‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 46 sur 167 · S. Augustin, De civitate Dei, II · texte numérisé non relu

S. Augustin, De civitate Dei, II

est une loi de 864, qu'li importe de bien comprendre.

Ammien .Marcellin parle de certains officiers de la cour de Constance, gorgés (c'est son expression) des dépouilles des temples*. Constance, cependant, n'avait pas pillé les temples; mais, quand un d'entre eux avait cessé d'être fréquenté, quand on le voyait désert et à moitié ruiné, il ne s'était fait aucun scrupule, comme avant lui Constantin, d'en concéder l'emplacement, avec la dotation territoriale qui en dépendait, soit à quelqu'un de ses officiers, soit à une église. Mesure inoffensive en apparence, mais qui, cependant, blessait cruellement les païens : il arrivait souvent que, dans les sacristies d'un temple abandonné, on découvrait des objets ridicules, des images obscènes, un appareil de culte qui était toute une révélation : les chrétiens s'amusaient à en faire une exposition publique^. Toutes les concessions ainsi accordées par Constance furent révoquées par Julien : il ordonna que les biens des temples retourneraient à leur ancienne destination ; s'ils

1. Pasti enim ex his quidam templorum spoliis. Aminien Marcellin, XXII, 4.

2. Socrate, III, 2 ; Sozomène, V, 7. Cf. Socrate, V, 16 ; Sozomène, VII, i5.

ne servaient plus à l'entretien du culte, ils pouvaient au moins servir à l'entretien de ses ministres, et Julien était assiégé de demandes, il avait un nombreux clergé à pourvoir, il fallait qu'il récompensât à la fois les païens de la veille et les païens du lendemain ! Valentinien révocjua à son tour ces mesures de Julien ; mais, plus sage en ceci que Constantin et Constance, il ne voulut pas que, des mains de pontifes sans ouailles, ces pauvres biens ainsi ballottés passassent aux mains de courtisans ; il ne voulut même pas qu'ils allassent grossir le patrimoine des églises, exposant ainsi, comme on l'avait vu sous Julien, les évêques et les prêtres aux rancunes et aux vengeances des païens ; il ordonna que, comme tous les biens sans maître, ils rentreraient dans le domaine public, ou dans celui du prince, ce qui était alors à peu près la même chose. « Tous les lieux, toutes les terres, qui sont en ce moment attachés à des temples, mais qui avaient été précédemment vendus ou donnés par divers princes, reviendront à notre patrimoine privé : tel est notre bon plaisir *. »

I. Universa Iota, vel praedia, quae nunc in jure templorum sunt, quaeque a diversis principibus .vendiia vel donata sunt, retracta ei patrimonio, quod privatum nostrum est, plaçait aggregari. Code Théod,, X, i, 8.

On le voit, le règne de Julien n'a point été sans laisser de traces. La tentative de ce prince n'a pas réussi , mais elle a retardé le mouvement pacifique du christianisme marchant, avec l'aide des empereurs, à l'assaut de l'idolâtrie : elle a jeté dans cette politique^à la fois tolérante et ouvertement chrétienne, quelque désarroi : Valentinien la pratique d'une main moins sûre, moins ferme que Constance, bien que Valentinien soit plus orthodoxe que Constance et lui soit supérieur sous tant de rapports. A côté de mesures raisonnables, comme celle qui regarde les biens des temples, il en prend d'autres qui impliquent de sa part un oubli complet et, en quelque sorte, l'inintelligence du but que s'étaient proposé ses prédécesseurs. Il appartenait à Gratien et à Théodose de renouer le fil rompu et flottant de la tradition.

Cette tradition était double : miner, en quelque sorte, l'idolâtrie, en profitant des progrès des lumières et de l'adoucissement général des mœurs pour l'attaquer par tous les points vulnérables ; respecter les œuvres d'art qu'elle avait fait naître, les édifices qu'elle avait élevés, les ornements dont elle avait semé la surface de l'empire.

Deux épisodes du règne de Gratien, qui feront l'objet des deux chapitres suivants, montreront avec quelle fidélité cette double tradition fut suivie par ce prince.

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