‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 130 sur 167 · S. Augustin, Ejp, 91 (tf//tf · texte numérisé non relu

S. Augustin, Ejp, 91 (tf//tf

j. Cum templa, idola, luci, et si quid hujusmodi, data potestate, evertuntur... Ep.4j (alias 1 54). — Cf. V« Conc. Carih., canon xv, anno 401 ; dans Hardouin, t. I, p. 987.

4. Non debemus inde aliquid usurpare, ut appareat nos pietate ea destruere, non avaritia. S. Augustin, /. c. — Voir plus haut, page 92.

time, sans un ordre émané du pouvoir, il va plus loin.

Il considère alors que réparation est due aux païens à qui Ton a fait éprouver un dommage.

Leur propriété a été enlevée, leur propriété doit être rendue. Des chrétiens avaient renversé, en 399, r Hercule que vénéraient les habitants de Suffecte : ceux-ci, après avoir immolé soixante chrétiens en représailles, firent entendre leurs plaintes et leurs réclamations. Saint Augustin y répond en ces termes :

« Votre horrible crime, votre cruauté inattendue, ont fait trembler la terre et indigné le ciel ; vos places et vos temples sont rougis du sang des innocents ; on n*entend dans votre ville que des paroles homicides. Vous avez violé les lois romaines, vous avez foulé aux pieds le respect dû à la Justice. Le sang de soixante de nos frères a été versé par vous; les plus coupables des meurtriers sont ceux qui ont reçu le plus de louanges et qui occupent le premier rang dans votre sénat.

« Venons, cependant, à notre affaire. Vous dites que l'Hercule était votre propriété : nous le rendrons. Nous avons des métaux, des pierres, des marbres de toute espèce, des ou-

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vriers. En ce moment on sculpte votre dieu, on le tourne, on le décore. On le peindra mêmie en rouge, afin qu'il puisse entendre vos prières. Car, puisque que vous dites qu'il vous appartenait,, nous avons fait une collecte, et nous avons été chez votre sculpteur vous acheter un dieu. Rendez à votre tour les vies que votre main a brisées ; nous vous restituons votre Hercule, restitueznous les âmes de nos frères ! * »

L'ironie est sanglante, et il faut avouer qu'elle était bien justifiée; mais le principe est nettement posé.

Trop nettement, dira-t-on peut-être ; et quelques-uns s'étonneront de la hardiesse avec laquelle il est appliqué par saint Augustin. On a vu tout à l'heure l'évêque Abdas souffrant le martyre plutôt que de reconstruire un temple du Feu qu'il avait renversé ; nous pourrions

I. Age, nunc principalem veniamus ad causam. Si Herculem vestrum dixeritis, porro reddemus : adsunt metalla, saxa nondesunt; accedunt marmorum gênera, suppetit artificum copia. Caeterum deus vester cum diligentia sculpitur, tornatur et ornatur. Addimus et rubricam quae pingit ruborem, quo possint vota vestra sacra sonare. Nam si vestrum Herculem dixeritis, collatis singulis nummis ab artifice vestro emimus deum. Reddite igitur animas, quas manus vestra contorsit, et sicuti a nobis vester Hercules redhibetur, sic etiam a vobis tantorum animae reddantur ! Ejp» 50 {aXias 267).

citer une lettre éloquente de saint Ambroise à Théodose, dans laquelle le grand évêque de Milan, repoussant comme un sacrilège la pensée d'obéir à un ordre de l'empereur qui voulait obliger les chrétiens de Callinique à reconstruire une synagogue îhcendiée,' déclare que Tévêque de cette ville devra se laisser égorger plutôt que d'y consentir * : saint Augustin, dans une situation qui n'est pas sans analogie avec celles-ci, ne montra-t-il pas une tolérance exagérée ? Ces questions devaient être, dans la pratique, fort délicates à résoudre. Leur solution dépendait dçs circonstances. En Perse, la*trop facile obéissance de l'évêque, succédant à un acte téméraire, eût pu sembler une faiblesse et scandaliser les fidèles ; il résiste. A Suffecte, l'empressement de saint Augustin à rendre aux habitants leur Hercule détruit, sans demander vengeance de tant de fidèles immolés, était de nature à toucher leurs cœurs, et à leur donner une grande idée de la douceur et de l'équité des chrétiens. N'oublions pas que saint Augustin représente ici une religion victorieuse, et qu'un seul mot de lui eût suffi pour déchaîner la foudre sur les

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