‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 14 sur 167 · LES MARBRES PAÏENS DANS LES CATACOMBES · texte numérisé non relu

LES MARBRES PAÏENS DANS LES CATACOMBES

Sommaire. — Existence, dans les catacombes, de marbres provenant de tombeaux païens. — Explication de ce fait. — Grand nombre de tombeaux dans la campagne romaine. — Beaucoup sont mal entretenus et abandonnés. — Leurs ruines tombent dans le domaine public. — Les pierres qui en provenaient ont été quelquefois employées par les /o5sores chrétiens. — Mais ceux-ci n'ont point fait partie des déprédateurs de tombeaux contre lesquels sont dirigées de nombreuses lois. — Deux textes seulement font allusion à la violation de tombeaux par des chrétiens. — L'un est une épigramme de S. Grégoire de Nazianze : elle montre avec quelle sévérité l'autorité ecclésiastique qualifiait ce crime. — L'autre est une loi de ^|45, c'est-à-dire d'une époque où l'on n'enterrait plus dans les catacombes, et où les tombeaux de la campagne de Rome avaient été ruinés par les Barbares.

Il n'est point rare de rencontrer dans les catacombes de Rome des tombeaux fermés avec des dalles de pierre ou de marbre provenant de monuments païens. Le plus souvent ces pierres sont opistographes^ c'est-à-dire que, d'un côté, elles portent Finscription qui y avait été primitivement gravée, et, de l'autre, celle qu'y ont mise plus tard l^sfossores chrétiens : la première est tournée vers l'intérieur du tombeau, la seconde exposée à l'extérieur.

Il est difficile d'indiquer d'une manière générale les causes qui ont amené ainsi, dans les cimetières chrétiens, ces fragments enlevés à des monuments 'de toute nature*, religieux, civils ou sépulcraux, à ces derniers surtout, si nombreux aux environs de Rome, et exposés à tant de causes de destruction.

La campagne romaine était peuplée de tombeaux : chacune des grandes voies qui aboutissent aux diverses portes de la ville éternelle formait, pendant plusieurs milles, comme une

I. Un certain nombre de ces pierres sont des débris d'abaques ou tables de jeu.

funèbre avenue, bordée à droite et à gauche de tours, de mausolées, de temples, de statues, souvent même de jardins et de parcs, au milieu desquels se détachaient, sur la verdure des cyprès, des oliviers et des pins, les lignes élégantes de quelque somptueux édifice sépulcral. La piété des familles romaines, chez lesquelles le culte des ancêtres était entouré de tant d'honneurs, entretenait avec le plus grand soin ces monuments quelquefois magnifiques : des cérémonies périodiques y amenaient, à certaines époques de Tannée, la foule des parents, des clients et des affranchis : souvent des gardiens habitaient auprès des édifices funéraires, chargés de veiller à ce que les lampes qui brûlaient jour et nuit autour du sépulcre ne s'éteignissent pas, à ce que les offrandes de fleurs eussent lieu aux époques fixées par le rituel, à ce que la demeure du mort fût aussi bien tenue que s'il était encore vivant.

Les familles riches pouvaient seules se permettre ce luxe funèbre. Les tombeaux plus humbles, que des inscriptions parfois fort touchantes nous montrent élevés à Taide des économies péniblement amassées par quelque petit mé-

nage *, étaient naturellement moins soignés : aucun testateur n'avait assigné à leur entretien d'abondants revenus, et n'avait intéressé de nombreux affranchis et de nombreux clients à veiller à leur conservation. Le temps dispersait plus ou moins promptement ces pierres négligées : on les voyait se disjoindre peu à peu, les colonnes se détachaient, la masse de la construction s'inclinait : pour obtenir la permission de restaurer ces sépulcres chancelants {labentia sepulcra), il fallait recourir au collège des pontifes, seul maître de donner ou de. refuser l'autorisation d'abattre pour le. reconstruire un édifice sépulcral ^.

Que de fois cette autorisation n'était pas demandée, soit que la famille fût éteinte, soit qu'elle fût trop pauvre pour entreprendre la reconstruction du tombeau, soit qu'elle fût devenue indifférente à la mémoire d'un ancêtre obscur et depuis longtemps oublié ! Le monument tombait

1. DONATVS. AVG. LIB. ET. ANNIA. PRIMITIVA, HANC. SEDEM. FRUCTUM. LABORIS. SVI. VIVI. SIBI. POSVERVNT. Orelli, Inscriptionum latinarum selectarum amplissima collectio (Turin, 1828}, n» 4769. — INSTANTIA ET LABORIBVS FECIT... Ibid., no 4728.

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