L’APADANA AUX CENT COLONNES DE DARIUS
a perse polis. (D’après Dieulafoy.)
rieur, d’une paroi de faïence polychrome, divisée en panneaux distincts. Le couronnement, modelé de mou-
lures dont les façades des tombes nous ont gardé de fidèles copies, était pourvu de même d’une frise de faïence, entourée de placages d’or et d’argent. Ces placages gagnaient l'intérieur de l’hypostyle et s’étendaient aux poutres, aux solives et aux lambris des plafonds, divisés naturellement en caissons par l’entre-croisement des charpentes. Le long des murs, entre les revêtements céramiques, régnaient des boiseries incrustées d’ivoire et des tapisseries, et, sur le sol, se déroulaient ces pavages de pierre de différentes couleurs, dont le Livre d’Esther nous a laissé cette description. « Des tentures de coton blanc et bleu étaient suspendues par des cordons de lin blanc et pourpre à des anneaux d’argent et à des colonnes de marbre. Il y avait des divans d’or et d’argent sur un dallage de pierres vertes, blanches nacrées et noires. »
A côté de ces salles réservées aux réceptions solennelles, d’autres salles d’audience existent, qu’on a classées jusqu’ici comme palais d’habitation. L’une, bâtie par Xerxès, a les mêmes dispositions que la salle aux trente-six colonnes, à cette différence près qu’au lieu d’être bordée de portiques latéraux, elle est flanquée de petites salles percées de fenêtres étroites et fermées de portes à lourds vantaux pivotant dans une rainure circulaire de om,22 de large sur om,ob de profondeur, dont la trace est encore visible sur toute la hauteur des montants. Mais ces salles sont trop petites et trop peu nombreuses pour avoir été habitées par les grands rois parvenus à la plénitude de la toute-puissance. Il suffit d’avoir vu, dans l’Orient actuel, le développement de l’appartement du moindre sous-
gouverneur de province pour repousser bien vite cette hypothèse. Tout au plus peut-on y voir les bureaux de la chancellerie et le corps de garde du palais. Dans Vapâdana, le roi ne faisait que s’offrir aux regards des foules; à la salle d’audiences ordinaires, il expédiait les affaires de l’Empire, entendait les rapports des satrapes, prenait connaissance des courriers diplomatiques et dictait ses réponses aux secrétaires d’Etat. Dans le plan
LA SALLE D'AUDIENCES DE XERXÈS, A PERSEPOLIS. (D’après Dieulafoy.)
du palais de Darius, deux petites salles ouvrent sur le portique jeté, au-devant de l’édifice, sans communication aucune avec l’intérieur de la salle. Elles répondent au rôle d’un corps de garde; les autres salles accédant kYapâdana étaient les bureaux d’expédition des ordres, bureaux bien exigus même si l’on songe au volume de la correspondance d’alors. Du palais d’habitation, il n’est resté que des collines de décombres. Bâti entièrement en briques crues, il s’est écroulé, dévasté par l’invasion, et la terre de ses murs, détrempée par l’eau des pluies, a disparu presque complètement. De même que dans le palais égyptien, la pierre en était à peu
près exclue. Des décorations hâtives, tendues aux murs, des placages précieux, des boiseries incrustées, des tentures et de lourds tapis suffisaient à son luxe. L’effort architectural se réservait pour les monuments officiels *.
Si, maintenant, quittant Persépolis, nous nous transportons aux autres résidences royales, à Suse et à Ecbatane, nous retrouvons la même ordonnance de palais, les mêmes apâdanaSj les mêmes portiques, les mêmes taureaux ailés, les mêmescolonnes pourvues des mêmes bases et des mêmes chapiteaux, les mêmes entablements, avec les mêmes frises et les mêmes corniches.
A Suse, Vapâdana de Xerxès a sa salle hypostyle à trente-six colonnes et ses trois portiques en comptent douze chacun. La pierre ne fournit plus que les fûts des colonnes, et partout la brique vernissée s’est substituée à elle dans le revêtement des soubassements, des rampes
i. Al. Gayet, le Rôle de la faïence dans V architecture égyptienne. (Galette des Beaux-Arts, 1894.)