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première fois, on oublia dans Rome de dater du nom des consuls*, jusqu'à la fin du vi° siècle, la ville éternelle fut six fois prise par les Barbares ou reprise par les soldats deTempire, laissant chaque fois, sous les coups des uns et des autres, quelque fleuron de sa glorieuse couronne architecturale. Rome n'est pas seule à souffrir : toute l'Italie est ravagée. En 462, le nord delà péninsule est parcouru par les Huns d'Attila ; Altinum, Padoue, Aquilée, Julia Concordia, sont réduites en cendres : le cimetière chrétien qui servit ensuite à la sépulture des rares habitants demeurés sur le territoire de cette dernière ville après sa ruine est rempli de tombeaux construits avec des fragments d'architraves, d'autels, de statues, de monuments de toute sorte, renversés par le passage du Fléau de Dieu^. Trois ans plus tard, Rome eut son

1. Inscript, christ, urbis Romœ, p. 250. — Voir le commentaire épigraphique de M. de Rossi, sur Tannée 410, et les raisons par lesquelles il fixe, contre Pagi, à cette année la prise de Rome par Alaric. — Il publie, à l'appendice, une inscription datée de 410 : elle est du mois de décembre, époque où les Goths s'étaient retirés, où la vie civile avait recommencé dans Rome ; no 1147, p. 524.

2. Sur les fouilles de Julia Concordia (Porto-Gruaro), voir Bull. delV Jnstit. di correspond, archeol., 1875, p. 58-6 j ; 1874 p. 18-47 ; Bull, di arch. crist,^ 1875, p. 80-82; 1874, p. 155- 144; Revuearchéologi^ueyt.XXX(i8y'i),p. Ho-H^Jt/XXXII, (1876), p. H2-J36.

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tour. Ce ne sont pas les Huns, mais les Vandales, qui s' acharnent sur la capitale de Tempire. Conduits par Genséric, ils la mettent à sac en 455. Les temples païens et les basiliques chrétiennes sont par eux dévastés sans choix pendant quatorze jours et quatorze nuits : leurs vaisseaux emportent pêle-mêle les lames de bronze doré arrachées à la toiture du Capitole, les reliques du temple de Jérusalem conservées à Rome depuis Titus, et les vases sacrés des églises. Cet orage passé, Rome essaye de réparer ses ruines, mais c'est en faisant des ruines, nouvelles. Plus que Jamais, dans la misère croissante de Tempire, l'habitude s'établit de démolir les édifices antiques afin de construire ou de réparer les édifices modernes : un édit de l'empereur Majorien se plaint que « la beauté des anciennes constructions soit détruite, et que, pour des réparations sans importance, on accumule les ruines : * » il essaye de mettre au moins quelque régularité dans ce désordre. Vains efforts ! il semble que Rome ne

I . Antiquarum xdium dissipatur speciosa constructio ; et, ut aliquid reparetur, magna diruuntur. Hincjamoccasio nas~ citur, ut etiam unusquisque privatum aedificium construens, per gratiam judicum... praesumere de publicis iocis neces* saria et transferre non dubitet, etc. Majorien, iVov., tit. VL

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soit plus qu'une proie sur laquelle tous s'acharnent, amis et ennemis. Si dévastée qu'elle soit, il y reste toujours quelque chose à piller. Après Genséric, c'est, en 472, son allié Ricimer, un patrice, presque un Romain, qui s'empare de la ville éternelle et la met encore une fois à sac, pour substituer, sur le trône des Césars, Olybrius à Anthémius, à un fantôme d'empereur un autre fantôme. Rome respire pendant quelques années sous le roi hérule Odoacre, puis sous le roi goth Théodoric. Ce barbare de génie répare les murs et les édifices, entretient avec soin les statues de l'ancienne capitale du monde, devenue la capitale d'un royaume italien *. Mais la chute de sa famille restitue Rome à l'empire. Bientôt les Goths reviennent. Vitigès met le siège devant Rome, et la tient pendant une année, du mois de mars b3j au mois de mars 538, étroitement investie. Bélisaire, faisant passer pour un moment son âme dans celle des Romains dégénérés, leur donna la consolation d'une dernière victoire ; mais, après

