‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 135 sur 167 · L ART CHRETIEN · texte numérisé non relu

L ART CHRETIEN

au contraire, à peine née, tendit ses bras à tous les arts, comme à des enfants dont elle était ta vraie mère; et ils trouvèrent sur ce sein maternel leurs plus pures et leurs plus hautes inspirations. Ils parlèrent tout de suite sa langue, mais sans bégayer, parce qu'elle les avait adoptés adultes, tout formés,* tels qu'ils étaient sortis des mains de la Grèce et de Rome, et qu'elle ne leur demandait que d'exprimer des idées chrétiennes dans l'idiome employé par eux depuis des siècles, « de faire vivre le sentiment chrétien sous la belle forme de l'antiquité, » selon le mot d'un sculpteur spiritualiste' de notre âge *, ou, comme /l'écrivait récemment le chef même de l'Église, « d'allier enfin l'élégance de la forme si merveilleusement cultivée par les Grecs avec ce que les hommes inspirés de l'esprit d'en haut avaient enseigné sur Dieu et ses œuvres, » afin « qu^en

tianisme, p. ii (Paris, 18^4) > Louis et René Ménard, De la sculpture antique et moderne j p. 189, 195 (Paris, 1867). On Ht avec étonnement dans ce dernier livre que les évêques défendaient aux artistes chrétiens d'imiter ou même de re^ garder les images des anciens dieux (p. 196), » et que « quatre édits successifs ordonnèrent la destruction des temples et des statues (p. 189). »

I. Cité par Gustave Eyriès, Simart, étude sur sa vie et son œuvre, p. j83.

unissant de la sorte ce qui était autrefois séparé, les arts parviennent à cette perfection dont l'âme est ravie encore plus que les yeux *. »

Mais cet idiome même, cette langue des formes^ des types et des symboles que parlait Tart classique, le christianisme lui fit-il subir de nombreux retranchements, des modifications profondes ? Beaucoup moins qu'on ne serait porté à le croire. Le christianisme primitif eut de tout temps l'esprit très-large ; la foi était alors trop vive, trop sincère, pour s'effrayer de vains mots ou de vaines images. Les fidèles continuaient à porter sans trouble, après leur baptême, les noms d'origine mythologique en usage dans la société païenne, Apollo^ Phœbe, Hermès^ Mercurius, Saturninus^ Hercules ^^ etc.; les allu-

1. Pie IX, Bref du 27 août 1877, à M. Je baron Taccone- Gallucci.

2. « S. Paul, dans son épître aux Romains (XVI,- 1, 14; cf. /. Cor» y I, 12), leur recommande la chrétienne Phcebé^ et envoie ses salutations fraternelles à Hermès ; il parle dî' Apollon comme d'un compagnon de ses travaux apostoliques. Le concile d'Antioche excommunia un moine du nom d'Ammon qui refusait de souscrire à la condamnation d-Origène. Cest du dieu Mars que dérivent les noms de Martéa, Martial, Martin, Martine, Martinien, que portèrent un certain nombre de saints d'Afrique, d'Espagne, d'Italie et des Gaules ; ApoU linaire, Apollonius, Apollonie, sont des dérivés d'ApoUo ; Denys ou Dionisius n'est que la forme grecque du nom de Bac-

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