‹ L'art persanChapitre 5 sur 98 · PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE I. ty · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE I. ty

suffisent à montrer l’éloignement des Aryens pour l’hellénisme. Quant à croire que l’architecture en platebande des palais de Persépolis n’a été qu’un décor factice, destiné à servir de cadre au caprice des grands rois, il n’v faut pas songer davantage; les monuments prouvent surabondamment que la plate-bande fut une tradition iranienne, qu’elle eut pour base l’emploi du bois, quelque rare que celui-ci pût être, et que la voûte ne commença à la remplacer que sous les Sassanides, ou tout au plus sous les derniers successeurs de Mithridate et d’Artaban.

A l’instant où les Aryens débouchent dans l’Iran, il leur faut d’abord disputer le sol aux rois de Ninive. Les Mèdes poussent vers les bords de la mer Caspienne et s’y fixent, divisés en tribus gouvernées par des princes feudataires d’Ashshourbanipal et d’Ashshourédililani. Les Perses ne sont alors que les vassaux des rois mèdes. Etablis en Élam, ils fondent quelques gros villages, Sisidoma, Ormud et Taoké, et deux bourgs, Persépolis et Pasargade. Soudain, l’invasion scythe met les uns et les autres au premier plan de l’histoire antique. Khvakhshatra (Cyaxare), alors chef des tribus mèdes, s’allie aux nouveaux venus. Dans la tourmente qui s’ensuit, le roi d’Assyrie et les Scythes disparaissent; Cyaxare reste seul debout et l’empire mède est constitué.

C’est au cours de cette période agitée que s’élève le seul monument dont la description nous soit connue, le palais de Cyaxare à Ecbatane. L’un des meilleurs historiens de l’antiquité, Polybe, après avoir parlé de la vieille capitale et de son état de décadence à l’instant où

l’expédition d’Antiochus le Grand y pénétra, nous le dépeint ainsi : « Le palais a près de sept stades de tour, et la magnificence des divers bâtiments dont il se compose donne une haute idée de la richesse des princes qui, les premiers, ont créé cet ensemble imposant. Quoique le bois employé dans la construction fût tout cèdre et cyprès, nulle part il ne se montrait à nu. Solives, plafonds, lambris, colonnes qui soutenaient les portiques et l’hypostyle, tout était revêtu de lames de métal. Ici, c’était l’argent, et là, c’était l’or; toutes les tuiles étaient d’argent. » Et, plus loin, l’auteur ajoute que tout ce revêtement précieux disparut lors de la prise d’Ecbatane par Alexandre, et que ce qui avait échappé à ce premier désastre devint la proie des soldats de Séleucus.

Si faible que soit la créance à accorder à un historien ancien, cette définition se trouve confirmée par la structure des monuments achéménides, et ce palais de Cyaxare, si complètement perdu, reste pour nous le prototype d’un art national, cultivé par toute la dynastie des grands rois. On a objecté la rareté du bois, le peu de résistance qu’il offre à l’action du temps, la difficulté du transport à travers les montagnes. Ce sont là des raisons excellentes, si l’on prend notre civilisation pour règle, mais qui tombent d’ellesmêmes, si l’on cherche à les appliquer aux peuples de l’Orient ancien.

La rareté du bois? Mais c’est précisément là ce qui faisait le luxe d’un édifice destiné au monarque. Le peu de résistance de la matière? Mais le palais ne répondait qu’au désir du souverain. Il n’était point

tenu à présenter cet aspect d’immuabilité, d’indestructibilité, d’éternité que doit symboliser le temple qu’habite une puissance surhumaine. La difficulté des transports? Mais c’est là une conséquence de la rareté. Un tel obstacle comptait peu jadis pour pareille entreprise. Exclure le bois de l’architecture perse, sous un tel prétexte, est exactement comme si l’on voulait exclure pour la même cause le granit de l’architecture de l’Égypte; et la preuve de cela est si vraie, que là où l’architecte avait la pierre à pied d’œuvre, il ne la faisait pas concourir plus à l’économie générale de l’édifice que là où il lui fallait quatre à cinq jours pour la faire transporter. Non, l’architecture en platebande et l’emploi du bois sont les deux grands caractères de l’art iranien, les deux traits saillants qui le définissent à la période achéménide. Que le décor du palais de Cyaxare ait été une réplique de celui des palais de la Ghaldée et de l’Assyrie, qu’il ait consisté en un placage d’or ou d’argent, il ne saurait y avoir de doute à ce sujet. Ce sont là des affinités qu’on retrouve chez tous les Orientaux. Par tout l’Orient, l’art de l’orfèvre a précédé celui de l’architecte; par tout l’Orient, l’ornemaniste s’est plu aux assemblages de formes symboliques ou rythmiques, dont les éléments sont restés les mêmes toujours. La mention spéciale des tuiles argentées témoigne en outre d’un talent déjà assez développé chez le céramiste; talent inné en Chaldée, et dont la tradition s’imposait aux Iraniens.

Appelée du jour au lendemain à succéder à la Médie, la Perse, qui n’avait aucun art, s’empara de celui de ses anciens maîtres. Les architectes changèrent

de matériaux, substituèrent aux colonnes de bois des colonnes de pierre, et des revêtements de faïence et de porphyre aux revêtements d’argent et d’or. Mais invariablement, ils recopièrent les formules qu’à la première heure ils s’étaient appropriées. Ils se bornèrent à être les continuateurs de l’Assyrie et de l’Egypte. Avec le temps, ces formules se modifièrent, jamais elles ne subirent d’altérations semblables à celles qui renouvelèrent l’art hellénique sous les empereurs byzantins. Quinze siècles durant, de l’avènement de Cyrus à l’évolution musulmane, elles demeurèrent fidèles à leur origine, reflets d’une civilisation qui ne fut jamais bouleversée par un de ces cataclysmes qui changèrent la face du reste du monde ancien. La direction politique de l’Etat oscilla plusieurs fois; l’unité philosophique et religieuse, qui en était le principe, demeura toujours à l’abri de la secousse; si bien qu’à travers même l’introduction de l’Islam, le génie de la race se fit jour avec une incroyable vigueur. « Quoique subjuguée par une nation sémite, dit Renan, la Perse sut maintenir ses droits de nation indo-européenne et se créer une philosophie, une mythologie et une épopée1. » Ce n'était même pas une création que cette efflorescence philosophique, mythologique et épique de la Perse musulmane, mais une renaissance qui gardait intactes toutes les préférences du passé.

. Renan, Essai sur Averrlioës.

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