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VIII. — La Terre entaillée et les pierres gravées

Plus que la pierre, la terre émaillée fut la matière préférée du Perse, celle en laquelle son idéal s’incarna. La couleur, qui dans tout l’Orient est le facteur prin-

cipal de toute décoration, acquérait par les glaçures une extraordinaire puissance, et sous la lumière diffuse de la Susiane prêtait à ses compositions un charme tout particulier.

Les bas-reliefs de pierre avaient été peints sans doute, et si aujourd’hui sont rares les traces de couleur qu’il nous est possible de retrouver, cela tient à l’humidité du climat, aux pluies abondantes qui ont lavé depuis des siècles les sculptures, au poli de la pierre et à l’extrême finesse de son grain. En Égypte, les sculptures de même époque, exposées à Pair libre, sont maintenant presque décolorées, bien qu’à Thèbes il ne pleuve jamais. En tout cas, Texier affirme1 avoir retrouvé à Persépolis des indices de peinture, et la tradition orientale exige tellement ce complément de la forme, qu’il faut, pour le nier, le fanatisme de ceux qui longtemps ont soutenu, envers et contre tout, que jamais les marbres grecs n’avaient été coloriés. Mais ces tons appliqués sur le porphyre étaient loin de l’éclat des faïences, et, d’autre part, les besoins d’une construction hâtive, où la brique occupait la première place, amenaient l’architecte à puiser dans la céramique son décor.

La coloration naturelle de la brique, obtenue par l’emploi de terres différentes ou un différent degré de cuisson, suffisait souvent à parer l’extérieur de l’édifice. On déterminait avec la tranche du carreau un dessin de tapisserie, susceptible de s’étendre au mur tout entier. Mais ce fut surtout à l’émail fixé à grand feu que de

i. Texier, Voyage en Asie Mineure et en Perse.

bonne heure l’ornemaniste s’adressa. Il pouvait à son gré le substituer à la pierre et l’appliquer à toutes les parties de la construction : aux murs de soubassement et de clôture, aux mains courantes des escaliers, et jusqu’aux frises des entablements, maçonnées entre deux cours de poutres plaquées d’or.

Les grands panneaux de Suse, dégagés parM.Dieulafoy, sont de parfaits exemples de ces décorations merveilleuses. Les briques sont d’assez grandes dimensions (om,36 de long sur o’u,24 de large et om, 18 d’épaisseur). Leur pâte est une frite sableuse, riche en silice. Assemblées à plat, de manière à faire corps avec le mur, elles sont enduites, sur la tranche, d’émail stannifère. C’est là le trait saillant de la céramique perse à l’époque antique ; elle 11’est jamais un placage. Seules les briques formant crêtes sur les rampes d’escalier sont vernissées sur le plat. Une nervure saillante cerne la ligne de contour du dessin, en sorte que chaque couleur est posée comme en un cloisonnage semblable à celui des émaux sur métal, procédé que, du reste, on retrouve en Assyrie et même en Egypte dès la plus haute antiquité.

Rien ne distingue la composition de la frise de faïence de celle du bas-relief sculptural; mais sa valeur artistique est bien supérieure à celle de ce dernier, tant par la puissance de l’ensemble que par la sobriété du détail. La gamme des nuances est harmonieuse, quoique éclatante. Les bleus intenses ou verdâtres, les jaunes variant de l’ivoire à l’orange, les blancs et les bruns sont seuls employés. Dessins et coloris font une part considérable à la convention, sans que le spectateur en soit

choqué, au contraire. Dans la frise des lions, actuellement au musée du Louvre, le bleu et le jaune dominent. Sur fond lapis, le pelage pâle du fauve s’enlève; mais des plaques turquoises accusent l’articulation de son épaule, des rehauts orangés viennent souligner les saillies de sa musculature et en exagérer l’effet. Vues aujour-

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