I. Vita 5. Porphyrii^ ibid
quelque temps après; il était trop difficile d'effacer de certains sanctuaires le souvenir de ce qu'ils avaient été. Là où avait été fixé, pendant de longs siècles, le centre de la religion d'un pays, une religion nouvelle ne trouvait pas toujours un abri commode. C'est ce qui obligea quelquefois l'Église à autoriser ou à demander la destruction d'un temple après avoir tout tenté pour le conserver. Si elle s'y décidait, c'est qu'un intérêt supérieur à celui de l'art, l'intérêt des âmes, rendait nécessaire ce sacrifice. Il arrivait que, même purifié par la croix, même consacré au culte du vrai Dieu, un temple demeurait longtemps encore le foyer d'une superstition toujours vivante, une occasion de scandale pour les faibles. Des légendes séculaires s'étaient, en quelque sorte, incrustées dans ses pierres ; des traditions fabuleuses y avaient laissé comme une empreinte ineffaçable; l'image du dieu auquel il avait été consacré semblait planer encore au-dessus de ce vieux témoin du paganisme. Le peuple y assistait aux mystères chrétiens, mais il murmurait tout bas des prières à l'idole que le Christ en avait chassée. Cela arriva pour le temple de Céleste, à Carthage. Ce sanctuaire, l'un des plus vastes et des plus beaux
du monde, avait été, vers Fan 400, transformé en église. Sa consécration s^ était faite avec la plus, grande solennité, au milieu d'un immense concours d'évêques, de prêtres et de fidèles. Des circonstances merveilleuses Tavaient même signalée; sur le fronton de l'édifice principal, cette inscription en grandes lettres de bronze : « Le pontife Aurélius a dédié ce temple, » avait été lue avec étonnement par les chrétiens : car Tévêque qui devait, si longtemps après, en prendre possession pour le Christ, portait le même nom que son prédécesseur païen ; ce rapprochement extraordinaire, cette coïncidence inattendue, n'avaient-ils pas quelque chose de prophétique*? Cependant l'imagination populaire demeura fidèle à la vieille déesse de Carthage. On persistait à croire et l'on annonçait publiquement que le Jour allait venir où elle reprendrait possession de son sanctuaire pour y recevoir de nouveau les hommages de ses adorateurs*. Des chrétiens grossiers associaient même, par un syncrétisme étrange, son culte à celui du Christ ^. La cons-