‹ L'art persanChapitre 68 sur 98 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cloisonné qui retient le flux vitreux de manière qu’il ne puisse se mélanger à celui de la cloison voisine ou se fondre avec lui pendant la cuisson.

Avec la succession du carreau de revêtement à la brique, la composition de la pâte change. L’artiste se met à la recherche d’un moyen qui lui permette de rehausser l’éclat des glaçures et de faire vibrer les couleurs employées par lui. De longs tâtonnements lui apprirent enfin que la terre seule n’est pas une matière assez noble, ainsi que l’on dit aujourd’hui en céramique, et qu’entre cette terre et l’émail, il lui fallait interposer un enduit de silicate alcalin.

Là est tout le secret de la vibration des faïences persanes. Grâce à cet enduit, les colorations deviennent chaudes et lumineuses, et leur transparence acquiert une incomparable pureté. De nos jours, c’est encore ce procédé qui est employé dans la fabrication des poteries siliceuses, et l’enduit ainsi appliqué est même désigné sous le nom d'engobe persan.

Il convient donc de classer les faïences de la Perse en trois catégories distinctes : les faïences stannifères,

VASE DE FAÏENCE SILICEUSE

(Musée des arts décoratifs.)

les faïences à reflets métalliques et les faïences siliceuses. Les deux premières furent presque contemporaines et se retrouvent communément au xme siècle. La dernière apparaît avec les Mongols; elle triomphe

sous le règne de Chah-Abbas.

Les faïences stannifères de la période islamique ont les memes qualités que celles des Achéménides. Si l’émail ne vibre point, il possède du moins une tonalité parfaitement égaleetune grande vigueur.

Tel est le cas au tombeau de Timouretà lamosquée de Tébriz. Le décor emprunté au style arabe, en partie géométral, a pour bordure une frette renfermant dans ses replis un octogone étoilé, au centre duquel se détache un godron. L’octogone est à fond bleu turquoise, l’esquisse du polygone et le godron se profilent en bleu intense, les filets de la frette en blanc, noir et brun. Par la nervure du cloisonnage, cette faïence acquiert un relief extraordinaire. Ce n’était cependant là qu’une manière ancienne arrivée à sa décadence, car

VASE DE FAÏENCE SILICEUSE

(Musée des arts décoratifs.)

déjà on retrouve, contemporaines de la tombe du grand conquérant tartare, des plaques à reflets métalliques où la main-d’œuvre dénote un haut degré de perfection. Ce sont, en général, des octogones étoilés de i5 centimètres de diamètre. Entre eux s’imbriquent des pièces de remplissage en forme de croix. Les motifs ornementaux se composent de rinceaux menus, d’arabesques grêles et d’inscriptions en caractères neskhys. Nombre de ces plaques sont datées. Elles appartiennent en majorité à la seconde moitié du xme siècle. L’indication est précieuse, car c’est précisément à cette date que se placent les plus vieilles poteries à reflets de métal.

L’émail sert alors à

détacher le sujet sur le fond. Le blanc est d’abord généralement préféré, un ton bleu ou vert sert à rehausser l’ornementation métallique. Bientôt pourtant ce fond devient bleu lapis ou brun et le dessin est tout entier à reflets. Que ce soit la gamme des ors, des roses cui*

(Musée des arts décoratifs.)

vrés, des gris argentés sur bleu saphir ou vert émeraude, les émaux ont toujours une profondeur extraordinaire. Rien n’égale les rouges du xme siècle ni ses bleus lumineux. Néanmoins, la facture persane, à travers cette métamorphose, reste fidèle à son origine, elle

s’assimile cette technique et traite ces sujets si étrangers à sa manière selon les préceptes de la philosophie de son art. Arabesques, forme humaine, imitée de la nature ou alliée à des végétations fantastiques , fleurs , feuillages ou fruits, la ligne reste nette, ferme, avec une tendance marquée vers la gracilité. Les faïences à fond bleu sont le plus souvent palissées de rinceaux déliés ou la fleur n’est qu’une silhouette sans nervures, souvent symbolique, s’enroulant à des arcs cissoïdes trilobés. Le modelé des figures humaines rappelle plutôt l’Inde que la Chine et, par un contraste singulier, les méplats s’y accusent amples et mous, alors que les plantes ramenées à leur squelette se détachent toutes en profil. A la Renaissance tout cela se développe et s’exagère. La couleur devient plus claire, -l’épiderme

VASE DE FAÏENCE SILICEUSE

(Musée des arts décoratifs.)

de la glaçure parvient à un degré de transparence qui lui était resté inconnu jusque-là. Le bleu sombre se fait rare. Les nuances douces prévalent : le bleu azur, le vert cendré, le jaune aurore. Le répertoire arabescal reste le même, mais plus compliqué, plus tourmenté, plus enclin au maniérisme.

On y démêle comme une imitation du style occidental. El, de fait, Chah-Abbas, il ne faut pas l’oublier, attira nombre d’Européens à Isphan et leur confia la construction de ses palais. La beauté des faïences de sa mosquée est unique. Le cadre du portail à fond bleu, avec rinceaux verts et fleurs roses, jaunes, blanches, gris argenté et lilas, a une puissance chromatique merveilleuse; sa demi-coupole jaune d’or, avec médaillons verts et grands losanges bleus remplis d’arabesques, un rayonnement de nimbe; le dôme gris vert, semé de rosaces blanches remplies de fleurs rouges, une pâleur douce, qui n’en fait que mieux valoir la vigueur des premiers plans.

Les poteries persanes étant rarement datées, il

BOUTEILLE DE FAÏENCE SILICEUSE

(Musée des arts décoratifs.)

s’ensuit qu’il est fort difficile de préciser exactement l’école à laquelle elles appartiennent. Tout au plus est-il permis de se guider sur cet indice : les plus anciennes sont à reflets métalliques et, par conséquent, postérieures au xie siècle, puisque Nassiri-Khosraou ignorait ce genre de fabrication. La forme de la plupart de ces vieux vases procède de celle des poteries byzan-

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