PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I. jp
n’en eût pas moins employé la pierre à construire cette surnaturelle demeure. Le sentiment religieux, arrivé au paroxysme de l’exaltation, réclamait l’aspect terrible de l’entrée d’un monde inconnu, le rétrécissement des perspectives, l’étouffement de l’âme, enserrée de tous côtés par l’angoisse de l’infini. Loin de là, la salle du trône n’avait pour but que de fournir un cadre luxueux à l'éclat de la majesté souveraine. Quand le roi des rois s’y montrait à la foule des dignitaires réunis en un jour d’audience, il fallait que, de toutes parts, ceux-ci pussent le contempler. Partant, l’entre-colonnement des nefs devait être assez large pour que, de tous les coins de la salle, le regard embrassât l’estrade portant le trône, et que les colonnes fussent assez minces pour ne point murer la perspective, ainsi que cela a lieu dans l’hypostyle des sanctuaires égyptiens. Une atmosphère de mystère vague devait flotter pourtant autour de la personne royale et concourir à son triomphe. L’élancement des colonnes soutenant le plafond sur leur frêle fût, à près de 20 mètres au-dessus du sol, étendait dans l’immensité du vaisseau une pénombre douce, donnant à ce sentiment une parfaite interprétation. Que cette disposition soit d’accord avec des besoins plus pratiques; que, étant donné le climat de la Perse, l’ombre et la fraîcheur se soient trouvées être ainsi habilement réparties, peu importe. En Égypte, point n’est entré ce souci en jeu quand l’idée philosophique a imposé sa volonté toute-puissante au maçon.
L'apadana aux cent colonnes de Darius est le modèle par excellence de ce type d’architecture. Son plan est des plus simples. Il se réduit à un parallélogramme de
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76 mètres sur 91, dans lequel se répartissent dix rangées de dix colonnes et que précède, sur la façade principale (façade nord), un portique de 56 mètres de front sur 16 de profondeur, où deux rangées de huit colonnes semblables sont enclavées entre deux piliers
d’ante , ornés de gigantesques taureaux ailés.
Les colonnes sont, détail pour détail, celles de l’hypostyle de Xerxès. Presque toutes sont tombées et partout les murs ont disparu; mais de distance en distance les portes, les fenêtres et les niches sont encore en place, et entre elles court un arasement de pierre ayant formé jadis la plinthe du parement détruit. Ces particularités, mieux qu’un témoignage de voyageur antique, nous expliquent la structure de l’édifice. Le soubassement, les escaliers, les colonnes, les portes, les fenêtres et les niches étaient de calcaire compact ou de porphyre; entre les châssis des baies courait une maçonnerie de briques crues, revêtue à l’extérieur de briques cuites
l’apadana AUX CENT COLONNES DE DARIUS, A P E R S É P O L I S.
et de briques émaillées, déterminant, par leurs imbrications alternées, un dessin de tapisserie; à Tinté-