‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 136 sur 167 · LART CHRETIEN · texte numérisé non relu

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sions faites par les peintres ou les sculpteurs aux fabuleuses aventures des dieux, ne leur devaient causer aucun effroi. Les chefs de l'Église chrétienne avaient cependant, sinon par écrit, au moins dans la pratique, posé une règle à la fois très-large et très-prudente, qui protégeait les âmes encore faibles, tout en maintenant les autres

chus, également porté par un bon nombre de saints; Saturnin, Saturnien, dérivent de Saturne. Il suffit de parcourir le martyrologe romain pour voir combien sont nombreux les vocables des divinités qui sont devenus des noms honorés par l'Église. Bornons-nous à citer : Ammonaria, Aphrodisius, Athenogenes, Janus, Jovita, Jupiter, Mercurius, Minervalis, Mercurialis, Palladius, Palladia,Posidonius, Sabas (Sabazius est un des surnoms de Bacchu s), 5fercw/M5, Venerius. La plupart de ces noms se retrouvent dans les inscriptions des marbres chrétiens, où apparaissent aussi les noms suivants : Artémis (nom de la Sibylle Delphique), Athénodore, Calliope, Castor, Cincia, Démétrius (du nom grec de Cérès), Dianesis, Fortuna, Jovina, Jovita, Lucine, Mercuria, Minerva, Némésis, Pollux, Pythius (surnom d'Apollon), Vénus, etc. 1 J. Corblet, dans la Revue de VArt chrétien, t. XXII (1876), p. i j. Voir cependant, sur la répugnance de certains chrétiens à conserver des noms de cette nature, et les règles disciplinaires portées à ce sujet, Edm. Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule, n» )5, t. I, p. 76. M. Corblet ne croit pas à l'antiquité de ces règles : il conteste Tauthenticité, ou au moins la date* du canon attribué au concile de Nicée sur ce sujet. L. c, p. 20. — Les premiers chrétiens n'hésitaient pas non plus à inscrire sur leurs tombes les noms païens des jours, dies Solis, dies Mercurii, dies Veneris, etc. : on les trouve également employés par les plus anciens Pères, S. Justin, Clément d'Alexandrie, etc. Voir NonhcotG, Epitaphs of the Catacombs, p. 27 (Londres, 1878).

dans une région élevée au-dessus des puérils '

scrupules.

Ils avaient fait, en quelque sorte, deux parts dans le paganisme. Ils avaient mis de côté, comme inoffensive, la partie purement symbolique ou littéraire de la fable antique. Cette région neutre s'étendait tous les jours. Elle gagnait du terrain à mesure que le paganisme, considéré comme religion vivante et objet de foi, en perdait : le flot des croyances populaires, en se retirant du pied des dieux, laissait découvert un espace vague, également propre à Terreur et à la vérité.' « Les formes de Fart grec, dit un ingénieux écrivain, avaient perdu, à l'époque romaine, tout caractère individuel ; elles n'avaient plus qu'une signification générale et cessaient d'être un objet de religion. Elles ne représentai«ît plus des dieux considérés comme personnes réelles, elles étaient devenues les purs truchements d'une idée abstraite, de très-larges symboles. Elles n'éveillaient plus un sentiment d'adoration; elles parlaient seulement à la pensée. Plus la foi à l'antique mythologie avait diminué, plus aussi les formes traditionnelles de l'art avaient été tournées à un sens symbo-

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lique. Ses créations les plus récentes, par exempk les bas-reliefs des sarcophages appartenant à la dernière moitié du second siècle de notre ère, nous offrent la preuve de cette évolution. Les mythes de Méléagre, de Niobé, de Gupidon et. Psyché, etc., ne sont plus représentés, à cette époque, afin de donner au spectateur Vïdét de la réalité historique ou religieuse des personnages qui y figurent, mais simplement pour faire arriver à son esprit, sous des formes conventionnelles, les idées générales de destruction, de mort, de vie future. Les images mythologiques sont devenues un mode presque universel d'exprimer des. idées *. »

Ces paroles auraient une portée exagérée si on les entendait de tous les sujets que la Fable antique pouvait suggérer aux artistes ; elles sont vraies d'un assez grand nombre d'entre eux, dont le caractère religieux s'était effacé, émoussé, <omme lé relief d'une médaille qui a passé de main en main et est entrée dans la circulation. Ces derniers n'avaient plus rien qui pût éveiller la défiance des chefs de la société chrétienne. Le rigide^ Tertullien lui-même, traitant de Tinter-

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