I. Cassiodore, Variarum, I, 21-25; ^h Hî ^V, jo; 1. 1, p. 12, ^ i?> ?^» 69 (éd. Garretius, Rouen, 1679). Le fragment anonyme publié par Valois à la suite de son édition d'Ammien Marcellin (Paris, 1681, p. 688) appelle Théodoric amator fabriccarum et restaurator civitatum.

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ce nouveau siège de Rome, Tart eut à pleurer des pertes immenses. Le patriotisme ne calcule pas : on vit les défenseurs du mausolée d'Adrien transformé en forteresse arracher de leurs piédestaux et jeter sur la tête des assaillants les admirables statues antiques qui le décoraient, et dont les restes mutilés ont été retrouvés onze siècles plus tard en creusant les fossés du château Saint- Ange*. L'armée des Goths, en se retirant, laissa les environs de la ville entièrement dévastés, tous les édifices qui les ornaient encore pillés et détruits : la main sacrilège des Barbares n'avait pas épargné les catacombes chrétiennes^. Les Goths s'étaient retirés, mais pour revenir une troisième fois.; En 546, leur nouveau roi, Totila, s'empare de Rome après un siège de sept mois, la livre au pillage, menace de détruire

1. Procope, De Bello Goth,, I, 7J. — « Le Faune endormi du palais Barberini est, selon toutes les apparences, une de ces statues, car elle fut trouvée sans cuisses, sans jambes et sans bras, lorsqu*on fit Pexcavation des fossés de ce château, sous le pontificat d'Urbain VIII. i Winckelmann,. jfif/5/. de VArt, 1. VI, ch. VIII, g 20 ; t. II, p. 507. Le Faune Barberini est aujourd'hui à la glyptothèque de Munich.

2. Ecclesiae et corpora martyrum sanctorum exterminata sunt a Gothis. Lib, pont, in Silverio, g 5. — Cf. Grûter, InscripU, 11 70, ij; 1171,4; 1176,6; De Rossi, Bull, diarch. crist., 1875, p. 47. — Une inscription placée dans deux cata-

ses monuments, et laisse, en se retirant, la ville changée en désert: les bêtes s'y promenaient librement dans les rues*. En 547, Rome est reprise par Bélisaire et. commence à se repeupler; en 549, Totila en. devient maître de nouveau; en 552, Narsès en reprend possession au nom de Justinien. Ainsi prise et reprise, passant de main en main, Rome souffre des Impériaux comme des Barbares. Si Bélisaire, bien que né en Thrace, était un vrai Romain , le dernier des Romains, l'eunuque Narsès, son rival de gloire, aussi bon général que lui, était un Grec, un Byzantin ; il traita toujours un peu Rome en pays conquis. La chronique d'Horosius le montre pillant les statues du Palatin et du Capitole^ :

combes différentes par le pape Vigile (558-555) dit que « lorsque les Goths eurent établi, autour de Rome, le camp qu'ils devaient plus tard lever, ils commencèrent par faire aux saints une guerre impie, dévastant d'un cœur sacrilège les sépulcres autrefois consacrés aux mart}TS. » — Une autre inscription fait allusion aux travaux de restauration faits dans une catacombe au moyen d'une souscription populaire : « Pleure ton crime, peuple cruel : ta rage a été vaincue, et les temples que tu avais dévastés se sont relevés plus beaux. »

1. Post quam devastationem XL aut amplius dies Roma fuit ita desolata, ut nemo ibi hominum nisi bestiae moraretur. Marcellinus, Chron., dans ^Scaliger, Thésaurus, temporum, part. II, p. 54 (Leyde, 1609).

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