S. Grégoire de Nazianze, Oraf/o V (contra Julianum), Sy
Cette parole était conforme à l'esprit de TEvangile ; elle était de plus l'expression d'une sage politique. Après k trouble profond causé à tout l'empire par le règne de Julien, après la secousse violente qu'il avait donnée aux âmes, une réaction trop vive dans le sens chrétien eût été funeste; elle eût peut-être mis aux prises la population de l'empire, divisée en deux partis irréconciliables, et envenimé des blessures que la paix et la liberté pouvaient seules cicatriser. Julien avait interrompu l'œuvre de Constantin, et laissé, en mourant, le monde romain dans une situation qui n'était pas sans analogie avec celle où l'avait trouvé, cinquante ans plus tôt, le premier empereur chrétien. Le successeur de Julien n'avait qu'une chose à faire, reprendre la politique de Constantin, la recommencer en quelque sorte, •en imiter les ménagements, la prudence, la tolérante Içnteur. Le court règne de Jovien fut tout rempli par cette pensée. Le nouvel empereur rassura les païens alarmés en déclarant, par une loi, que chacun aurait le libre exercice de sa religion*. « Cette liberté, a très-
I. Thémistius, Oratio V, ad Jovianum. — Cette loi n'est pas rapportée dans les codes.
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bien dit Le Beau, procura au christianisme un double avantage; elle ramena au sein de l'Église ceux qui n'en étaient sortis que par crainte, et elle laissa au paganisme ceux qui ne s'en étaient détachés que par hypocrisie*. »
Valentinien et Valens, qui se partagèrent ensuite l'empire, ne songèrent pas davantage à venger sur le paganisme les injures que l'Église avait reçues. Celui-ci en Orient, celui-là en Occident, continuèrent, à ce point de vue, Joviën. Malheureusement ils firent plus ; à beaucoup de leurs actes, Constantin n'eût pas reconnu en eux de vrais héritiers de sa pensée. Valens était plus sectaire que chrétien ; Théodoret laisse entendre qu'il accorda à tous, — c'est-à-dire aux païens et aux ariens, — une liberté absolue ; il réserva ses rigueurs pour ceux qui croyaient à la divinité du Verbe ^. Valentinien, empereur orthodoxe, fut peut-être moins favorable à l'idolâtrie. Une mesure émanée de ce prince peut cependant être considérée comme
1. Le Beau, Histoire du Bas-Empire, t. III, p. 42 j (Paris, 1757).
2. Théodoret, Hist, eccL, Y, 21 ; Paul Diacre, Hist. mise, XII. — « Valens permettait aux païens d'offrir des sacrifices, favorisait les juifs, et ne persécutait que les orthodoxes. » Zo- . nare, in Valentem.
impliquant un pas en arrière, un recul dans la politique inaugurée par Constantin et Constance. Dès 364 et 365, deux lois avaient été promulguées contre les conjurations magiques et les sacrifices nocturnes * ; Praetextatus, alors proconsul d'Achaïe, avait eu beaucoup de mal à obtenir que la prohibition de ces sacrifices ne s'appliquât pas aux mystères d'Eleusis, qui se célébraient pendant la nuit ^. Ces lois ne sont que la reproduction, en termes plus brefs, de celles qui avaient été faites par les prédécesseurs de Valentînien ; elles rétablissent la situation qui existait avant Julien. Mais, en Syi, Valentinien atténua, par une loi nouvelle, Teffet de ces prohibitions ; il fit disparaître la confusion habilement établie par Constance entre la divination officielle et la
1. Code Théod., IX, xvi, 7, 8. — Ces lois, édictées par les deux empereurs et pour les deux empires, avaient été sans doute adressées par Valentinien aux préfets des Gaules et de ritalie, et par Valens au préfet de POrient. L'extrait de la loi de J64, cité par le Code Théodosien, est adressé à Secundus, préfet du prétoire d'Orient, et celui de la loi de J65, publié au même code et au code Justinien, est adressé à Mo- Jestus, préfet du prétoire du même empire. Mais l'inspiration de ces deux lois me paraît devoir être attribuée surtout à Valentinien.
2. Zosime, IV, j. Cf. Petit de Julleville, Histoire de la Grèce sous la domination romaine, p. 384 (Paris, 1875).
divination secrète; il déclara que Fart des aruspices resterait autorisé. « Je ne range nullement, dit-il, Taruspicine parmi les maléfices interdits ; je ne considère comme délictueux ni cet art, ni aucune observance religieuse établie par nos ancêtres. Les lois édictées par moi au commencement de mon règne en sont la preuve; elles accordent à chacun la liberté de suivre tel culte qu'il voudra. Je ne condamne donc pas Taruspicine; je défends seulement qu'on y mêle des pratiques criminelles*. »
En un point, on le voit, la condition du paganisme était meilleure, en Syi, qu'avant le règne de Julien : ses prêtres pouvaient interroger dans les temples les entrailles des victimes, ils pouvaient consulter le vol des oiseaux et donner une voix aux oracles : ils avaient repris le droit de répondre officiellement aux questions des dévots. Cela impliquait même la liberté des sacrifices, les temples ouverts. Telle est l'impression que nous laisse la lecture d' Ammien Marcellin, qui écrivait précisément à cette époque. La fermeture des temples, ordonnée par Constance, était, en beaucoup d'endroits, demeurée à l'état de vaine me-