‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 125 sur 167 · Dante, Paradiso, XXIÏ · texte numérisé non relu

Dante, Paradiso, XXIÏ

2. L'abbé Cochet, La Seine-Inférieure historique et archéch logique, p. 51? (Paris, 1864).

3. Vita S. Leonis, archiepiscopi Rothomagensis, 2; dans \ts Acta Sanctorum, Mars, t. I, p. 95.

4. Petit de Julleville, Histoire de la Grèce sous la domina-tion romaine, p. 397 (Paris, 1875).

5. Muratori, Dissei^tà^ioni sopra le antichita italiane, LIX: t. III, p. 2J5 (Monaco, 1765).

6. Voir la curieuse histoire rapportée par Etienne de Bourbon, Anecdotes historiques publiées par M. Lecoy de La Marche pour la Société de V Histoire de France, n» ^70, p. 527 (Paris, 1877).

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de Rouen, au siècle dernier et au commencement de ce siècle, des amulettes dont la révoltante et symbolique obscénité rappelle les cultes les plus immoraux du paganisme^ De nos jours, les pierres, les fontaines et les arbres sacrés sont vénérés en Asie Mineure^. Astarté y compte peut-être encore des adorateurs oubliés dans un pli du Liban ^ Le peuple cypriote rend une sorte de culte à la mer, « la sainte mer, » comme au

I- L'abbé Cochet, Répertoire archéologique de laSeine-In-' férieure, p. 519 (Paris, 1871).

2. a Des sources sacrées qui sortent des assises du temple (d'Aphaque) sont encore tous les jours entourées d'o£frandes; un arbuste qui ombrage une de ces sources avait ses branches chargées de linges, le jour où je passai... La borne milliaire de Bostan El Aamoud est Pobjét d'un culte : on Point d'huile comme un bétyle. Un vieil arbre est un arbre scheikh. Souvent on allume le soir une lampe à la partie supérieure du tronc de cet arbre ; les longues épines de ses branches sont couvertes de chiffons et de guenilles qu'on y accroche comme ex-^oto. » Renan, Mission de Phénicie, p. 297, j 99-400,

3. M. Pestalozza, drogman du consulat d'Italie, nous racontait qu'étant attaché au pacha de Damas, dans une cam.pagne contre les Ansahriehs qui refusaient de payer Pimpôt, il avait trouvé dans une tente ennemie, après une escarmouche, un rituel décrivant des cérémonies analogues aux mystères antiques. Ainsi, il est permis de penser qu'aujourd'hui encore^ dans quelque gorge perdue du Liban, la déesse sidonienne est adorée suivant les formules prescrites par les prêtres de Chanaan et dans toute la monstruosité de l'ancien rite. » Eugène Melchior de Vogué, Syrie, Palestine, Mont- Athos, p. 48, note (Paris, 1876).

temps où il célébrait Vénus naissant à Paphos de récume des vagues*. Les paysans Sardes ont conservé Tantique coutume des « jardins d'Adonis ^. » La fable des Gorgones est encore populaire en Grèce : les paysans aiment à se faire tatouer Timage d'une Gorgone sur les bras ou sur la poitrine ^ : ils pratiquent Faruspicine, ou divination par les animaux immolés, et croient aux auspices tirés du vol des oiseaux *. On se demande avec stupéfaction par quels canaux secrets ce paganisme populaire's'est infiltré jusqu'à nous, comment il a pu traverser tant de siècles, tant de couches superposées d'idées et de mœurs. Le cerveau du paysan est tenace, et ce qu'il garde,

1. A. Gaudry, Ulle de Chypre, dans la Revue des Deux Mondes, t. XXXVI (1861), p. 218.

2. a Quelques jours avant la Saint-Jean, on préparait des vases qu'on remplissait de terre et dans lesquels on semait du blé; on les parait de lambeaux d'étoffe de diverses couleurs; on y ajoutait des espèces de poupées habillées en femmes; jadis, c'étaient des simulacres (obscènes) faits de pâte de farine. » Galette archéologique, 1878, p. 66. Cf. Creutzer, Religions de Vantiquité, trad. Guigniaut, t. II, 3® partie, p. j jy ; A. de La Marmora, Voyage en Sardaigne, t. I, p. 263.

3. Politis, *0 wepl ropyovwv jjlûÔoç Tiapà Tcp *E>vXrivtX(jj XoMp. Athènes, 187S. — Cf. Revue archéologique, t. XXX VI (1878), p. 68.

4. G. Perrot, Quelques croyances et superstitions des Grecs modernes, dans les Mémoires d'archéologie, d*épigraphie et d'histoire, p. 588, ^89. Paris, 1875.

