‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 118 sur 167 · I. Voir Beulé, Hist. de Vart grec avant Périclès, p · texte numérisé non relu

I. Voir Beulé, Hist. de Vart grec avant Périclès, p

une colonne d'airain, striée non par des cannelures longues et droites, à la manière des plis d'une robe de femme, mais par les spirales que forment les trois serpents mêlés et noués ensemble : ces spirales ne sont pas verticales, mais arrondies comme des tores, et pareilles à des cordes enroulées : elles se terminent par la triple tête des trois serpents*. » La vue de ce monument antique inspira aux artistes de Constantinople une nouvelle création architecturale, une nouvelle forme de colonne, plus riche que pure, mais dont il est intéressant de rattacher l'origine à ce premier anneau tout grec.

Il en est ainsi, plus ou moins, de tout ce que créèrent à Constantinople les architectes, les peintres et les sculpteurs. La vue continuelle des ouvrages antiques les forma, même à leur insu. On raconte que, dans l'âge florissant de la civili-

I. Extat etiam in eodem ordine altéra columna aenea, striata non quidem canaliculis, rugas matronalium stolarum referentibus, sed spiris trium serpentum, in ter se circumplicatorum, non sursum versus directis, sed tortis in modum tororum (quos valde eminentes exprimunt funes) et desinentibus in caput triceps trium serpentum, quorum capita in triquetam formam disposita longe eminent supra columnae torosum caput. Gylli, De top. Const,, 1. 11, ch. 12, dans Banduri, t. I, P- 377-

sation hellénique, Içs femmes d'Athènes avaient Fhabitude d'envoyer à leurs amies enceintes d'exquises statuettes, afin qu'y attachant sans cesse leurs regards, elles pussent mettre au monde des enfants formés à la ressemblance idéale des dieux et des héros. Cette charmante légende est l'histoire même que nous racontons. Si l'art byzantin de la bonne époque ne mérite pas le mauvais renom dont il est entouré, s'il est à la fois gracieux, noble et grand, il le doit au soin avec lequel Constantin et ses successeurs lui créèrent un passé, en transportant dans leur jeune ville les chefs-d'œuvre consacrés par l'admiration des siècles.

« Les artistes avaient sous les yeux d'excellents modèles ; les architectes travaillaient à côté des monuments du plus bel âge de l'architecture antique ; les sculpteurs étaient entourés des statues les plus parfaites, que l'on voyait encore en grand nombre dans toutes les parties de l'empire oriental *. » A cette pure flamme s'alluma le flambeau de l'art dans la seconde Rome. Pendant onze siècles, Constantinople demeura une

I . D'Agincourt, Hist, de l'art par les monuments, 1. 1, p. 48.

ville grecque, une sorte de conservatoire de Fart grec. Quand les Byzantins dégénérés ne surent plus reproduire les nobles images qu'ils avaient sous les yeux, ils ne cessèrent cependant de s'en inspirer : jusque dans leurs œuvres les plus informes, dans leurs productions les plus enfantines, dans leurs créations les plus subtiles, les plus éloignées, en apparence, de la simplicité grecque, apparaît soudain je ne sais quelle. réminiscence antique, un éclair de grand style , un rayon imprévu d'idéal : on sent que la flamme brûle toujours. La conquête musulmane renversa le flambeau, mais la civilisation chrétienne profita de sa dernière lueur : en tombant il éclaira tout d'un coup l'Occident, et lui révéla le sens perdu de l'antique beauté.

Quand on étudiera les origines lointaines de la Renaissance, il- sera juste de ne pas oublier le nom de Constantin.

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