‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 116 sur 167 · Jbid · texte numérisé non relu

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plus à la nouvelle église la forme de basilique ou de dromique; cette forme rappelait trop Tancienne vie publique des Romains ; son plan intérieur reproduisit le signe de la croix. Cependant, s'ils voulurent tracer dans ce temple la sainte image du symbole de la foi nouvelle, tout le reste procéda de Tart perfectionné des Hellènes : Tharmonie et la proportion des pajties, la légèreté de l'ensemble et cette immense coupole percée de jours, au moyen desquels ils la remplirent de lumière. Cette clarté contraste avec l'obscurité mystérieuse qui règne dans les temples de l'Occident ; elle témoigne à elle seule qu'Anthémius et Isidore avaient, comme toute la société d'alors, conservé l'esprit et les traditions de l'antiquité hellénique. Us n'hésitèrent pasàemployer des matériaux déjà employés par elle ; mais ils le firent avec tant d'intelligence qu'on les croirait taillés et sculptés pour ce temple même*. » Si la

I. Paparrigopoulos, Histoire de la civilisation hellénique, p. ijj, 154 (Paris, 1878). — On ne peut lire sans sympathie cet ardent plaidoyer en faveur de l'hellénisme, écrit en français par un Grec, professeur à Tuniversité d'Athènes. H ne convient pas d'indiquer ici les parties de ce livre qui justifieraient de nombreuses et graves réserves ; mais il est un point qui se rattache d'assez près au sujet qui nous occupe, et dont je veux dire un mot. L'auteur qualifie de Réforme et de Renaissance

l'art antique a constantinople. 195 tradition de Tantiquité est ainsi visible dans l'ensemble, — plutôt par l'impression générale qui s'en dégage que par une servile imitation des édifices classiques, — elle se révèle surtout dans les détails de ce temple merveilleux. « Dans ces derniers temps, dit M. Rio, un hasard heureux a permis à des yeux chrétiens de se fixer enfin sur les figures à demi ruinées de l'église de Sainte-Sophie *, et particulièrement sur l'image

Pépoque de la persécution dirigée au viiie siècle contre les images et leurs partisans par les empereurs iconoclastes. Ré" forme, je le veux bien : cette triste époque rappelle en effet par plus d'un trait la révolution religieuse qui a ravagé l'Europe occidentale au xvi« siècle ; mais Renaissance ! A partir du règne de Léon l'Isaurien, le premier iconoclaste, il existe une lacune de deux cents années, pendant lesquelles on ne peut constater l'exécution d'œuvres de mosaïque, Part byzantin par excellence. Un autre écrivafin grec, qui partage cependant toutes les idées de M. Paparrigopoulos, même les plus contestables, est obligé de dire, parlant de la peinture byzantine : I Les monuments de la meilleure époque ne sont point parvenus jusqu'à nous ; la longue lune des Iconoclastes a peut-être contribué à les faire disparaître. » (D. Bikélas, Les Grecs au moyen âge, trad. Leçrand, p. 104; Paris, 1878). Cet aveu me paraît réduire à leur Juste mesure les louanges données à la tentative soi-disant civilisatrice des empereurs du viii^ siècle. I. Ce « hasard heureux » est la restauration de Sainte-Sophie prescrite, en 1847, par le sultan : l'architecte Fossati, qui en fut chargé, profita de cette occasion pour débarrasser les mosaïques du vi* siècle de la chaux qui les couvrait depuis la transformation de l'église en mosquée. Les mosaïques de Sainte-Sophie ont été reproduites par M. de Salzenberg dans un ouvrage publié à Berlin, en 1854, aux frais de Fré"-

igô l'art antique a constantixople.

de la Vierge *, dont le typé, si différent de celui des madones appelées Byzantines, nous révèle une espèce d*idéal mixte où l'influence de la statuaire grecque se reconnaît tout d'abord.

L'ovale de la tête, la découpure des lèvres, l'exquise pureté des lignes qui circonscrivent tous les traits, la raideur monumentale de la pose, l'expression indéterminée du regard, tout annonce que l'imagination de l'artiste, peut-être à son insu, était dominée par un modèle antique, et ce modèle ne pouvait être autre que la Minerve ^ » Et le même écrivain, qui n'est pas suspect d'un amour exagéré de l'antiquité profane, ajoute : « Je sais ce que disait une légende byzantine d'un peintre dont la main s'était dessé-

déric-GuiUaume IV : Alt-Christliche Bandenkmale von Constantinopel vont V, bis XII, Jc^rhundert,

1. Il s'agit ici du buste de la sainte Vierge représenté dans un médaillon faisant partie du tableau mosaïque placé dans le tympan au-dessus de la porte principale du narthex.

2. Rio, De l'art chrétien, t. I, p. m«(Paris, 1861). — M.J. Labarte dit de même : « La tête de la mère du Christ est d'une beauté toute hellénique et d'une régularité parfaite ; » et il ajoute, parlant du Saint Michel qui lui fait pendant : « Celle de l'Archange est sévère, et paraît empruntée à quelque tête antique de l'Apollon Pythien. > Hist, des arts industriels^ 1. 1, p. 29.11 a reproduit ces deux figures, avec celles du Christ assis et de l'empereur prosterné à ses pieds, dans la planche Lviii du tome IL

chée subitement, parce qu'il avait pris la tête de Jupiter pour représenter celle du Christ * ; mais il y avait dans cet emprunt encore plus d'absurdité que de profanation, vu le contraste radical des deux caractères, tandis que l'attribut essentiel de la déesse de la chasteté se retrouvait dans la Mère du Sauveur, et produisait e» elle, suivant l'expression de saint Ambroise, cette beauté du corps qui était comme le reflet de la beauté de son âme. Or, c'était là précisément le problème que les sculpteurs grecs s'étaient efforcés de résoudre avec les données comparativement imparfaites que leur fournissait leur religion nationale. Malgré cette imperfection, ils furent quelquefois assez bien inspirés pour que l'art chrétien ne désavouât pas complètement leurs inspirations ^. » On le voit, les modèles grecs, les types symboliques de l'art grec partout répandus dans Constantinople, étaient présents aux yeux et à l'esprit des artistes appelés à décorer ses édifices de figures chrétiennes, et ils leur empruntaient non-seulement des formes, des lignes, des attitudes, mais quelquefois même l'expression, ce

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