V. — Les Arts somptuaires
Aujourd’hui il est difficile de se faire une idée de ce que pouvaient être les arts somptuaires qui concouraient au luxe des monuments sassanides. Les tentures occupaient la première place, mais il ne nous en est resté que les descriptions des auteurs anciens. L’engouement de Rome pour les broderies de Gtésiphon
l’art persan.
nous est un sûr garant que les scènes représentées étaient traitées dans le goût hellénique. Apollonius de Tyane dépeint ainsi celles des palais partîtes. « Les
coupe de khosroès. (Cabinet des médailles.)
sujets des tentures étaient le plus souvent empruntés à la mythologie grecque et reproduisaient les épisodes de la vie d’Andromède, d’Amymone et d’Orphée. Ici, Datis détruit à l’aide de sa flotte la ville de Naxos, Artapherne assiège Érétrie, Xerxès renverse ses enne-
mis. Là, on voit la prise d’Athènes, la bataille des Thermopyleset les épisodes saillants des guerres médiques, les rivières entières taries par une armée altérée et
coupe de khosroès. (Cabinet des médailles.)
disparaissant de la surface de la terre, le pont jeté sur la mer et le canal à travers l’Athos. » A côté de ces tapis, les historiens citent les mosaïques de verre bleu turquoise et or. Elles s’étendaient à la surface
des voûtes; « la lune, le soleil, les étoiles et même le portrait du souverain scintillaient dans un firmament de cristal ».
Plus heureux nous sommes en ce qui concerne l’orfèvrerie. Diverses pièces échappées aux pillages sans nombre qui ravagèrent la Perse sassanide ou musulmane sont parvenues jusqu’à nous.
La coupe d’argent de Khosroës conservée, à Paris, au Cabinet des médailles, est une réplique des scènes de chasses du spéos de Kermancha, mais plus vivante et plus mouvementée. Le regard, planté droit, devançant la flèche, le monarque est impérieux et hautain. De même que les Egyptiens, les Perses épaulaient l’arc à l’omoplate gauche, la main droite ramenée derrière la nuque, ce qui force ici le cavalier à se courber sur l’encolure de son cheval, mouvement très habilement rendu, très gracieux même, par ce fait que Khosroës n’est pas en selle, mais simplement assis à la façon d’une amazone. En tant que travail d’orfèvrerie, la pièce est remarquable entre toutes : les reliefs sont nets, l’esquisse ferme; les détails du costume royal, du harnachement du cheval et du pelage des animaux, ici délicatement indiqués, là vigoureusement fouillés.
Une seconde coupe de Khosroës semble une copie d’une tapisserie de marbre, de faïence ou de mosaïque. Des émaux pris dans une monture d’or, découpée à jour, décrivent trois zones concentriques de rosaces fleuries, alternativement rouges et blanches, entre lesquelles s’emboîtent deux rangées de losanges sphériques vert pâle, où s’inscrit une étoile en relief. Au centre, le roi figure sur un trône soutenu par des griffons.
A côté de ces deux pièces capitales, nombre d’amphores, de coupes ou d’aiguières sont travaillées dans le même style et répètent des données apprises sans y rien changer. Il suffira de citer un vase grécisant de forme peut-être, mais dont la panse est ornée de lions rampants d’un bel effet. On les dirait descendus du bas-relief de Machita, tant le rictus de leur mufle est le même. Le corps est massif, presque anormal, et sur l’articulation de l’épaule s’estompe déjà un fleuron étoilé, pareil à celui des lions coptes d’Égypte. Ressemblance fortuite encore, sans doute, mais qui explique bien des points restés obscurs dans la formation de l’art arabe et bien des origines attribuées à tort à la Perse.
Quant aux intailles, elles sont nombreuses, mais de style purement hellénique. La frappe des monnaies, au contraire, reste entièrement orientale. A l’époque des Achéménides, les premières pièces d’or et d’argent émises sous Darius appartiennent au type grec archaïque. Ces pièces, désignées par les auteurs anciens sous le nom de dariques (6 Aapstxo;) et de sicles médiques (ciy'Xoç [/.ykW.oç), pesaient respectivement 8sr, 40 et 5sr,6o; vingt de ces dernières équivalaient à une darique d’or. Le métal était exempt de tout alliage et le coin une simple intaille grecque. Les monnaies royales appartiennent à la série dite « de l’archer » et représentent le
VASE SASSANIDE GRÉCISANT.
(D’après Dieulafoy.)
monarque debout, armé de l’arc, de même que sur les bas-reliefs des tombes, ou bien encore le genou fléchi en adoration devant Ahourâmazda. Le droit de la pièce est alors seul frappé. Plus tard, droit et revers sont également soumis à la frappe, l’image du revers donnant l’emblème de la province où devait avoir lieu l’émission.
Avec les Sassanides, les coins s’affranchissent des formules grécisantes. Au droit est le portrait du souverain; au revers , le pyrée où brûle le feu. La ligne s’est rigidifiée, le profil royal a quelque chose de rude qui tranche sur le style del’intaille : c’est un portrait brutal ou l’artiste s’est appliqué, avec un réalisme évident, à rendre les traits de son modèle avec ce qu’ils avaient d’orgueil et de férocité.