Ibid., XXI, I. — 3. Ibid
4. Superstitiosus magis quam sacrorum legitimus observator. Ibid., XXV, 4.
3o LES PREMIERS EMPEREURS CHRETIENS.
sion chez un magicien, afin d'être par là tenu au courant des présages et des recettes qui lui permettront de remporter sur ses rivaux * : à peu près comme le Malade imaginaire Voulait faire épouser sa fille à Diafoirus, afin d'avoir toujours un médecin près de sa personne. Les ambitieux naïfs consultaient le sort au moyen de trépieds, de disques sur lesquels étaient gravées les lettres de l'alphabet, d'anneaux suspendus à un fil ^ Les ambitieux criminels ne craignaient pas d'arracher des entrailles d'une femme l'enfant qu'elle portait, afin de chercher dans son sang le secret de l'avenir ^. Les aruspices, les desservants des temples, les devins attachés au culte des dieux étaient les instruments naturels ou les complices de ces coupables expériences. Ils prenaient un empire extraordinaire sur les esprits faibles. On retrouvait leur main dans bien des meurtres, leur influence dans les plaies domestiques les plus secrètes, dans le vice et le déshonneur introduits au sein des familles *. La puissance malfaisante du
I. Superstitiosus magis quam sacrorum legitimus observa ton Ibid., XXVI, j. — 2, Ibid., XXIX, i. — ?. Ibid., 2.
4. Qui magicisaccincti arti bus aut contra hommum moliti salutem, aut pudicos ad libidinem deflexisse animes detegentur. Code Théod,, IX, xvi, 5 (anno 32 1).
LE CULTE ET LES MONUMENTS PAÏENS. 3l
paganisme semblait s'être incarnée en eux. Constantin, en les frappant, ou au moins en les reléguant de force dans l'exercice officiel de leurs fonctions, en les condamnant à paraître au grand jour, agit en gardien vigilant de la morale publique : mais tout ce qui servait la cause de la morale nuisait à la cause païenne : et les trois lois de 3 19 et de 321, sans étouffer le mal qu'elles combattaient, eurent au moins pour effet de le révéler au monde, et de montrer aux esprits éclairés sur quels auxiliaires s'appuyait l'ancienne religion. On laissait debout ses temples, on lui permettait d'y sacrilSer encore, mais on lui défendait d'en sortir *.
I. M. Aube s'efforce de prouver que Constantin, en édictant des lois si sévères contre les arts occukes, n'avait aucune intention hostile au paganisme, et se proposait, au contraire, de le purifier, exerçant ainsi en conscience la charge de Pon-' tiféx maximus dont, jusqu'à Gratien, les empereurs même chrétiens conservèrent le titre {De Constantino, etc., p. ^4). Mais le savant auteur est obligé de reconnaître plus loin (p. 56) que les païens n'en jugèrent pas ainsi et virent dans ces lois de Constantin une attaque indirecte contre leur religion : a Constantinum jam parum sui studiosum sine dubio sensere pagani, cum eum anno 519 occulta sacrificia et privatum haruspicinae usum severissime prohibentem viderunt... Publica licitaque multisvisus est obliqua insectatione impugnare, dum occulta, et mala, et iUicita prohiberet. »
Constance fit un pas de plus. Les trois lois qu'il rendit contre la divination ne sont pas une simple réédition de celles de Constantin. Elles arrachent aux arts occultes le droit de se produire au grand jour, que cet empereur leur avait laissé. Désormais, non-seulement les devins qui conspirent dans Tombre contre la sécurité des individus et l'honneur des familles, mais encore les prêtres qui interrogent publiquement les oracles dans les temples, sont proscrits. Plus de divination, ni secrète, ni publique : l'art augurai cesse d'être une pratique officielle de religion, il devient un maléfice frappé par les lois. « Que personne, dit un édit de 358, ne consulte ni aruspice, ni mathématicien, ni diseur de bonne aventure. Que les coupables déclarations des devins et des augures se taisent. Que les Chaldéens et les Mages, que le vulgaire appelle faiseurs de maléfices à cause de la grandeur de leurs crimes, ne se mêlent plus de tels métiers.
Que la curiosité de deviner Tavenir soit réduite au silence. Quiconque enfreindra cet ordre, h glaive vengeur le frappera du supplice capital ^ » On le voit, tout est ici confondu à dessein, le collège officiel des aruspices^ héritier des traditions de la vieille Étrurie, tant de fois consulté par le sénat dans les circonstances critiques ^, et les vulgaires diseurs de bonne aventure. Un coup plus direct, un outrage plus sanglant ne pouvait être infligé à la vieille religion. Un autre édit de la même année dévoue à la peste et met, en quelque sorte, hors la loi et la nature tous ceux qui s'adonnent aux arts magiques^. Un troisième édit, daté de Tannée suivante, les poursuit jusque dans l'antichambre du prince, jusque dans la cour de l'auguste Constance et du césar Julien : il est curieux de voir ce dernier, adepte secret de toutes les divinations et de toutes les sorcelleries, contre-signer la sévère ordonnance émanée de son supérieur hiérarchique *. Cet édit, il faut le reconnaître, fit la fortune des déla-