‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 127 sur 167 · I. Voir plus haut, page · texte numérisé non relu

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%, Code Théod., XV, i, 56.

conciles, eut àprendrequelquedécision collective, à émettre quelque règle générale, elle se montra toujours préoccupée du double devoir qui lui incombait, et jalouse de concilier les intérêts de la foi avec ceux de la civilisation, où Tart tient une si grande place. Dans Tordre des faits, elle laissa quelquefois fléchir ces principes, et il ne pouvait en être autrement : dans Tordre des idées, elle les maintint inébranlables.

Pendant les persécutions comme après le triomphe, elle a horreur de Toutrage et de la destruction. « Si un chrétien, dit en 3o3 le concile d'Elvire, a brisé une idole, et a été mis à mort pour ce fait, nous ne voulons pas qu'il soit inscrit au nombre des martyrs ; car nous ne lisons pas dans TÉvangile qu'il soit licite d'agir ainsi, et nous ne voyons pas que les apôtres en aient donné Texemple*. » Origène va plus loin encore : il ne veut pas qu'un chrétien insulte ou frappe les statues des dieux ^. Saint Grégoire de Na-

1. Si quis idola fregerit, et ibidem fuerit occisus ; quatenus in evangelio scriptum non est neque invenitur sub apostolh unquam factum, placuit in numerc^ eum non recipi martjrrum. Conc. Eliberit,, canon lx ; dans Hardouin, Concilia, t. I, p. 255.

2. Contra Celsum, VIIÏ, 38. — Le passage d'Origène, il faut l'avouer, est assez étrange, et s'appuie sur des textes de l'An-

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zianze excuse presque Julien d'avoir tiré vengeance de la destruction d'un temple de la Fortune par les habitants de Césarée *. L'historien ecclésiastique Théodoret reproche à saint Abdas d'avoir ruiné en Perse un temple du Feu. Les termes dont se sert le pieux évêque de Cyr sont trop remarquables, trop admirables de sens chrétien et de bon sens, pour n'être pas cités intégralement.

« L' évêque Abdas avait de grandes vertus.

Cependant, dans un mouvement de zèle intempestif, il renversa un Pyreum : c'est ainsi qu'on nomme les temples du Feu. Car les Perses adorent le feu comme une divinité. Le roi, ayant été averti de cet acte, fit venir Abdas : il lui parla

cien Testement singulièrement interprétés. Il eût pu, avec plus de raison, invoquer un passage des Actes des Apôtres (XIX, 37) à propos duquel Fleury fait la réflexion suivante : ff Les apôtres mêmes ne disaient point d'injures aux faux dieux, comme il est marqué expressément de la Diane d'Éphèse. » Hist. eccU, t. XVIII, p. xl.

I. Tel est du moins le sens donné par M. Edm. Le Blant ÇPolyeucte ou le :(èîe téméraire, dans les Mém, de VAcad. des inscr, et belles-lettres, t. XX VIII, 1876, 2^ partie) aux paroles de saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV (Centra Julianum), 92. Il est certain cependant que la curie de Césarée avait " le droit d'ordonner, comme elle fit, cette destruction. Voir plus haut, chapitre III. Les paroles de saint Grégoire de Nazianze ne me paraissent point exemptes d'ironie.

d'abord doucement, et lui commanda de rebâtir le temple. Abdas refusa. Le roi le menaça alors de faire abattre toutes les églises : il mit sa menace à exécution. Il ordonna d'abord de tuer le saint évêque ; puis il commanda de détruire les églises. Je crois qu' Abdas avait agi mal à propos en renversant le teriiple du Feu. Quand saint Paul vint à Athènes, et vit cette ville abandonnée tout entière au culte des faux dieux, il ne renversa aucun des autels vénérés par les Athéniens, mais il parla à ceux-ci, et, par ses discours, dissipa leur ignorance et leur enseigna la vérité. Du reste je considère qu' Abdas fit un acte admirable en refusant de reconstruire le temple, et en aimant mieux mourir : par là il mérita vraiment la couronne du martyre; car, à mes yeux, il n'y aurait eu aucune différence entre adorer le feu et lui bâtir un temple *. »

Quel ' sage tempérament ! quelle nuance déli-

I. Abdas erat epîscopus'multiformibus praeditus virtutibus. nie intempestivo ardore instigatus Pyreum subvertit... Rex... accersit Abdam ac primum clementer accusatum instaurare Pyreum jubet. Quod cum se negaret Abdas facturum, minatur rex omnes se ecclesias aversurum esse... Cumque mandasset divum illum interfici, tum deinde omnes ecclesias dirui jubet. Atque ego sane non tempestivam fuisse Pyrei subversionem existimo. Nam neque divus Apostolus cum

cate finement entrevue et rendue ! Abdas n'eût point dû abattre le temple : l'ayant abattu, il n'avait pas le droit de le reconstruire, même pour sauver sa vie : son refus héroïque a couvert ce que son action première avait eu d'excessif : on peut avec sécurité honorer en lui un martyr de la foi chrétienne. Heureuses les époques et les religions qui laissent à leurs historiens de semblables problèmes moraux à résoudre !

Même après les édits qui interdisaient le culte des idoles, on voit desévêques considérer celles-ci comme la propriété des païens, qu'il est défendu de leur enlever, et qu'on doit leur rendre ?i on les en a privés. Nous touchons à un autre point de cette grande casuistique. Saint Augustin

Athenas venisset, et vidisset civitatem obnoxiam esse cultibus simulachrorum, ullam aram quam ipsi venerarentur subvertit, sed oratione et ignorantiam illorum reprehendit et docuit veritatem. Caeterum dirutum instaurare noluisse ac praeoptavisse mori, id vero admirabile et coronis dignum duco, non enim in ullo discrimine ignîs adorationem et fani aedificationempono. Hist.EccL, V, 59.— Théophane (viii" siècle) dit de même : Abdas, divino quidem zelo motus, at non eo ex rationis norma usus, Ignis templum succendit. ChrO" nogr., p. 71 (Paris, 1655). — Amrus, écrivain oriental du xive siècle, cité par Assemani {Bibliotheca orientalis, t. II, p. 401; t. III, p. J71 : Rome, 1719-1728), dit que ce ne fut pas saint Abdas, mais un prêtre de son clergé, nommé Hozee, qui détruisit le Pyreum.

posa ce principe en SgS : il l'appliqua en 399.

« On a de nouveau porté des lois contre les païens, dit-il aux chrétiens d'Hippone, ou plutôt pour les païens, s'ils sont sages et veulent en profiter. Mais eux, parce que Dieu a voulu les effrayer, ils se figurent que nous sommes à la recherche des idoles, et que nous brisons celles que nous trouvons. Pourquoi ? ne savons-nous pas où sont les païens? où sont les idoles? Cependant nous n'agissons pas : Dieu ne nous en a pas donné le pouvoir. Quand Dieu donne-t-il ce pouvoir? quand le propriétaire du terrain où sont les idoles est devenu chrétien. Par cela seul il autorise leur destruction... Ainsi, nous n'agissons pas là. où nous n'avons pas le droit d'agir. Nous n'agissons pas là où le propriétaire se plaindrait; au contraire, quand il approuve, nous agissons, car alors nous serions coupables de ne pas agir*. »

Voici le principe posé : nous allons tout à l'heure en voir l'application. Il y avait, certes, quelque mérite à parler ainsi, car l'Afrique proconsulaire était une des provinces où la lutte en-

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