‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 104 sur 167 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l'art antique a constantinople.

Sommaire. — I. Fondation de Constantinople. — Statues antiques portées de toutes parts dans la nouvelle capitale. — Exemples de ce pillage artistique donnés à Constantin par ses prédécesseurs païens. — Différences entre sa conduite et la leur. — But de Constantin. — Les musées de Constantinople: temples du forum, Sainte-Sophie, palais du Sénat, palais Lausiacus, thermes d'Arcadius, thermes d'Eudoxie, thermes de Zeuxippe. — IL Influence de l'art antique sur Fart byzantin. — L'art sous Justinien. — La nouvelle Sainte- Sophie. — Ses mosaïques. — La tradition antique sensible dans Part chrétien, — et dans la décadence même de l'art byzantin. — La colonne de Delphes et la colonne torse. ^ — L'art grec conservé à Constantinople jusqu'à la prise de cette ville par" les Turcs. — La chute de l'empire d'Orient contemporaine de la Renaissance de l'art en Occident,

Ce que nous disons ici de Rome, nous le dirons avec plus de raison encore de Constantinople. Pouc faire de Rome un tel musée, il suffisait de ne pas détruire ; à Constantinople il fallait tout fonder. Quand, entre 325 et 33o, Constantin résolut de donner une nouvelle capitale à Tempire, il voulut que celle-ci ne le cédât en rien à la pre-

mière. Par ses ordres, les plus belles statues de la Grèce et de TAsie Mineure y furent apportées. Le Jupiter de Dodone, la Minerve de Linde, œuvre de Scyllis et de Dipœne, rApoUon Pythien, F Apollon de Sminthe, l'Amphitrite de Rhodes, la Rhéa du mont Dindyme, les Muses de THélicon, le groupe de Persée et d'Andromède qui faisait la gloire d'Iconium, un Apollon colossal attribué à Phidias, une multitude de statues et de bas-reliefs vinrent décorer les places et les édifices de la ville élevée sur les rives du Bosphore par le premier empereur chrétien * .

On peut voir, dans ce pillage artistique, un acte blâmable du pouvoir absolu : « fonder, comme dit saint Jérôme, sa propre ville sur la nudité de toutes les autres * » paraît plutôt le fait d'un conquérant que d'un empereur; mais les empereurs romains, qui depuis longtemps ne montaient plus sur le trône qu'après avoir livré des batailles sanglantes et défait des compétiteurs, traitaient toujours un peu l'empire en pays conquis. D'ailleurs, Constantin ne faisait

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