‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 71 sur 167 · Arnobe, Adv. Gentes, VII · texte numérisé non relu

Arnobe, Adv. Gentes, VII

6. Sur les divers dieux protecteurs de l'enfant, voir Boissîer, Étude sur la vie et les ouvrages de Varron, p. 255 (Paris, 1864).

LA FERMETURE DES TEMPLES. i;2I

et des petits : il fallait briser les derniers anneaux d'une chaîne dont l'autre extrémité, perdue dans les brumes des siècles, allait rejoindre les origines mêmes des vieux cultes delà nature. La loi de 392 le fit sans hésiter. Elle renouvelle la défense de sacrifier dans les temples : elle y joint celle d'offrir des libations, du feu et des fleurs aux dieux domestiques ; elle déclare que tout lieu où l'on aura brûlé de l'encens sera confisqué au profit du fisc*. Cette sévère menace fut sans doute rarement exécutée : j'aime à croire qu'elle ne le fut jamais, car l'histoire ne rapporte pas un seul exemple de confiscation prononcée pour un motif semblable; mais elle était le terme logique de l'œuvre de Théodose; il fermait le lararium après avoir fermé les temples.

L'interdiction d'entrer dans ceux-ci pour y offrir ses adorations à l'image des dieux équivalait, en effet, à l'ordre de les fermer. Même en

I. Omnia loca, quae turis consisterit vapore fumasse, si tamen ea in jus fuisse turificantium probabuntur, fisco nostro associanda censemus. Code Théod,, XVI, x, 12, g 2.

supposant qu'ils aient pu Têtre partout, cet ordre n'était pas aussi blessant pour la conscience des païens que nous serions tentés de le supposer. Il n'y avait là rien de comparable à ce que serait, par exemple, un décret révolutionnaire fermant nos églises. Les temples ne répondaient pas aux mêmes besoins de l'âme ; on n'y entrait ni pour s'instruire ni même pour prier.

Les prêtres qui les desservaient ne donnaient aucun enseignement moral ou religieux, « Qui a jamais prêché de telles choses dans les temples ? Qu'on nous signale, qu'on nous rappelle les lieux publics où le peuple a jamais été convoqué afin d'y apprendre ce que les dieux enseignent pour la répression de l'avarice, de l'ambition, de l'impudicité ! Si au moins on avait lu dans les temples les livres de Platon* ! » Mais non, la chaire païenne était muette, ou plutôt elle n'existait pas,

I. Quis unquam taie in deorum illonim templis prompta et eminenti voce concrepuit ?... Demonstrentur vel comraemorentur loca talibus aliquando conventiculis consecrata... Dicatur in quibus locis haec dôcentium deorum solebant praecepta recitari, et a cultoribus eorum populis fréquenter audiri, sicut nos ostendimus ad hoc ecclesias constitutas, quaquaversus religio christiana diffunditur... Quanto melius et honestius in Platonis templo libri ejus legerentur, quam in templis daemonum Galli absciderentur, etc.. î S. Augustin, De civitate Dei, II, 4, 6, 7.

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Julien avait essayé de la créer; il avait voulu, dit un de ses historiens, faire des docteurs en théologie païenne et instituer des offices de lecteur *• Vaine chimère ! il n'était pas plus en son pouvoir de dresser des chaires au fond des temples que d'établir dans les villes des hospices et des hôpitaux païens^; l'hellénisme n'offrait ni doctrine qui pût être enseignée dans les unes, ni sentiments qui pussent soutenir le dévouement dans les autres : il n'eût su tirer de son maigre fond ni un apôtre ni une sœur de charité. Quelques narrations mythologiques, quelques efforts d'apologie tardive essayés tout à la fin du iv** siècle, — hier ou avant-hier, écrit en 399 saint Augustin^, — voilà tout ce qu'il offrit jamais en pâture à l'âme du peuple.

La foule n'allait pas davantage dans les temples pour prier; on ne peut assimiler à la prière telle que nous la comprenons ces vœux criminels

1. Gentilium item dogmatum et exhortationum doctoribus atque lectoribus. Sozomène, V, i6 ; cf. S. Grégoire de Nazianze, Oratio IV (contra Julianum), m.

2. Sozomène, S. Grégoire de Nazianze, /. c. Voir la lettre de Julien à Arsace, prêtre de Galatie : Julien, Ep. 49.

5. Ita vero in templis pop^lis congregatis recitari hujuscemodi salubres interpretationes heri et nudiustertius audivimus. S. Augustin, Ep* 91.

OU grotesques, ces offrandes superstitieuses, ces soins bizarres donnés aux idoles, dont la littérature romaine nous a conservé le souvenir * : dévotion toute matérielle, où Télan du cœur n'entrait pour rien, « qui consistait à parler beaucoup, en s'imaginant que c'est par la multitude des paroles que Ton mérite d'être exaucé^. » On allait dans les temples pour assister à des cérémonies où les yeux et les sens étaient seuls intéressés, ritum ad solos digitos pertinentem^ a dit spirituellement Lactance^ ; cérémonies dont la fréquente immoralité troublait les instincts inférieurs de notre être, mais où sa partie divine, comme parle Platon, ne trouvait à puiser ni un sentiment ni une pensée, « qui laissait l'âme silencieuse, » selon le mot d'un ancien ^ Ici encore Julien voulut réformer : dominé par ces souvenirs d'enfance, qu'un apostat ne secoue jamais

1, Cicéron, De natura deorum, III, j6 ; Horace, Ep., l, XVI, 57-62; Sénèque, Ep, 10; Ovide, Fasti, V, 689; Perse, toute la Satire II; S. Augustin, De civitate Dei, VI,. 10.

2. Orantes autem, nolite multum loqui , sicut ethnici : putant enim quod in multiloquio suo exaudiantur. S. Matthieu, VI, 7.

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