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trouve l’expression de ses aspirations secrètes, et ce que cette formule a de hardi et d’indépendant traduit à merveille son élan, son énergie et sa volonté. Mais plus enclins au mysticisme que leurs devanciers, ils introduisirent leur coupole ogive comme motif essentiel de l’architectonie de la chapelle et les thèmes de leurs décors de faïence comme éléments de l’ornementation.
L’un des plus remarquables édifices de cette période fut le tombeau d’Oldjaïtou-Khoda -Bendèh, dernier souverain de la dynastie Djenghiskhanide , érigé à Sultanieh vers i32û. Le plan en est OCtOgOne, un dôme tombe de rèï. (Restitution.)
le couronne, engendré par la révolution d’une courbe brisée, tournant autour d’un axe vertical. Chacune de ses faces est percée d’une porte ogive et d’un triforium dont la baie centrale est plus large que les deux autres, et, reliant les deux parties de la construction, une frise s’enroule au haut du prisme octogone, com-
posée d’une inscription koufique et d’une rangée de stalactites, tandis que sur chacun des angles se pose un minaret. Des cadres rectangulaires entourent les baies, des rinceaux se tordent dans les tympans, des chevrons couvrent les minarets, et à la base du dôme
tombe d’oldjaïtou. (Plan. — D’après Dieulafoy.)
s’enroule une bande d’entrelacs frangée de dents centrées sur le sommet.
Si l’on décompose les formes assemblées par l’architecte de cette tombe, on retrouve dans leur agencement une ordonnance analogue à celle des anciens édifices sassanides. A sept siècles de distance, l’ouverture de l’arc est prise de même pour module du monument. Seulement, l’esprit mongol diffère de l’esprit iranien et, partant, la combinaison n’est plus la même. L’épure géométrique qui la déduit est plus savante et plus compliquée, mais guidée par une intuition marquée d’aspiration.
M. Dieuiafov, qui a étudié au point de vue technique le tombeau d’Oldjaïtou, a déterminé les poussées des arcs et les forces qui leur sont opposées; je me bor¬
nerai à reproduire ici le tableau qu’il donne des principales proportions :
i° La première dimension, dit-il, est la largeur du tombeau (a5 mètres). Sur cette largeur AB prise comme base, on construit un carré ABCD, puis un secondCEFD, superposé au premier; et, dans ce second, un triangle
équilatéral H I K dont le côté I K est égal à l’ouverture de la coupole. Le polygone APIKQB donne en grandeur et en position toutes les lignes de la construction intérieure.
2° Le plan étant l’octogone , le côté du polygone
tombe d’oldjaïtou. (Système des voûtes.
D'après Dieulafoy.)
déduit de la largeur intérieure sert à son tour à déterminer les dimensions des chapelles et du triforium. Sur ce côté AC, on décrit un triangle équilatéral ABC, dont le sommet C devient celui des arcatures et donne, pour la largeur de ces arcatures, le côté DE du carré inscrit dans le triangle ainsi décrit.
3" Le côté AC de l’octogone reporté en hauteur donne la base M N des arcatures du triforium, arcatures dont
la hauteur est égale au double de la hauteur du triangle équilatéral B DE. Quant au grand arc supportant la frise de la corniche, il est tracé parallèlement à la courbe brisée D'B'E' et son sommet disposé à une distance du sol égale au double du côté de l’octogone.
4° La hauteur des pieds-
droits ou des colonnettes d’angle est égale à la hauteur du carré ou du triangle équilatéral construit sur l’ouverture de la baie comme côté.
C’est donc bien le souci de l’élancement que proclame cette architecture. Jusqu’au règne d’Arghoun - Khan, troisième souverain djenghiskhanide,qui fut le fondateur de Sultanieh, le dôme était en effet resté engagé derrière des contreforts assis sur des murs de médiocre hauteur. Le tombeau du khan avait été le premier essai dans la voie où l’architecte d’Old-
jaïtou s’engagea. Le plan en était dodécagone, chacune des faces portait un signe du zodiaque, et le sommet du dôme se trouvait situé, au dire des auteurs, à 160. mètres au-dessus du sol. « Pour surélever encore cette coupole, les artistes au service d’Oldjaïtou la divisèrent en deux enveloppes concentriques, reliées entre elles par des plans verticaux passant par l’axe de l’édifice et maintenant en équilibre ce dôme, qui, disposé en encorbelle-
TOMBE d’OLDJAÏTOü.
