés brillaient dans l'ombre protectrice des sanctuaires*. Tout un peuple de statues, dieux.
I. Dicant et ipsi (pagani) quis templis dona detraxerit i S. Ambroise, JEp. 18 (anno ^84): — Cela est vrai de Rome et dePOccident : on verra au chapitre suivant comment et pourquoi il n'en fut pas de même en Orient. — Rien, on le comprend, n'est plus rare que de rencontrer une statue antique encore parée de ses bijoux. La collection de Luynes posssède une petite Vénus en bronze, de travail grec, dont le cou a conservé un collier d'or en forme de torques, d'une authenticité incontestable. Elle a été publiée dans la Gas^ette archéologique, 1875, planche xxxiii. C'est un exemple sinon unique, du moins extrêmement rare, d'un usage religieux très-fréquent dans l'antiquité grecque et romaine. Moins heureuses que la Vénus de Luynes, beaucoup de statues n'offrent plus que la trace des bijoux qui les ornaient. La Vénus Genetrix du Louvre (Frœhner, Notice de la sculpture antique, p. 167} a les oreilles percées, ce qui indique qu'elle portait des pendants, qui ont disparu. Un collier d'or et des pendants d'oreilles
héros et empereurs, remplissait les forums, les portiques, les palais et les thermes. Seuls, les sacrifices avaient cessé; Rome avait été le temple, elle n'était plus que le musée du paganisme : musée splendide, trophée sublime, qu'étalait sans peur, aux regards des Romains et des barbares, le christianisme triomphant.
furent découverts aux alentours de la niche qui avait servi d'abri à la Vénus de Milo {Ibid., p. 178). La Vénus d'Arles portait un bracelet sculpté dans le marbre^ dont le chaton était orné d'une pierre précieuse {Ibid., p. 170). Une pierre précieuse de forme ovale, dont il n'est resté que le chaton, ornait l'épingle à cheveux d'une statue couchée du Louvre (Ibid, y p. J44). Un buste de Junon, au Louvre, a les oreilles percées et était autrefois orné de pendeloques {Ibid., p. 75).