LA TOMBE DE CYRUS
a pasargade. (D’après Dieulafoy.)
d’un pyramidion. Toutes trois ont 7 mètres de côté, 12 de haut; des pilastres sont cantonnés aux angles, et en frise court une rangée de denticules. Des baies carrées, de 2™, 75 de côté, percent trois des façades, murées d’une dalle de marbre noir. A l’intérieur, la chambre funéraire est située à 5m, 10 au-dessus du sol. On y arrive par un escalier dont les arrachements sont encore visibles ; la porte est basse, et sur le seuil on distingue nettementla trace de l’emmanchement des lourds vantaux de pierre qui jadis la fermaient. Enhn, sur chacune de leurs quatre faces, des alvéoles rectangulaires sont distribuées, déterminant une alternance régulière de pleins et de vides. Ce n’est pas là, assurément, un signe de maçon indiquant l’épaisseur de pierre à enlever au ravalement, ainsi qu’on l’a prétendu. La surface ou s’ouvrent ces alvéoles est déjà ravalée. De plus, elles sont établies avec une symétrie parfaite, qui n’aurait aucune raison d’être, si elles avaient dû disparaître; et sur les trois pyramides, le travail est poussé juste au même point. On serait tenté devoir là, non pas l’enchâssement d’une
TOMBE DE PASARGADE.
(D’après Dieulafoy.)
plaque de marbre ou de faïence, ainsi qu’il a été proposé, mais une de ces recherches d’esthétique dont on fait si bon marché, un besoin de marquer le monument funéraire du sceau de ce dualisme de lumière et d’ombre, qui était la loi du mazdéisme, et de montrer la lutte de ces deux puissances coéternelles, se poursuivant jusqu’au seuil de l’au delà. Au point de vue religieux, la tombe ainsi construite se trouvait suspendue entre ciel et terre, et la conscience perse tranquille; aucun des éléments sacrés ne se trouvait de la sorte profané.
Avec Kambousiah (Cambyse) apparaît le type de l’hypogée. Maître de l’Egypte, le fils de Cyrus semble avoir été subjugué par la civilisation du pays qu’il venait de réduire à merci. Il adopte les attributs des Pharaons, fait rebâtir le temple de Néït et reçoit du grand-prêtre Ouzaharisinti l’initiation aux mystères de la déesse. L’impression fut si forte que, peu d’années après la conquête, Darius faisait creuser sa tombe dans le Mont Royal de Persépolis, et que, dès lors, chaque souverain l’imita et vint reposer à ses côtés. Cette syringe, toutefois, est loin d’avoir le développement de celles des grands Pharaons de la période thébaine. Au lieu de s’enfoncer dans la montagne du couchant et d’y retracer les phases du voyage du mort à travers le monde funèbre, elle n’est qu’un caveau dépourvu de tout ornement. Au lieu d’être la demeure du double, le logis qui abrite une parcelle impalpable de l’être,
PYRAMIDIOS DE LA
TOMBE DE PASARGADE.
(D’après Dieulafov.)
pendant que l’âme poursuit le cycle de ses devenirs. elle n’est que l’asile où s’opère la décomposition du corps. Une sorte de vestibule, de dimensions médiocres, donne accès à une chambre basse dans l’aire de laquelle sont ménagés, au cœur du roc, de un à neuf sarcophages. Aucune sculpture, aucune inscription, aucune trace de vie ou d’espérance. Non, la tradition du mazdéisme était entrée déjà dans les mœurs, quoi qu’on en ait dit, pour expliquer l’existence de ces hypogées. Leur exiguïté et leur silence suffiraient seuls à le prouver.
A l’extérieur, par contre, une composition immense annonce l’entrée de la tombe. La paroi de rocher qui lui sert de champ est toujours une falaise abrupte, qu’au préalable le sculpteur a épannelée avec soin. Son tableau, suspendu à plus de 5o mètres de haut, se divise en trois parties à peu près égales et décrit une croix grecque, .mesurant invariablement 22 mètres. Le bras inférieur, non décoré, répond, étant donnée la figuration des anciens, à l’esplanade étendue devant la demeure mortuaire. Sur le bras transversal s’étale la façade de celle-ci. C’est un portique, soutenu par quatre colonnes, dans l’axe duquel s’ouvre la porte du caveau. La baie en est étroite et haute, encadrée de listels, surmontée d’une gorge égyptienne et évidée seulement jusqu’à moitié de sa hauteur. La partie supérieure est remplie par un vantail figuré, que complétait sans doute le bloc de pierre servant à sceller l’ouverture, après l’introduction du cercueil royal. De la sorte, la sépulture se trouvait encore isolée entre ciel et terre, et le dogme respecté.
