PREMIÈRE P A RT I E. — C H A PIT RE I
d’escaliers et des murs. Les chapiteaux sont peutêtre plus massifs, plus frustes qu’à Persépolis; l’école d’art qui les a produits est rude, sa facture manque de souplesse; on y sent des réminiscences assyriennes sauvages et puissantes ; les musculatures s’accusent fortement et ressortent en saillies brusques, pareilles à celles des bas-reliefs d’Ashshourbanipal et de Sargon. Mais ces détails infinitésimaux ne modifient en rien l’architectonie de l’édifice. A Ecbatane, chaque monument n’est qu’une réplique de cette même ordonnance. Non, encore une fois, la plate-bande est bien la première architecture aryenne et n’eut point pour contemporaine la voûte. Sculpture, céramique, orfèvrerie s’étaient trop rangées à l’unisson de sa donnée pour qu’un doute soit possible. Les palais de Darius, de Xerxès et d’Artaxerxès se dessinent avec une précision trop parfaite, une harmonie trop complète, pour qu’on soit autorisé à supposer qu’ils n’étaient qu’un décor factice. S’il en eût été ainsi, leur origine se trahirait à chaque pas. Or les arts décoratifs prouvent que l’ornemaniste était rompu à leur structure et savait même en tirer très heureusement parti. Retrouve-t-on la trace de l’enseignement égyptien dans ces monuments? Il est certain que diverses tendances sont identiques dans les édifices des deux pays : le développement de l’hypostyle, le symbolisme des chapiteaux ou l’hiératisme de certains détails. Les anciens s’étaient ingéniés déjà à trouver une cause à cette analogie. « Les Perses pillèrent l’Egypte, dit Diodore ; ils enlevèrent des temples au temps de Cambyse l’or, l’argent, l’ivoire, les pierres précieuses. Ce fut, dit-on,
après avoir emporté en Asie toutes ces richesses et emmené des artistes égyptiens qu’ils bâtirent les fameux palais d’Ecbatane, de Suse et de Persépolis. » Qu’il en ait été ainsi, la chose n’a rien d’impossible; mais le palais de Cyrus à Pasargade n’en reste pas moins l’embryon de l’architecture perse, et c’est lui que, pendant tout le règne des Achéménides, les artistes ne cessèrent de copier.