‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 11 sur 167 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

d'être Texpression de la fable pour devenir Tinterprète de célestes réalités. Mais celles-ci eussent été privées du mode le plus propre; à les rendre sensibles à Fimagination et amiables aux yeux, si une religion timide ou jalouse avait interdit de les revêtir des formes créées par l'art antique, formes pures et parfaites, suprême effort de l'esprit humain pour traduire les idées et les sentiments en un langage plastique. Ces vues étroites étaient bien éloignées del'espritdu christianisme : les artistes, en mettant leurs pinceaux ou leur ciseau au service d'une foi nouvelle, ne furent point condamnés à se séparer de la tradition antique, et à chercher des modes d'expression différents de cpux que le travail des siècles avait si heureusement trouvés. Ils purent et ils voulurent longtemps conserver le style de l'antiquité : il fallut pour cela, de toute nécessité, que les modèles en demeurassent devant leurs yeux : les anneaux de la chaîne artistique qu'il s'agissait de maintenir intacte se seraient rompus l'un après l'autre, si les chefs-d'œuvre qui faisaient l'ornement de l'ancienne civilisation avaient été brisés par une réaction aveugle.

Cette réaction n'eut pas lieu : hors des cas ex-

INTRODUCTION. XUI

ceptionnels dont il a été parlé plus haut, ce qui périt des monuments antiques ne tomba pas sous les coups des chrétiens, mais sous ceux des Barbares, qui promenèrent pendant tant d^années à travers le monde romain la dévastation et le pillage. M. de Chateaubriand, étant ambassadeur à Rome, s'amusait à faire exécuter des fouilles à Torre Vergata. « Hier, écrit-il, nous avons trouvé le squelette d'un soldat goth et le bras d'une statue de femme. C'était rencontrer le destructeur avec la ruine qu'il avait faite*. » Rencontre curieuse, symbolisme frappant, trop frappant peut-être pour qu'on ne soit tenté de soupçonner le grand écrivain d'avoir embelli par l'imagination sa trouvaille archéologique. Quoi qu'il en soit, c'est bien l'histoire : voilà, couchés dans la même tombe, la victime et le bourreau. Si l'anecdote de Torre Vergata n'est pas tout à fait vraie, dans le sens littéral du mot, elle est vraie d'une vérité supérieure : elle nous met sous les yeux les sombres années du v'ou du vi' siècle, ramassées dans une vive image. Heureusement, les Barbares ne purent tout détruire : ils ne tardèrent pas à subir

I. Lettre du 7 février 1829, dans les Mémoires d* outre-tombe, t. VIII, p. 472 (Paris, 1849). ,

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