‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 146 sur 167 · Petit de Julleville, p · texte numérisé non relu

Petit de Julleville, p

6* Procope, De jEdificiis, I, 34.

les altérations qu'il subit alors furent seulement celles que rendit nécessaires sa nouvelle destination, aucune ne fut faite pour le seul plaisir de détruire son antique ordonnance : on laissa subsister sur ses murailles extérieures la célèbre inscription bilingue connue sous le nom de Testament d'Auguste *.

Il en fut de même à Rome. Quand le pape Simplicius, en 470, changea en une église consacrée à saint André l'édifice profane élevé sur l'Esquilin par Junius Bassus, il se borna à y rendre possible la célébration des saints mystères [sacris cœlestibus aptansy dit une inscription) : il laissa entière la splendide décoration des murailles, sur lesquelles des marbres découpés {opus sectile marmoreum) dessinaient des jeux, des processions païennes, des scènes mythologiques, des bustes impériaux : il conserva même l'abside primitive, avec l'inscription historique du fondateur : il plaça seulement au devant l'autel destiné au culte nouveau, et remplaça les ornements de l'abside par des mosaïques chrétiennes, « les plus antiques et les plus belles de Rome, » dit

I. Perrot et Guillaume, Exploration historique delà Gah' fie et de la Bithynie, 1. 1, p. J96.

Panvinio* (oubliant celles de sainte Pudentienne). De même le pape Félix IV, au commencement du VI» siècle, voulant faire d'un des temples qui avoisinaient le iforum une église dédiée aux saints Côme et Damien, en laissa intactes les antiques murailles; mais il fit resplendir, sur une abside de mosaïque, les images du Christ, des anges et des saints, les symboles des quatre évangélistes, et TAgneau posé sur un trône gemmé *. L'Église, en s'appropriant le$ temples, les détruisait rarement, le plus souvent elle en modifiait à peine l'aspect — voyez le Panthéon consacré dans les premières années du siècle suivant par le pape Boniface IV — et se bornait à projeter sur les vestiges conservés de Fart antique un rayon de Fart nouveau.

On ne saurait compter les temples préservés ainsi en Italie, soit dans leur intégralité, soit au moins dans quelques-unes de leurs parties. A Rome, neuf sanctuaires païens sont consacrés au vrai Dieu. A Milan, les temples de Minerve, de Janus, d'Hercule et d'Apollon deviennent des

i. Bull, di arch, crist, 1866, p. 55 ; iSyijp. £-^0,41^. %. IHcLf 1867, p. 65 ; Barbet de Jouy, Les Mosaïques chrétienne^ de Rome, p. 24 (Paris, 1857),

églises et des baptistères *. A Spolète, un temple païen est adapté au nouveau culte et prend le nom de Basilique du Sauveur^. Il en est de même dans les campagnes : d'humbles temples ruraux sont changés en églises, et ne perdent quelquefois, dans cette transformation, aucun de leurs antiques ornements : tel est le temple du pagus Triopius^ dans la campagne romaine, près du nympheum d'Égérie, devenu Téglise de Saint- Urbain alla Caffarella ' ; tel est, en Ombrie, le gracieux sanctuaire païen construit sur les bords du Clitumne, qui fut dédié, vers le Ve siècle, au « Dieu des Anges, des Prophètes et des Apôtres* ;» tel est encore le temple de Noceraideipagam^ sur là route de Nàples à Salerne, demeuré intact, quoique changé en un sanctuaire chrétien*.

Après le concile d'Éphèse, on voit, dans un

1. Voirla carte de Milan au iv« siècle, dressée par le docteur Biraghi (reproduite dans le Saint Ambroise de M. Tabbé Baunard).

2. De Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1871, p. i?8.

5. Voir un dessin de ce temple dans la Sainte Cécile de Dom Guéranger, p. 598, fig. ^4.

4, BidU di arck, crist,, 1871, p. 145.

