Code Théod., XVlj x, 16.— Voir plus haut, p
2. Canones ecclesice Africœ, lxxxiv, dans Hardouin, 1. 1, p. 899.
}. De promiss, et prœd. Deiy III, }8*
byGooQle
28o LA TRANSFORMATION
primait ainsi : « Les Italiens détruisirent à Rome tous les couvents. » Lisons : « supprimèrent » ou « fermèrent, » et nous aurons ramené une figure de rhétorique à la stricte réalité des choses *.
Une saine critique écartera donc, en cette matière, toutes les phrases générales, et s'attachera seulement aux témoignages contemporains qui sont relatifs à la destruction de tel ou tel temple clairement désigné. Le plus souvent ces destructions furent justifiées par des motifs graves. Ainsi, en 401, saint Porphyre, évêque de Gaza, obtînt de Temperèur Arcadius Tordre de détruire tous les temples de cette ville. Le récit détaillé de la négociation qui eut lieu alors et l'exposé de la situation de Gaza à cette époque feront voir quelles circonstances expliquèrent et motivèrent quelquefois ces mesures extrêmes ; on comprendra quelle était encore en certaines villes, à là fin du rv* siècle et au commencement du v*, la situation réciproque des païens et des chrétiens. On me I permettra de m'arrêter un peu à cet épisode de la lutte entre les deux cultes : il nous donnera |
I. Sur le sens du mot destruî, appliqué aux monuments du culte idolâtrique dans les lois romaines, voir plus haut^ j page 262, note.
Tôccasion de jeter un coup d'œil sur Tîntérieur d'une ville païenne dans ces temps troublés et d'entr'ouvrir la porte du palais byzantin où régnait Tun des faibles et indolents successeurs de Théodose.
Quand Porphyre fut, en 398, nommé évêque de Gaza, les lois qui prescrivaient de fermer les temples n'avaient pas été exécutées dans cette ville. L'autorité civile les avait volontairement laissé sommeiller; elle craignait de surexciter le fanatisme de populations passionnément attachées à leurs dieux. Les pays situés entre la mer et le Liban étaient demeurés la terre classique d'une religion sanguinaire et voluptueuse, dqnt Gaza avait été de tout temps une des métropoles. Huit temples, parmi lesquels ceux du Soleil, de Vénus, d'Apollon, de Proserpine, d'Hécate, de la Fortune, ornaient cette ville ; le plus vaste et le plus magnifique était dédié au dieu phénicien Marnas; il renfermait un oracle célèbre que venaient consulter d'innombrables pèlerins*. On voyait, sur une des places publiques de Gaza, une
I. Vita S, Pofyhyriî, epîscopi Ga:(œ, auctore Marco diacono, ejus discipulo, 9 ; dans les Acta Sanctorum, février, t. m, p. 655.
Statue de Vénus, d'une grande indécence ^, devant laquelle les fepimes brûlaient de Tencens et entretenaient des lampes allumées. C'était, en un mot, une ville idolâtre, livrée à toutes les infamies du paganisme oriental. Les chrétiens y étaient soumis à une véritable oppression. Porphyre s'émut à ce spectacle. Il députa à Constantinôple un de ses diacres, nommé Marc, celui même qui a écrit l'histoire de sa vie, avec mission d'obtenir un rescrit prescrivant la fermeture des temples de Gaza. Le rescrit fut obtenu sans peine ^. Mais l'officier chargé d'en assurer l'exécution ise laissa gagner par l'or des païens. Il fit fermer tous les temples, excepté celui de Marnas ^. Tel est du moins le récit de Marc; il résulte cependant d'une lettre de saint Jérôme, attribuée ordinaire-
1. Ibid. — • La description qu'en donne Tauteur de la Vie de S, Porphyre, c. 9, ferait croire qu'il s'agit plutôt ici d'une statue de la déesse Baubo^ à laquelle les mythologues attribuent une origine orientale. Voir F. Lenormant, art. Baubo, dans le Dict. des ant. grec, et rom,, p. 68 j.
2. Pronunciatur edictum imperatoris ut clauderentur simulacra Gazaeorum civitatis et ne consulerentur amplius. Vita S. Porphyriij 4 ; Acta SS., févr., t. III, p. 650.
