‹ L'art persanChapitre 57 sur 98 · VI. — - Le Décor · texte numérisé non relu

VI. — - Le Décor

Pour grandiose qu’elle soit, cette architectonie n’est que le squelette de l’œuvre de l’artiste; sa parure métallique ou céramique lui donne sa personnalité.

Aux plus hautes époques, la faïence est absente de cette parure, et ce n’est guère qu’avec les Djenghiskhanides qu’elle commence à occuper la première place. Le sanctuaire khalifal n’a que des revêtements de stucs coloriés, rosaces ou entrelacs, empruntés au

répertoire arabe. Tel est le cas de la mosquée de Hamadan ; pas un fragment de céramique n’a été retrouvé dans ses décombres. A Reï, les deux tours tout à l’heure citées ont les inscriptions de leur frise faites de briques cuites, mais non émaillées; le secret de la terre vernissée semble perdu. Des descriptions des anciens auteurs, il appert que la mosaïque byzantine, les lambris de marbre ou les dorures si en faveur dans tout le khalifat de Baghdad primèrent l’ornementation de certains sanctuaires ; les colonnes étaient de marbre veiné et leurs chapiteaux souvent d’argent ou d’or.

Les premiers, les Seldjoukides puisèrent dans l’appareillage des matériaux un décor sobre, vigoureux, intimementlié à la structure de l’édifice. C’est encore à la brique cuite, mais non glacée, qu’ils le demandent, et grâce à l’alternance des tons clairs et foncés, gris blanc ou rouge vineux obtenus par des terres différentes et une cuisson plus ou moins prolongée, ils arrivent aux effets les plus heureux. Sur les coupoles, ils jettent les premiers ces feuillures minces de bronze qui s’harmonisent si bien à la puissance un peu sauvage de leur architectonie; dômes et minarets se blindent de plaques gaufrées, côtelées, ondulées, chevronnées, brodées

MOS Q^U EE DE HAMAD&K, (État actuel.)

d’arabesques ou de fleurons. Leur surface est comme un berceau tapissé de lianes folles. La dorure est rare, et le ton naturel du bronze préféré. En même temps, les bois ouvrés commencent à s’introduire dans le sanctuaire; ce sont des grillages, des galeries, des panneaux sculptés et incrustés, là encore triomphent les semis de fleurs, les rinceaux, toute une végétation spéciale à l’art arabe; et si fort est ce courant, que nombre d’œuvres desTartares et des Mongols conservent, sinon les formes seldjoukides, du moins les principes de leur ornementation. Au tombeau d’Oldjaitou, c’est la modénature de la brique que l’on rencontre, les bronzes ont disparu du dôme, et celui-ci est simplement enduit d’un stuc. Cependant, sous les Tartares, peu de mosquées s’élèvent que la brique vernissée ne tapisse. L’émail est posé sur la tranche, de même qu’à l’époque antique, seul, le ton général de la polychromie a changé. Les Achéménides avaient préféré les verts bleutés, les bruns et les blancs; les céramistes tartares adoptent le bleu lapis, alternant avec le bleu turquoise; la composition ne comporte point d’entrelacs, point d’assemblages géométriques, fussent-ils des plus simples; partout le fleuron foliacé ou florescent s'étale en maître, tendant les surfaces de son indéfinie répétition. Le tombeau de Timour a des briques immenses, dont la pâte gris jaune est recouverte d’un flux vitreux bleu lapis, sur lequel s’enchaînent des médaillons blancs semés de rehauts garance et noir; les bordures sont formées de sortes de fers de lance fleuris, de même style et de même ton (pages 177 et 193). Puis, c’est la mosquée bleue de Tébriz, où l’émail si longtemps délaissé reprend sa

revanche, mais où le thème ornemental est absolument arabe.

C’est alors que s’opère l’évolution dont le résultat est de substituer le carreau de faïence à la brique vernissée, engagée dans l’épaisseur du mur. A qui reporter l’initiative de ce mouvement? Aux Mongols, sans aucun doute. La décoration ainsi obtenue acquiert une suprême finesse; par contre, la fragilité de ce panneau plaqué le met en constant péril. Dans un pays où l’influence climatérique est aussi sensible qu’en Perse, il était voué à l’avance à une destruction certaine. Et, de fait, les tremblements de terre en ont eu raison presque partout. Sous les Séfis, la polychromie acquiert une douceur charmante. Portails, coupoles, parements des murs, tant extérieurs qu’intérieurs, minarets, arcades, niches, stalactites, se lambrissent de faïences; partout s’épanouissent les prodigieuses floraisons de ses arabesques, de ses rinceaux et de ses médaillons. Le bleu lapis cède le pas au bleu turquoise et à des tons lilacés d’une extrême délicatesse de touche; les fleurs sont jaunes, blanches, roses, frangées sur le bord de leurs corolles de rappels vigoureux, bruns ou carmins; les contours des médaillons s'esquissent en blanc et noir,

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