‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 23 sur 167 · Eusèbe, Vita Constanttni, II · texte numérisé non relu

Eusèbe, Vita Constanttni, II

2. Ite, ergo, impii, 4d enim vobis integnim est, et, proposita impunitate, liberum ite, et ad hostiarum caedes, adque commissationes, festaque et pocula vosroetipsos conferte, pietatis speciem professi, etc. Eusèbe, Oratio Constantini ad sanctorum cœtum, 1 1. — Le ton méprisant de ces paroles trahit les sentiments intimes de Constantin à Pégard du culte païen ; mais

il ne met que mieux en relief la tolérance accordée à celui-ci

pour le culte dont il s'était séparé avec éclat et duquel il eût voulu détacher le cœur de tous ses sujets était restée profondément gravée dans la mémoire des païens ; Libanius, soixante ans plus tard, s'en fait un argument auprès de Théodose, dans le plaidoyer qu'il adresse à ce prince au sujet des temples menacés*.

Quel fut le sort des temples sous Constantin ? Il semble, à première vue, qu'ils aient dû être à l'abri de toute violence. La liberté du culteproclamée entraînait avec soi l'inviolabilité des sanctuaires où ce culte était pratiqué. Constantin d'ailleurs l'avait dit : « Que ceux qui se refusent à la loi du Christ conservent les temples de l'erreur, puisqu'ils le désirent ! » Il n'en fut pas ainsi, cependant, si l'on en croit plusieurs écrivains chrétiens des iv« et v^ siècles. Théodoret, Socrate, Sozomène, Paul Orose disent que Constantin ferma les temples. « Il fit cesser le

Ce passage a beaucoup embarrassé Tillemont. « Je ne vois pas, dit-il, quel peut être le sens de cet endroit, supposé que Constantin eût défendu toutes ces choses {Hist. des Emp,, t. IV, p. 647 ; note xlviii sur Constantin). » Il se comprend, au contraire, fort bien, si Ton admet que le culte païen n'a été, à cette époque, l'objet d'aucune prohibition générale.

I . Libanius, Oratio ad Theodosium pro templis non exscindendiSf éd. Godefroy (1634), p. 9, 10.

culte des démons, écrit le premier de ces historiens; il ne renversa pas leurs sanctuaires, mais il en interdit l'accès; il condamna les temples des dieux à la solitude et au silence*. » Socrate va jusqu'à dire que Constantin fit mettre dans les temples sa propre statue à la place de celle des dieux ^. On peut à la rigueur écarter le témoignage de ces historiens, qui écrivirent plus de cent ans après Constantin ; mais ici encore nous retrouvons Fautorité d'Eusèbe, contemporain, et si bien placé pour être renseigné. Lui aussi parle de temples renversés et de statues dépouillées. On se sent en présence d'une véritable antinomie historique, et l'on se demande avec inquiétude s'il y a une conciliation possible entre le fait général de la liberté des cultes, constaté par les codes et relaté par Eusèbe lui-même^, et les faits de spoliation sur lesquels il revient à plusieurs reprises et s'étend avec complaisance.

Il n'est point très-difficile de la trouver. Malgré la liberté religieuse sincèrement proclamée, quel-

1. Théodoret, Hist, eccL., I, i ; III, 21. Cf. Socrate, Hist. eccl., I, 18 ; Sozomène, Hist. eccL, I, 8 ; Paul Orose,

VII, 2b.

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