‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 92 sur 167 · Chateaubriand, Études historiques, t. II, p · texte numérisé non relu

Chateaubriand, Études historiques, t. II, p

l54 ROME AU IV' SIÈCLE.

Dieu ; il ne permettra pas que Rome soit souillée de Tordure des sacrifices;

(c II fermera les portes des temples, il en clora les battants d'ivoire, il en condamnera les seuils impurs, il en tirera les verrous d'airain.

« Alors les marbres resplendiront, purs de tout sang versé ; alors les statues de bronze adorées aujourd'hui resteront debout , désormais innocentes \ »

Tel est l'idéal des grands esprits chrétiens de cette époque. Dans l'art, dans les lettres, ils savent qu'il y a un partage à faire : rejeter l'idée païenne, conserver le moule admirable dans lequel on l'avait coulée. A l'heure où Prudence chante ainsi, saint Basile écrit son .traité sur la

Video futurum princîpem Quandoque qui servus Dei Tetris sacrorum sordibus Servire Romam non sinat.

Qui templa claudat vectibus, Valvas eburnas obstruât :

Nefasta damnet limina, Obdens aënos pessulos.

Tune pura ab omni sanguine Tandem nitebunt marmora :

Stabunt et aéra innoxia Quae nunc habentur idola.

Peristeph., II, 47^-484.

LE MUSÉE DU PAGANISME. l55

lecture des ouvrages des gentils * ; et en même temps, dans une lettre familière à un ami, il enveloppe sous une charmante image les règles que doit avoir présentes à Tesprit le chrétien jaloux de concilier avec l'intégrité de sa foi son amour des beautés classiques : « Méprise les dieux ridicules dont parlent les poètes, admire la beauté des paroles; sur le tronc des lettres antiques laisse Tépine et cueille la rose^. » Dans ses invectives contre Julien, saint Grégoire de Nazianze se montre presque aussi indigné des efforts de Julien pour arracher aux chrétiens Tantique beauté que de ses vaines attaques contre la vérité chrétienne : a II a voulu nous Tenlever, cette langue hellénique, en nous considérant comme des usurpateurs du bien d'autrui ; il ne lui restait plus qu'à nous priver aussi des arts de la Grèce en les comprenant sous le même nom ^! » Qu'on ne l'oublie pas, cette énergique revendication du chrétien qui n'a pas voulu se laisser dépouiller a été prononcée en chaire ; c'est un évêque qui parle ainsi devant son peuple et au nom de son peuple.

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