DES TYMPANS DU PALAIS DE RABBATH-AMMON
chrétien. Les ornements non plus n’ont rien de la tournure hellénique. C’est l’épanouissement de ce retour vers les formes rythmées que l’on observe en Syrie, quand celle-ci, délivrée enfin de la tutelle de Byzance, peut retourner à ses traditions anciennes qui, pour avoirété comprimées, se réveillent plus vivaces que jamais.
Bien d’autres particularités font du palais de Rabbath-Ammon un curieux spécimen de l’art transitoire des dernières années de la Perse antique. Son décor a dépouillé tout ce que le contact de l’Occident lui avait imposé de formules grecques. Il s’éloigne des figures animées et des combinaisons composites, il se complaît aux longues ondulations des rinceaux et des arabesques, aux assemblages d’images symétriques et, pour mieux marquer l’attirance qui l’entraîne vers la philosophie des lignes abstraites, il les enferme dans un réseau géométral.
Le dernier monument en date à mentionner est situé aux environs de Suse. Comme les précédents, il est entouré d’une en-
LA GALERIE b’eïvan. (Restitution. - D’après Dieulafoy.)
enceinte fortifiée; mais son aspect en diffère sensiblement. Très ruiné, il se réduit actuellement à une galerie de 20 mètres de long sur 9 de large. Au milieu, une coupole était portée par un système de trompes et de pendentifs. Mais le reste de la couverture, au lieu d’être composé d’une voûte continue, ainsi qu’il en est partout ailleurs, se fractionne en une série de berceaux et de voûtains analogues à ceux de l’architecture gothique.
Si ingénieux soit-il, cet assemblage est comme un modèle occidental égaré en Orient, que pas un artiste n’a songé à imiter. Rien ne saurait mieux servir à prouver cette vérité si souvent méconnue par ceux qui, dans un type constructif, ne voient jamais qu’un problème résolu par un maçon en quête de moyens statiques : la pensée esthétique a toujours primé les procédés à mettre en œuvre pour la réaliser. Que l’on analyse l’architectonie de la grande nef d’Eïvan. Elle est trait pour trait celle du Moyen Age, non seulement par l’emploi simultané de la voûte en berceau et du voûtain, mais par la manière dont ces deux éléments sont accouplés. Du premier coup, l’architecte a trouvé la solution si longtemps cherchée par l’art gothique : diviser la nef en tronçons limités par des nervures résistantes (les grands arcs-doubleaux) et fermés par des panneaux légers (les voûtains).
De même que celui qui découvrit l’arc-formeret au
Moyen Age, il a reconnu qu’il pouvait évider les murs latéraux entre chaque culée et en profiter pour ménager l’éclairage du vaisseau. Toutes les parties qui dans le
APPAREIL DES VOUTES DE LA GALERIE d’eÏVAN. ("D’après Dieulafoy.)
gothique entrèrent en jeu sont déjà par lui employées : les arcs rigides, les remplissages légers et les contreforts saillants, sur lesquels viennent se buter les arceaux. Et cependant, malgré ce résultat que tant de
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générations d’artistes chrétiens usèrent leur vie à trouver, la galerie d’Eïvan resta isolée. L’architecture de l’Islam retourna plusieurs siècles durant à la plate-
bande, et lorsqu’elle cessa de l’employer, ce ne fut que pour reprendre le berceau continu, dont la perspective fuyante lui donnait cette impression de mysticisme vague, qu’avant tout elle rechercha toujours.
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