5. D'Agi ncourt. Histoire de l'art par les monuments, t. I, p. j4 et pi. VIII, n«> 10.

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espace de temps très-court, huit des plus beaux temples païens de Sicile devenir des églises dédiées à la sainte Vierge. Ainsi se transforment le tçmple de Vénus et de Saturne à Messine, le temple de Vulcain, près du mont Etna, le Panthéon et le temple de Cérès, à Catane, le sépulcre de Stésichore*. Par un contraste touchant, le mausolée du tyran Phalaris, à Agrigente, devient l'église de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, et le temple de Vénus, au mont Éryx, desservi jadis par un collège de courtisanes, est consacré à la pureté sous le vocable de Sainte-Marie-des- Neiges ^. Le temple de Minerve, à Syracuse, devient aussi aussi une église de la Mère de Dieu ; en lui donnant cette destination nouvelle, on ne lui fait d'abord subir aucune modification ; au vii« siècle seulement saint Zozime démolit le naos parce qu'il se trouvait trop petit pour le culte chrétien ; une partie du péristyle fut conservée, et ses colonnes sont engagées aujourd'hui dans les murs latéraux de la cathédrale '.

Les missionnaires de race barbare suivaient

i^ Beugnot, H isL de la destr. du paganisme en Occident, t. Il, p. 271.

2. Ozanam, La Civilisation au V* siècle, t. I, p. 164. 5. Beulé, Hist. de Vart grec avant Périclès, p. 74.

les exemples que leur donnait le clergé de la Grèce et de l'Italie. Saint Colomban et son disciple saint Gall arrivent, vers la fin du vn« siècle, en Helvétie, à Arbon : « ils y trouvent çà et là quelques traces du christianisme que la domination romaine et franque y avait semées, » mais ils y rencontrent, en même temps, une population grossière, qui, chrétienne de nom, était restée attachée aux pratiques superstitieuses du paganisme. Les habitants d'Arbon, quoique baptisés, continuaient d'offrir des sacrifices dans un temple païen, demeuré intact et encore orné de trois statues de cuivre doré. Les deux missionnaires entrent dans le temple et brisent les statues ; puis ils font le tour de l'édifice en chantant des psaumes et en aspergeant ses murailles d'eau bénite ; ils rentrent dans son enceinte, oignent avec Thuile sainte Faute! idolâtrique, déposent au-dessous des reliques, le couvrent des linges liturgiques et y célèbrent immédiatement la messe. Le temple est ainsi changé en église, et Tautel des idoles devient, sans autre altération, l'autel du vrai Dieu *.

I. Beatus antem Coliimbantts fussitaqtram alPerrî, et, bene» dicens illam^ adspersit eâ templum : et dum cîrcuirent psal-

Des exemples de cette intelligente transformation des édifices profanes ont été rencontrés dans les lieux les plus éloignés de Rome. Ainsi, la mosaïque rapportée en 1860 des environs de T3rr, et célèbre sous le nom de mosaïque de Sour, paraît avoir appartenu à un édifice profane transformé en église sans avoir perdu ses ornements primitifs. Cette mosaïque, longue de 14 "42, a formé le pavage d'une église dédiée à saint Georges : elle est d'un dessin charmant, tout à fait classique de style et d'ordonnance, qui représente des enfants, des combats d'animaux, des scènes agricoles, les douze mois, les quatre saisons, les quatre vents*. Des juges très-compétents la font remonter au iv* siècle. A l'une des extrémités de ce pavage, à la place où, da,ns l'église, devait se trouver Tambon, on lit une inscription grecque en mosaïque du vi* ou vu" siècle de notre ère* : à la suite a dû être construite,

lentes^ dedicavit ecclesiam. Deinde^ invocato nomine Domini, uaxit altare^ et beatœ Aurelîee reliquias in eo collocavit^ Testitoquealtari^missas.legitixnecompleveruiit. VitaS, Galli, édita a Wallafrido Stabbo abbate, I^ 6 ; dans Surius, Sancto^ ntm hist,, t. V, p. 8g8 (Cologne, i ^20).

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