I. — L'État politique
Quelque intense qu’ait été en apparence cette civilisation singulière, l’indolence des successeurs de Darius en eut vite raison, et la décadence vint pour la Perse à grands pas.
Faible et voluptueux, Xerxès, le premier, avait renoncé aux expéditions lointaines et usé en intrigues et en débauches de harem le peu d’intelligence et de force qui lui restait. Depuis lors, la mollesse et le faste devinrent l’étiquette de la cour royale. Jamais plus le monarque ne reparut à la tête de l’armée, et, se déchargeant même du contrôle de l’administration, il s’en remit bientôt aux soins du premier intrigant venu,
protégé par l’eunuque ou la favorite en cour, quitte à le faire étrangler ou empoisonner le lendemain.
Quelques-uns de ces ministres d’aventure surent cependant se montrer dignes de la tâche qui leur était ainsi confiée, et, par l’habileté de leur diplomatie ou de leur administration, retardèrent la chute des Achéménides; non certes que la grandeur de la Perse entrât pour quelque chose dans la direction de leur conduite, ils ne songèrent qu’à détenir le pouvoir le plus longtemps possible et à échapper à la mort.
Sous Artaxerxès III Ochus, l’eunuque Bogoas réduit les provinces maritimes grecques de l’Asie, soumet les côtes de l’Hellespont et de la mer Égée, prête son appui à tous les ennemis de la Macédoine et s’acharne à contre-balancer partout le succès de Philippe, qui, à dater de cette heure, commence à devenir inquiétant. Mais des conspirations de palais l’obligent à songer uniquement à lui-même. A la veille d’être disgracié, il empoisonne Artaxerxès, donne le trône au plus jeune fils de celui-ci, Arsace, et fait massacrer tous les autres enfants royaux. Puis, le nouveau souverain ayant paru s’affranchir de sa tutelle, il le sacrifie, de même qu’il avait sacrifié Ochus. Darius III Codoman, appelé alors à la couronne, en eût peutêtre relevé l’éclat s’il avait été servi par les circonstances. Mais, arrivé au pouvoir en même temps qu’Alexandre, deux ans ne s’étaient pas encore écoulés qu’il se trouvait aux prises avec le Macédonien. Battu au Granique, battu à Issos, battu à Arbelles, il tomba poignardé par un satrape, et désormais la race grecque exerça sur le vieux monde oriental l’hégé-
monie que la Perse venait d’y exercer trois siècles durant.
La vieille civilisation aryenne disparaissait avec son roi ; le mazdéisme, battu en brèche par les croyances sémites et le matérialisme hellénique, ne faisait plus que se survivre à lui-même. Ses livres sacrés avaient disparu dans la tourmente, ou tout au plus quelques fragments de YAvesta, échappés à l’incendie, étaient-ils collectionnés, à titre de curiosité, par le conquérant. Un dernier effort de l’Hellade et, avec les Achéménides, le génie de l’Orient eût succombé. Heureusement, cet effort, l’Hellade en était incapable; épuisée, elle se mourait de sa victoire; et, tandis qu’Antiochus Théos s’acharne à soutenir une guerre à outrance contre Ptolémée Philadelphe, la Bactriane se soulève. Sous les Achéménides, elle avait constitué une principauté féodale, rattachée tout au plus à la Perse par des liens officiels. Plus qu’au reste de l’empire, le joug grec lui avait pesé. Le chef de cette révolte, le satrape Diodatus, semble avoir réalisé le type de l’aventurier heureux que secondent à souhait les hasards. En tout cas, les préoccupations de Théos le laissèrent jouir en paix du trône qu’il s’était élevé.
Mais, en même temps, les hordes parthes, campées aux frontières de la Bactriane, s’agitent. Mêlées aux Scythes, elles avaient déjà poussé leurs incursions jusqu’au cœur de la Médie, sous le règne d’Astyage, et s’y étaient même établies un instant. A demi barbares, nomades encore, sans cesse poussées par le flot de migration qui déferlait à cet instant des frontières de la Chine aux plateaux de l’Iran, elles avaient conservé