Ibid., IV, 23. — 3. Ibid., IV, 25. — 4. Ibid,, II
î6 LES PREMIERS EMPERETIRS CHRÉTIENS,
cice officiel du culte païen, il en laissa libre Texercice public. J'étudierai plus loin les lois qu'il rendit contre la divination, contre ces pratiques secrètes et malfaisantes qui, au iv* siècle, étaient devenues une partie considérable de l'antique religion ; je crois volontiers, avec plusieurs critiques modernes, que c'est là ce qu'Eusèbe entend par <£ les abominations de l'idolâtrie* .» Constantin défendit probablement aussi les sacrifices que les magistrats avaient l'habitude d'offrir officiellement au nom de l'empereur, ou qui étaient solennellement célébrés dans les camps*. A ces deux classes de sacrifices, ceux que la magie souille et ceux par lesquels eût été souillé le nom d'un prince chrétien si on avait continué à l'y associer, se rapportent probablement les lois prohibitives mentionnées par Eusèbe; elles n'ont pas trait à l'exercice ordinaire du culte païen. Un édit dont nous devons la connaissance à Eusèbe lui-même, qui en tint da:ns
1 . La Bastie, Du souverain pontificat des empereurs romains, 4« partie, dans les Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres y t. XV (1745), p. 94; B. Aube, De Constantino imperatore pontîfice maximo, p. 41 (Paris, 186 1).
2. Milman, History of christianity, book III, ch. iv (t. I, P» 85; Paris, 1840).
ses mains Toriginal latin et le traduisit en grec, atteste en termes formels la liberté dont jouit ce culte pendant le règne de Constantin.
Déjà une loi de 3 19, qui a pour objet principal la prohibition des arts magiques, contenait ces . paroles écrites dans le but de rassurer les païens : a Vous qui croyez cela avantageux, allez aux autels publics, et célébrez vos cérémonies accoutumées dans les temples ; car nous n^interdisons pas d'accomplir librement et au grand jour les rites de l'ancienne religion*. » L'édit rapporté par Eusèbe est probablement de quelques années postérieur à cette loi. Il énonce des principes tout à fait semblables. Tillemont est obligé de reconnaître qu'il « laisse aux païens leurs temples et la liberté de. suivre leurs anciens mensonges, mais en témoignant plaindre leur erreur et souhaiter que tous embrassent la vérité^. » Tel est bien le sens de ce singulier édit, qui était à la fois, selon l'expression d'un historien moderne, « une
1. Qui vero id vobis existimatis conducere, adite aras publicas atque delubra et consuetudinis vestrae celebrale solennia : necenim prohibemus praeteritae usurpationis officia libéra luce tractari. Code Théod,, IX, xvi, 2.
2. Lenain de Tillemont, Histoire des Empereurs^ t. IV, p. 201 (Paris, 1690-1738).
l8 LES PREMIERS EMPEREURS CHRETIENS,
confession personnelle et un traité de controverse fait du haut du trône*. » L'empereur explique à ses sujets les motifs de sa conversion ^ il adresse en leur présence de ferventes prières au Dieu unique; puis il ajoute, parlant toujours au souverain dispensateur des empires : « Je désire gouverner ton peuple paisiblement, pour l'utilité commune du monde entier; que ceux qui sont encore dans Terreur prennent avec les fidèles leur part de la paix générale. Le rétablissement d'un régime équitable et commun pourra contribuer, peutêtre, à les ramener au droit chemin. Mais que personne n'inquiète son prochain, que chacun fasse ce qui lui convient. Que ceux qui se refusent à ta loi conservent les temples de l'erreur, puisqu'ils le désirent ; nous, nous habiterons la splendide demeure de la vérité que tu as préparée pour nous. Et nous souhaitons à ceux qui ne partagent pas notre opinion, de jouir comme nous de la concorde universelle. » Le but de ces déclarations est très-clair : Constantin veut rassurer une partie considérable de ses sujets, il veut montrer qu'il est l'empereur de tous, non le chef
T. A. de Broglie, VÉgîise et l'Empire romam au. iv« siècle,