‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 69 sur 167 · HîsU nat., II · texte numérisé non relu

HîsU nat., II

2. Pétrone nous donne les noms des dieux qui présidaient aux gains des marchands : Cerdo, Felicio, Lucro {Satyr,, 6o). I-a fameuse inscription d'une maison de Pompéi : SALVE LVCRO, serait donc une invocation religieuse.

5. Tertullien, Ad nat, II, 10, i5 ; Lactancej Div, Inst., I, 20 ; Arnobe, Adv, gentes, IV, VII, ; S. Augustin, De civitatc Dei, IV, 6, 8, 11, 16, 21, 25, 54 j VI, i, 7-10 ; VII, 4. — Cf. De Champagny, les Césars, t. III, p. 284(5» ^^m Paris, 1876) ; et surtout Preller, les Dieux de Vancienne Rome, trad. Dietz, p. ?88-599 (Paris, 1866).

ri6 THÉODOSE.

collecteurs d'impôts, ou cette foule de petits ouvriers qui, dans la rue des Orfèvres, travaillent à un petit vase, où chacun met quelque chose du sien, quoiqu'un seul, un peu habile, eût pu suffire ; mais on a divisé le travail, afin que chaque ouvrier, borné à une partie de Fart, et par conséquent ayant moins à étudier pour arriver à la perfection, se rendît plus vite utile *. » C'est de r Adam Smiith appliqué à la m5rthologie.

Il ne faut pas croire que ces petits dieux fussent des personnages indéterminés, flottant, comme des fantômes, entre le ciel et la terre : ils avaient tous leur état civil, et se trouvaient notés, avec l'indication de leur emploi, sur de grands registres tenus par les pontifes^. « Ce sont, après tout, les dieux les plus originaux de Rome, » a dit un savant historien de la religion romaine^. Le secret était l'essence de leur culte, sacrificia

i, s. Augustin, L c, VII, 4.

2. Nomina haec numinum in Indigitamentis inveniuntur, id est in libris pontificalibus ; qui et nomina deorum et rationem ipsorum noniinum continent. Servius, Georg,, I, 21. Cf. Boucher-Leclercq, les Pontifes de l'ancienne Rome, p. 46 (Paris, 187 1).

5. Boissier, la Religion romaine d'Auguste aux Antonins, U I, p. 6. Cf. Bonnetty, Documents historiques sur la religion des Romains, t. I, p. 562 (Paris, 1867).

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vetusta occultaque^. Mais ce secret ne cachait pas de bien redoutables mystères : un peu de vin versé d'une coupe d'argile aux pieds du Génie de la maison, du feu allumé devant l'image des Lares, deux ou trois grains d'encens brûlés devant les Pénates, quelques guirlandes suspendues dans le petit cabinet où étaient conservées les statuettes des dieux familiers, quelques lampes allumées en leur honneur^, tels étaient les éléments de cet humble culte, auquel tous, maîtres et serviteurs, devinrent sans doute plus attachés quand ils virent les sanctuaires des grands dieux fermés à leurs adorations.

A l'époque où nous sommes arrivés, sous Théodose, un esclave suffisait à en faire les cérémonies. Le temps n'était plus où le père de famille , entouré de toute la majesté des vieux Romains, pffrait seul des sacrifices au nom de sa maison. Une révolution insensible et profonde s'était faite dans la religion domestique. Pendant que les convives de Praetextatus échangent au-

1. Cicéron, De haruspicum responsis, 17. — Cf. t secretiore piaculo, > Code Théod,, XVI, x, 12.

2. Larem. igné, mero Genium, Pénates odore veneratus, accendat lumina, imponat tura, serta suspendat. Code Théod,, XVI, X, 12. Cf. Plaute, Auluîaria, prologue, 24, 25.

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tour de la table des Saturnales ces conversations puérilement savantes qui nous font mesurer le vide où s'agitait la pensée des derniers païens de Rome, un esclave entre dans la salle : il cumule les fonctions de maître d'hôtel et de pontife des dieux de la maison *. Ceux-ci n'en étaient peutêtre que mieux adorés. A mesure qu'ils devenaient plus petits, ils devenaient plus difficiles à chasser : ils s'assuraient des , complicités plus nombreuses. Désormais, leur culte n'est plus une religion, au sens grave de ce mot : c'est une superstition enfantine^, qui résiste à tout raisonnement, qui se dérobe à toute réfutation, qui flotte dans l'air comme le refrain naïf d'une chanson de nourrice. Rappelons-nous ces vieux chants qui ont bercé notre enfance : ils étaient endormis dans un coin de notre mémoire : un souvenir, une ressemblance, le son d'une voix aimée, les font tout d'un coup tressaillir et les réveillent. Il en était ainsi, à Rome, du culte des dieux de la maison. Ce grave Romain est à demi converti à

I, Servilis moderator obsequii, cui cura vel adolendi Pénates, vel struendi penum, et domesticorum actuum ministrosregendi.Macrobe, Satumaîia, I, 22.

2» Puenlium prope deliramentum, avait déjà dit Pline, Hist, nat,, II, 5.

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la religion nouvelle : il est sur le point d'enlever de Tautel domestique, pour la briser ou la reléguer dans les combles, la figurine informe du Pénate ou du Lare familier qu'ont honoré avant lui de nombreuses générations. Il croit tout à coup entendre le pauvre petit dieu lui dire, comme dans le prologue de VAulularia : « Je suis le dieu Lare de cette maison. Depuis bien des années j'en ai la garde, et de père en fils je veille sur elle*. » A cette pensée, des larmes montent dans ses yeux, sa main tremble, et il laisse la statuette à sa place accoutumée. Cette jeune femme, elle aussi, se ferait volontiers chrétienne : elle s'est déjà détournée avec horreur des immoralités du culte de Vénus et des folles orgies célébrées en l'honneur de Cybèle; mais elle vient de devenir mère, elle tremble pour elle et pour son enfant; un dernier attrait, une dernière faiblesse la retiennent ; elle sacrifie en secret à Intercidona, Pilumnus et Daverra, chargés de préserver la nouvelle accouchée des violences du

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