‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 148 sur 167 · Voir De Saulcy, Deuxième voyage en Terre-Sainte^ t. II · texte numérisé non relu

Voir De Saulcy, Deuxième voyage en Terre-Sainte^ t. II

Mois, les Vents et les Saisons, le portent à donner une même date' à toutes les parties de la mosaïque. L'identité parfaite des cubes et même du ciment qui les relie ne lui permet pas de voir dans celle-ci les traces de deux travaux successifs. L'édifice et la mosaïque lui paraissent avoir été construits en même temps, l'un pour l'autre, et l'édifice ne remonte pas, dans son état actuel, à une date antérieure au règne de Justinien.

Vainement dira-t-on que le dessin de la mosaïque est trop beau, trop pur, pour une époque aussi basse : si le dessin est excellent, l'exécution matérielle est assez grossière, et cette inégalité entre la composition et la mise en œuvre convient tout à fait au vi* siècle*. A cette époque, les traditions de l'art antique étaient encore admirablement conservées en Syrie, bien que la main des artistes se soit alourdie. « Nous arrivons donc, conclut-il, » à considérer notre mosaïque comme un fruit de la grande renaissance du temps de Justinien, renaissance qui a laissé tant de traces dans tout

I. a Des défauts dans l'exécution, avec quelques restes d'une plus grande habileté dans la composition, tt tel est^ selon d'Agincourt, la caractéristique de Part après Constantin, Hist. de l'art par les mon., t. III, p. 50.

rOrient, en Egypte, en Syrie, au* mont Sinaï, dans le Hauran *. »

Je viens d'exposer impartialement les opinions différentes auxquelles a donné lieu ce rare et curieux monument. Si Ton pense, avec M. de Rossi, que la mosaïque est du iv* siècle, il faut voir ici un exemple probable du respect des chrétiens pour les monuments de Tart antique appartenant aux édifices qu'ils transformaient en églises. Si, au contraire, on y reconnaît, avec M. Renan, une œuvre à peu près contemporaine de Justinien, on se trouve en présence d'un non moins remarquable exemple de la fidélité avec laquelle les grandes traditions artistiques se conservèrent dans l'empire byzantin, grâce au respect des empereurs pour les chefs-d'œuvre de Tantiquité. On comprend que j'aie tenu à résumer complètement cette discussion r les deux opinions qu'elle a mises en présence apportent, l'une et l'autre, et quelque parti que l'on adopte.

I. Mission de Phénicie, p. 626. Voir le développement de toutes ces raisons, ibid,, p. 619-631. c Au milieu duvii« siècle, dît de même le savant orientajiste M. Reinaud, les Arabes, en subjuguant la Syrie, la Mésopotamie, TÉgypte, et les provinces septentrionales de l'Afrique, trouvèrent Part de la mosaïque, cultivé partout. » Revue archéologique, jt. VI (1862), p* 44.

une confirmation aux idées exposées dans ce livre.

Même quand des circonstances exceptionnelles obligeaient TÉglise à continuer, en pleine époque de paix et de triomphe, les précautions que la crainte des séductions idolâtriques lui avait inspirées pendant Tère des persécutions, elle aimait mieux cacher que détruire des représentations Jugées dangereuses.

Elle agit ainsi pour un temple fameux de l'île de Philé, sur les confins de T Egypte et de l'Ethiopie. Le culte d'Isis se maintint à cette limite extrême de Tempire romain Jusqu'au milieu du VI* siècle, protégé par le voisinage de populations idolâtres et passionnément attachées à leurs dieux. Les chrétiens ne s'emparèrent du temple d'Isis qu'en 56o, sous le règne de Justinien; quelques années plus tard, ils consacrèrent à leur culte ce dernier asile de la religion égyptienne, et changèrent le pronaos du temple en une église dédiée à saint Etienne. La crainte d'entretenir les supeiitjjtfiçi^s païennes chez des populations

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qui n'avaient accepté qu'en frémissant le joug de rÉvangile ne permit pas de laisser exposées aux regards les antiques sculptures dont les murailles étaient couvertes ; mais on ne les détruisit pas, on se contenta de les recouvrir d'un enduit de limon et de paille, qui, en se détachant peu à peu, les a révélées, dans toute leur fraîcheur, à la curiosité érudite des modernes*.

En général, il fallait des circonstances encore plus exceptionnelles pour que l'Église approuvât ou demandât la destruction d'un temple. Une précaution est nécessaire à qui veut étudier ce sujet et cette époque : il faut rarement prendre à la lettre les auteurs du iv* ou du v* siècle, quand ils disent que les temples ont été détruits, qu'en telle ville, en telle province ils furent tous renversés. Le plus souvent cela veut dire qu^ls ont été fermés. Beaucoup de modernes s'y sont laissé tromper. Winckelmann, citant saint Jérôme, affirme que dès le temps où vivait celui-ci, le temple de Jupiter Capitolin avait été détruit*.

1. Voir le mémoire de M. Letronne Sur Vépoque où lepagd' nismefut définitivement aboli à Philes, dans les^/ém. deVA cad, des inscriptions et belles-lettres, t. X (iSjj), p. 168 et suiv.

2. Winckelmann, Hist. de l'Art, U VI, ch. viii (t. II, p. 5 16).

Il s'appuie sur ces paroles du saint docteur : a Le Capitole est abandonné, les temples et la religion de Jupiter sont tombés *• » On a vu, cependant, qu'au moment où saint Jérôme écrivait, les temples de Rome étaient debout ^ : celui de Jupiter Capitolin existait quand Genséric, roi des Vandales, prit Rome en 4b5*: il était encore conservé au vni" et même au ix* siècle^. Saint Augustin écrit que le 19 mars 399 tous les temples de Carthage furent renversés parles comtes Gaudentius et Jovius * : c'est évidemment une expression inexacte, car nous avons vu, la même année, le concile de Carthage demander aux empereurs d'abattre les temples des campagnes en conservant ceux des villes ®, et une loi de cette année, postérieure à la mission de Gaudentius et Jovius,

1. Squallet Capitolium, templa Jovis et caeremoniae conciderunt. Contra Jovinianuth, II.

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