CHAPITRE X
l'art CHRÉTIEN ET LES REPRESENTATIONS MYTHOLOGIQUES.
Sommaire. — Origines de Part chrétien. — Les Pères de l'Église n'ont jamais été hostiles aux beaux-arts. — Alliance des sentiments nouveaux et des formes antiques. — Large esprit des premiers chrétiens. — Certains types mythologiques se dépouillent de plus en plus du caractère religieux pour devenir de purs symboles ou de simples motifs artistiques. — Les chrétiens les emploient sans scrupules. — Orphée. — Psyché. — Ulysse. — Saisons, Génies, etc. — Au contraire, toute image ayant un sens idolâtrique est sévèrement exclue de Part chrétien. — Applications de cette double rè2le. — Les sarcophages des catacombes. — Histoire de cinq artistes martyrs. — Texte des Canons apostoliques, — Les bijoux des catacombes. — L'écrin de l'impératrice Marie. — La corbeille de noces d"'une chrétienne du IV® siècle. — Tolérance de l'Eglise victorieuse. — Saint Augustin et les séductions de l'art. ~ L'àme chrétienne en face de la beauté antique.
C'est ici le lieu d'exposer avec quelques détails ce que j'ai brièvement indiqué déjà, et de dire quelle fut, et avant et après le triomphe du christianisme, Fattitude de l'Église vis-à-vis des œuvres d'art inspirées par la mythologie païenne.
238 l'art chrétien
Il n'est plus besoin, aujourd'hui, de reprendre par ses origines la question de l'art chrétien. Les catacombes romaines ont été révélées au monde, et elles^sont désormais connues de tous : on peut surprendre à sa source, dans sa fraîcheur et sa virginité, cet art où le sentiment nouveau se mêle si harmonieusement à la forme antique, et y entre avec tant d'aisance et de naturel, comme si cette dernière avait été créée pour lui. A ceux qui prétendraient encore que les premiers chrétiens eurent peur des beaux-arts, il suffirait de montrer du doigt les voûtes peintes de leurs chambres sépulcrales. Quand Clément d'Alexandrie appelle la sculpture un art « merveilleux, mais funeste, » c'est parce qu'il voit « les hommes prosternés devant des statues à figure humaine, et le mensonge voilant la vérité * ; » mais il ne songe nullement à condamner l'art même, lui si sensible à la beauté, noblement navré de ce qui la souille et altère en elle l'idéal *. Quand
. n\A^^r.* '^'Alexandrie, Exhortatioad gentes, 7.
:• exemple, son- indignation contre l'infamie nnes ; il en souffre comme d'une profanation ée. « Homme, ne tyrannise pas la beauté ; ne sa fleur! garde-la pure, afin qu'elle demeure )i de la beauté, non son tyran. Qu'elle reste
Athénagore se demande si les statues sont vraiment l'ornement des villes, il écrit une phrase que Ton a tort d'isoler du contexte ; lisez-la à sa place, et vous reconnaîtrez qu'il parle des statues du charlatan Nérillynup, son contemporain, que les habitants de Troas honoraient comme un dieu * : il ne parle pas des statues en général, Tatien lui-même, cet esprit excessif que je n'accepte pas comme un vrai représentant des idées chrétiennes, et qui devait sortir bientôt de l'orthodoxie, Tatien, dans un long et précieux passage qui ixous a conservé lès noms d'un grand nombre de sculpteurs et les sujets d'une multitude de statues, s'élève contre le choix impur de ces sujets, non contre la sculpture ; il condamne l'abus, il ne réprouve pas l'usage ^ Ni Athénagore, ni Clément, ni aucun des Pères de la plri* mitive Eglise n'a écrit une ligne d'où l'on puisse conclure raisonnablement que « l'art était antipathique à la religion nouvelle^. » Cette religion,
libre. Alors ]& reconnaîtrai la beauté dont tu auras conservé pure l'image. Alors j'adorerai la beauté suprême, dont le reflet est répandu sur tout ce qui est beau. » Ibid^, 7.
1 , Athénagore, Legatio pro christianis, 26.