I. Hist, de saint Ambroise, p
L'esprit du xyii» siècle, si grand à tant d*égards, mais, à certains autres, un peu éloigné, en France surtout, de la largeur des premiers siècles chrétiens, comprenait difficilement Tétat d'une société aussi complexe, aussi mélangée d'éléments divers, que celle qui vit tomber le paganisme romain. Enfants d'un siècle orageux, nés à une époque où le christianisme retrouve en face de lui, sous le nom de libre-pensée, un paganisme nouveau, nous sommes peut-être placés, pour juger l'époque où vécut saint Augustin, dans des conditions plus favorables que les heureux contemporains de Bossuet et de Louis XIV. Là où ils s'étonnent, nous ne nous étonnons pas, parce que nous savons mieux avec quels ménagements la vérité doit traiter une société malade. La lettre qui vient d'être analysée n'a pour nous rien d'étrange : cependant elle fut difficilement admise, avec son sens naturel et simple, par les écrivains du xvii* siècle. Un traducteur des sermons et des épîtres de saint Augustin^ Dubois, en contesta même l'authenticité. Tillemont n'eut pas de peine à la défendre contre cette attaque, à l'appui de laquelle ne pouvait être invoqué aucun motif
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sérieux*; mais lui-même semble avoir éprouvé quelque embarras. Il se garde de résumer la lettre et de s'expliquer sur le fond. Fleury, de même, se borne à dire que saint Augustin reprocha aux anciens de la colonie de Suflfecte leur cruauté et leur mépris des lois ^. Il est visible que la conduite de saint Augustin dans cette circonstance mémorable blesse le sens janséniste du grand critique et Tesprit circonspect, mais un peu timide, de Thistorien. Les éditeurs bénédictins de saint Augustin me paraissent avoir reçu une impression semblable. Dans la Vie si complète et si savante qu'ils ont insérée à la fin du XI' volume des œuvres du grand évêqued'Hippone, ils disent que sa lettre aux païens de Sufifecte est tout entière ironique, que la promesse faite par lui n'a rien de sérieux et est subordonnée à l'impossible accomplissement d'une condition préalable, la résurrection des soixante chrétiens martyrisés^. Plus, au contraire, je relis
1. Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. XIII, p. ^24 (Paris, 1702).