(Tracé des voûtes.
D’après Dieulafoy.)
ment sur les maçonneries, puise dans cette disposition une sveltesse qui lui avait été inconnue jusque-là. Enfin, la vigueur de cette armature se trouve augmentée par le poids des minarets, qui, cantonnés aux angles de l’octogone, jouent un rôle analogue à celui des pinacles du Moyen Age et offrent la résistance de leur masse là où la poussée destructive de l’armature vient
s’exercer sur les murs 1. »
Tout cela est fort judicieux sans doute, mais il est fort douteux que les architectes d’alors s’en soient rendu compte; ils s’appliquèrent à transcrire une inclination purement intuitive, qui, pour être satisfaite, devait obéir à des lois d’équilibre que l’expérience leur enseigna.
L’architecture des Timourides ne différa pas sensiblement de celle des Djenghiskhanides ; les principes restent les mêmes. L’élancement de la coupole est obtenu par l’étranglement de la base, posée en encorbellement sur les maçonneries des parements. A dater du règne du terrible conquérant, le type de la mosquée voûtée pour la première fois se dessine ; et à l’avènement de Djehan- Ghah, chef de la dynastie des princes du Mouton-Noir,
TOMBE D’OLDJAÏTOU.
(Tracé des voûtes.
D’après Dieulafoy.)
i. Dieulafoy, l'Art antique de la Perse .
Tebriz est dotée de sa mosquée sunni (orthodoxe,), appelée vulgairement mosquée bleue, qui peut être considérée comme le critérium de cette école. Elle a un dôme centrale couvrant le parvis qui remplace la cour ; sur trois côtés, ses liwans se partagent en nefs savamment disposées; et sur l’axe le sanctuaire se développe en profon-
MOSQUÉE SUNNI DE TEBRIZ. (Plan.)
deur, formé d’une salle carrée au fond de laquelle est situé le mirhab, et que surmonte une coupole moins élevée que celle du sahn. Mais la façade, toute en largeur, conserve l’horizontalité parfaite des temples en plate-bande. Le portail a une haute baie terminée en demi-coupole ogive, portée par des trompes subdivisées en petites niches qui rappellent de près la stalactite. Un panneau rectangulaire enchâsse le tout, bordé d’une lourde tor-
sade, et aux deux extrémités de cette façade, des minarets cylindriques se dressent, enguirlandés de larges rinceaux.
Ce monument, très remarquable par ses dispositions, fixe en outre une date précise dans l’évolution accomplie par l’école ornementale à la recherche de moyens nouveaux. Jusqu’alors, certains sanctuaires
persans avaient eu un revêtement de faïence faisant corps avec leur maçonnerie1. L’émail appliqué seulement sur la tranche de la brique, celle-ci se trouve prise dans l’appareillage du mur, en fait partie intégrante, de même qu’à l’époque antique. Désormais, le parement sera indépendant et composé de carreaux vernissés sur le plat, simplement reliés par des mortiers, à la façon d’un placage. Les décorations ainsi obtenues purent rivaliser de beauté et d’éclat avec les
i. Voir le chapitre de la céramique, p. 194.
anciennes, l’action du temps en eut vite raison, et, tandis que les faïences tartares ont subsisté jusqu’à nos jours, celles des xve et xvie siècles ont en majeure partie disparu. Le revêtement de la mosquée sunni consiste en entrelacs et en rinceaux de style purement arabe; le bleu des glaçures a une intensité profonde, le soubassement est de marbre veiné. Il n’est pas jusqu’au portail qui n’ait échappé à cette loi de la polychromie. Bâti en calcaire compact, il était jadis enduit de stucs impalpables reproduisant les tons de l’émail.