7. Ostendit eis divinum edictum, quod jubebat ut clauderentur templa, et eversis omnibus, quae erant in eis, simulacris, ea clausit. Marnas vero simulacrum sivit laienter consuli, pro eo plurimum acceptis pecuniis. Rursus autem faciebant, ut solebant, idolatrîae nefaria. Ibid, •
jment à l'an 408, mais qui ne peut être postérieure à l'an 399, que le temple de Marnas fut pendant quelque temps fermé*; mais la faiblesse du représentant de l'empereur en permit promptenîent la réouverture. On continua à venir y interroger les oracles: les prêtres reprirent les sacrifices interrompus. L'audace du parti païen s'accrut de ce succès ; il en vint à chasser les chrétiens de tous les emplois civils ; ceux-ci furent traités à Gaza comme de véritables esclaves.
A peine leur permettait-on de cultiver leurs terres *.
1, Marnas Gazae luget inclusus, et eversionem templi jugiter pertimescit. S. Jérôme, Ep. 107 {alias y), ad Lcetam, Cette lettre porte la date de 40J dans l'édition bénédictine, reproduite par Migne (Patrol, lot,, t. XXII, p. 867). Elle ne peut cependant appartenir à cette année, puisqu'elle est antérieure à la destruction du temple de Marnas et que celui-ci fut détruit en 401. Cette date est établie par celle de la naissance de Théodose II, fils d'Arcadius et d'Eudoxie: ce fut quelques jours après sa naissance que Porphyre obtint enfin l'autorisation de renverser les temples de Gaza : voir Tillemont, Hist, des Emp,, t. V, p. 468. Il faut donc reporter d'une ou deux années en arrière la lettre à Laeta. M. l'abbé Lagrange, dans son Histoire de sainte Paule (Paris, 1867), la place vers 400 (sans dire les raisons qui lui font adopter cette date.) En 400, le temple de Marnas devait /être rouvert: la lettre appartient plutôt à ^98 ou ^99.
2. Non sinebant eos obire officia civilia, sed eis utebantur tamquam malis famulis... non sinentes eos obire ullum officium publicura, neque sua praedia colère, ex quibus vecti-
Porphyre résolut de se rendre lui-même auprès de l'empereur. Dans cette cour, où dominait rinfluence des eunuques, il avait la bonne fortune d'avoir pour protecteur l'eunuque Amantius, chambellan de l'impératrice Eudoxie. Accompagné de son métropolitain, Jean de Césarée, il obtint facilement une audience d'Eudoxie.
L'intelligente et fière souveraine reçut les deux évêques dans sa chambre, à demi couchée sur un lit d'or; elle s'excusa sur son état de grossesse avancée, qui ne lui avait pas permis d'aller audevant d'eux, et les supplia de prier pour l'enfant qu'elle portait dans son sein. Porphyre, étranger probablement aux propos que la malveillance populaire répandait sur la conduite privée de l'impératrice, et ne voyant que la piété de celle que saint Jean Chry^ostome devait appeler bientôt une Jézabel*, accueillit gracieusement sa prière; il lui prédit qu'elle mettrait au monde un fils. Peu de jours après, naquit l'enfant qui devait être Théodose II. Dès lors. Porphyre eut en
galia publica pendunt împeratorîae potestati. Vita S. PorphyHiy 5, 6 ; /. c, p. 651, 652.
I, Sur le caractère d'Eudoxie, voir Tillemont, Hist» des Emp,, t. V, p. 424, et Amédée Thierry, S. Jean Chrysostome, p. j et suiv. (Paris, 1874),
rimpératrice un avocat puissant; c'était dire que sa cause était gagnée, car Arcadius n'était guère en état de s'opposer aux volontés de l'épouse de race franque qu'il avait élevée à la dignité d' Augusta, et dont il avait fait promener- dans tout l'Orient la statue entourée de l'appareil de la souveraineté*. Il essaya cependant de résister, et cette velléité de résistance nous montre combien était solidement fixée, à cette époque, la politique traditionnelle des empereurs au sujet des temples. « Non, dit-il, ne détruisons pas les temples de Gaza; il suffira de les fermer ^. » Porphyre lui fit représenter que cette mesure avait déjà été tentée vainement, et que l'insolence du parti païen dans la ville exigeait une répression plus complète. Une rencontre habilement ménagée fit enfin fléchir la résistance impériale. Le jour où le petit Théodose fut baptisé. Porphyre se plaça sur le chemin du cortège qui revenait de Sainte-Sophie; il remit son placet entre les mains de l'enfant. L'officier qui tenait celui-ci dans ses bras lui