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il le garde bien. Le paganisme eût été immortel, les exceptions singulières que nous recueillons curieusement fussent demeurées la règle, si les empereurs chrétiens avaient suivi, dans les campagnes, la politique large et tolérante dont ils s'étaient fait une loi pour les villes. La majorité des payjsans serait restée païenne tant que les temples des campagnes auraient été debout : et le paganisme, dans les villages isolés, dans les bois épais, dans les gorges profondes, dans ces lointaines retraites où Faction du pouvoir et l'œil des magistrats pénétraient à peine, c'était la violence, l'orgie, la révolte en permanence! Quand Arcadius et Honorius, en Sgg, donnèrent l'ordre d'abattre les chapelles rustiques sur toute la surface de l'empire, ils rendirent à la cause de la civilisation un service dont la postérité la plus reculée doit leur être reconnaissante : ils éteignirent de véritables foyers de superstition, d'une superstition qui devait être bien ardente, puisqu'en certains lieux la cendre en était encore chaude au moyen âge, et qu'en d'autres elle n'était pas encore refroidie de nos Jours. Les termes mêmes de la loi qu'ils édictèrent montrent qu'ils en avaient compris toute la portée : « Que

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les temples des campagnes soient détruits, disentils, mais que cela se fasse sans combat et sans tumulte. Quand ils auront été ruinés de fond en comble, la superstition n'aura plus d'aliment {omnis superstitionis materia destruetur^). »

On ne saurait s'étonner si cette loi avait été quelquefois devancée par le zèle impatient des missionnaires. Laviedesaint Martin, auiv" siècle, est une lutte non-seulement contre le paganisme, mais contre les objets matériels qui lui donnaient, en quelque sorte, un corps aux yeux des peuples.

I. Code Théod,, XVI, x, i6. — Il m'est impossible de partager ici l'opinion d'un historien éminent avec lequel j'ai eu jusqu'ici l'heureuse fortune de itie trouver presque toujours d'accord, ce Le culte des dieux, écrit M. de Broglie, devenu dans les grandes villes la consécration légale du crime et de la débauche,' gardait souvent encore dans le calme des champs quelque chose de 'l'innocence chantée par les poètes. » L'Église et VEmpire romain au iv« siècle, t. VI, p. 98. Les faits étudiés de près me paraissent en contradiction avec cette phrase idyllique, que l'on croirait empruntée à Libanius. — D'autre part, je cherche vainement à quelle loi ou à quel écrivain du iv« siècle M. Petit de Julleville a emprunté l'assertion suivante, reproduite par l'auteur de la Mission de Phénicie : * Dès l'année j2i, on décrétait des récompenses en faveur des habitants des campagnes qui, d'eux-mêmes, abattraient leurs temples. » Sozomène, cité en note, ne me paraît dire rien de semblable. Voir Petit dQ iuXlty ûXq, Recherches sur remplacement et l^ vocable des églises chrétiennes en Grèce, dans les Archives des Missions scientifiques et littéraires, 1869; 2« série, t. V, p. 519.

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Le vieux soldat devenu moine, puis évêque, semble marcher tenant la croix d'une main, la hache de Tautre. Arrive-t-il dans un village, il en renverse ou en brûle la chapelle rustique. Rencontre-t-il dans un champ une idole, un autel isolé, il les abat. Les arbres mêmes ne trouvent pas grâce devant ses yeux, si la superstition les a choisis pour objet. Il ne craint pas de détruire jusqu'aux temples des villes. L'état religieux de la Gaule, surtout de ces pays du centre dans lesquels se déploya l'apostolat de saint Martin, explique et Justifie cette manière un peu violente de prêcher une religion de paix. Aucune province ne renfermait encore, au iv' siècle, plus de lieux demeurés étrangers à la lumière de l'Évangile : les campagnes surtout y étaient presque toutes païennes. Les antiques traditions des druides et les souvenirs des vieilles divinités gauloises se joignaient, dans l'esprit obstiné des paysans, aux formes plus récentes du paganisme romain, pour opposer aux missionnaires une résistance aveugle, presque féroce. Ajoutons que saint Martin en Touraine et en Bourgogne, comme tous les saints missionnaires que les hagiogra^es nous montrent, à la même époque, renversant idoles

et temples sur tous les points de la Gaule, marchait seul, sans Tappui du pouvoir civil, n'ayant pour se défendre contre la rage des idolâtres d'autre arme que son intrépidité et la grâce de Dieu, et présentant sa poitrine nue au glaive des paysans irrités*. Le même saint Martin que nous voyons si ardent à briser des autels, n'hésite pas à retrancher de sa communion des évêques coupables d'avoir demandé à l'empereur le sang d'un hérétique^. De tels iconoclastes devaient promptement attirer à eux l'amour et la vénération des peuples. La croisade prêchée contre les temples par le pieux évêque de Tours devança certainement de plusieurs années la loi de 399 : elle lui prépara un peu irrégulièrement les voies, et rendit d'avance plus sûr et plus prompt, en Gaule, l'effet de cet ordre impérial. M. Le Blant croit pouvoir attribuer à cette époque les débris assez nombreux provenant d'édifices païens sur lesquels on rencontre, en Gaule, des inscriptions chrétiennes de la fin du iv* siècle et du commencement du v*"^. Beaucoup d'entre eux doivent

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