I. Suétone, NerOj 24; Dion Cassius, LXIII
lyo L ART ANTIQUE A CONSTANTINOPLE.
Statue votive^: ce n'était pas un dilettante, c'était un empereur.
A un autre point de vue il différait de ses prédécesseurs païens. Les terreurs religieuses qui avaient souvent défendu contre eux les plus belles images des divinités helléniques, n'existaient pas pour lui. Il ne fit pas enlever plus de statues que tel ou tel proconsul, tel ou tel empereur, mais il fit enlever des statues auxquelles ceux-ci n'auraient osé toucher. Ses soldats, qu'Eusèbe nous montre traversant les sanctuaires d'un pas dédaigneux, ne se laissaient guère effrayer par les prodiges qui, au dire des historiens, sauvèrent le Jupiter Olympien des mains rapaces de Caligula^ En général, les Romains, en Grèce, avaient su être pillards sans devenir sacrilèges. Ils avaient dépouillé les temples avec discernement^ en vainqueurs, mais en païens. Les temples grecs se composaient de plusieurs parties. Outre le temple proprement dit, le naos^ dans lequel la statue du dieu brillait au fond du sanctuaire,
I. Josèphe, Ant, Jud., XIX, i; Dion Cassius, LIX, 28. — Pausanias attribue la mort violente de Caligula au sacrilège qu'il avait commis en faisant transporter à Rome le Cupidon de Thespis que Claude restitua ensuite à cette viUe. Pausanias, IX, 27; cf. Dion, LX, 6.
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ils étaient souvent entourés d'édifices remplis d'objets ptécieux. Ainsi, à Delphes, chaque peuple de la Grèce avait élevé un édifice appelé Trésor^ où il déposait son or et consacrait ses trophées ; chaque vainqueur, chaque athlète y apportait sa statue : on en comptait jusqu'à trois mille \ De même à Olympie, où plusieurs cités de la Grèce propre, de l'Asie Mineure et même de l'Afrique possédaient leur Trésor séparé, et où les abords du temple étaient remplis de quadriges de bronze, d'images de chevaux vainqueurs et d'athlètes couronnés^, groupés comme au hasard, dans cet harmonieux désordre dont les modernes, esclaves d'uïie froide symétrie, ont perdu le secret. Le temple de Jupiter Olympien, à Athènes, commencé par Pisistrate et terminé par Adrien, avait une enceinte de quatre stades de tour; il était aussi grand que le temple de Salomon, plus grand qu'aucun autre temple du monde, celui de Bélus à Babylone excepté. « Dans ce long circuit, dit Pausanias,
1. Beulé, Histoire de Vart grée avant Périclès, 2« éd., p. 62 (Paris, 1870) ; Fouilles et découvertes, t. II, p. 87. — Sur les trésors d'art du temple de Delphes, voir Pausanias, X, 9-25.
2. Pausanias, VI, 1-19. Cf. Beulé, Hist. de Vart grec, p. 417.
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vous ne trouverez pas un endroit qui soit vide de statues; chaque ville a voulu donner la sienne*. » Dans d'autres temples, les offrandes, statues d'or, d'argent, d'ivoire, d'airain, de cuivre, trépieds, armes, tentures précieuses, étaient entassés dans la nef centrale, et formaient, devant l'idole qui en occupait le fond, un splendide et pittoresque musée ^. Les Romains avaient largement puisé parmi ces richesses accumulées ; mais, en pillant le musée, ils avaient ordinairement respecté te lieu saint. « Ils avaient dépouillé les sanctu^aires grecs, non de leurs divinités, mais des offrandes et des statues qui n'étaient pas l'objet d'un culte, et qu'on pouvait enlever avec un degré véniel d'impiété ^. » Constantin ne se laissa pas arrêter par de pareils scrupules : en même temps qu'il s'emparait des objets d'or ou d'argent et les envoyait à la monnaie *, afin de subvenir aux