Au-dessus de ce portique, le bras supérieur de la croix forme frontispice. La surface en est ravalée presque polie, et en haut-reliel s’y détache une scène du mythe mazdéique, toujours la même. Toute la
la tombe de darius, a persépolis. (D’après Dieulafoy.)
largeur du champ est remplie par une estrade, copiée sur celle qui, sans doute, portait le trône du roi, aux jours de réception, dans l’hypostyle des grands palais de Persépolis, de Suse et d’Ecbatane. Un socle s’y dresse, sur lequel le souverain se tient debout, s’appuyant sur son arc de la main gauche, et étendant la
droite vers l'autel oü brûle le feu consacré. Au haut de la scène plane l’image d’Ahourâmazda, l’esprit qui se cache dans le disque. Enfin, sur le devant de l’estrade, de nombreuses figures se détachent, réparties en deux files superposées. Des découvertes les plus récentes, il appert qu’elles représentent les provinces de l’empire groupées autour du trône; elles le soutiennent, elles l’élèvent, et le nom de la satrapie, gravé sous les pieds de chacune d’elles, est même là pour l’affirmer. Malgré tout, il semble cependant qu’il se rattache à cette scène un symbolisme peu connu, mais qu’on retrouve dans tout l’Orient antique; elle rappelle trop une scène du rite égyptien pour n’avoir avec elle aucun lien de parenté. Dans les sanctuaires thébains, une estrade toute semblable à l’estrade persépolitaine est soutenue aussi par des génies représentés les bras levés. Or ces figures décrivent simplement la syllabe ka, du mot tka, faire monter et redescendre la flamme. La figure d’Ahourâmazda n’est pas moins étrange; elle ressemble tout autant au disque ailé égyptien, l’habitant de Houd, dieu beau, irradiant la lumière, et il n’est pas jusqu’aux rubans tombant de ce disque qui ne soient pareils aux rubans par lesquels l’influence magique se communique au pharaon. On pourrait même prolonger beaucoup plus loin cette comparaison critique. En Egypte aussi, le roi est tantôt debout, tantôt agenouillé sur un escabeau; mais ce socle n’est pas un simple tabouret. C’est le symbole du Ma de la puissance créatrice et rénovatrice, personnifiée par la flamme. Enfin, la présence de la gorge égyptienne rayée de ses palmettes, à la porte du caveau, est encore plus frappante. Ce n’est
CASSOLETTE MAZDEI Q^U E .
(Collection de M. le Dr Fouquet.)
pas là une moulure, mais l’un des principaux emblèmes du culte d’Amon. Ces palmettes multicolores, où certains n’ont vu que des stries variées, ce sont les flammes du Ma, les rayons de la double vie, l’irradiation qui se produit au passage de l’Osirien identifié dans sa tombe au soleil, les fulgurances magiques qui annoncent les renaissances accomplies dans le ciel du temple, quand le roi le traverse pour exercer le pouvoir créateur, au lieu et place du dieu. Les plus vieux mastabas en sont couronnés, comme aussi les plus anciens sanctuaires, et le type s’en est perpétué immuable jusqu’aux derniers temps de la période
romaine. Que les Perses ne se soient point bornés à copier servilement le symbolisme de l’Egypte, la chose est certaine; mais trop de points de contact existent entre ces deux interprétations d’un dogme, par bien des côtés identique, pour que les derniers venus ne se soient pas inspirés de l’œuvre de leurs devanciers, dont la philosophie, vieille de quelques milliers d’années, avait eu le temps d’aboutir à un idéalisme parfait.
L’architecture religieuse fut rigoureusement bannie
LAMPE MAZDÉIQUE.
(Collection de M. le Dr Fouquet.)
de toute la Perse mazdéique. L’un des préceptes du culte proscrivait le temple et voulait que les rites fussent célébrés en plein air. Aussi les autels du feu sont-ils les seuls monuments consacrés de toute l’antiquité achéménide, parthe ou sassanide. Toujours ces autels se présentent par groupes de deux, ce qui, une fois de plus, fait songer aux idées de l’Egypte sur la double
flamme de vie.
L’un de ces groupes s’élève en Médie, au sommet d’un massif montagneux qui commande la ville moderne de Démavend.
C’estuneplateforme longue de 60 mètres, large de 3 mètres, et bâtie en gros quartiers de rocher, sans aucune prétention artistique.
En Perse, plusieurs autels couvrent l’éperon de la montagne qui fait face à Persépolis. Leur base est restée abrupte, coupée de quelques marches qui donnent accès aux pyrées. Ceux-ci reposent sur un socle aplani. Ils sont taillés dans le roc vif et de hauteur inégale. De môme que la tombe construite, leur masse donne une pyramide quadrangulaire tronquée; chaque face est décorée d’un arc plein cintre, appuyé à des colonnettes engagées aux angles, et, au sommet de l’autel, une table carrée, crénelée de merlons, constitue Pâtre
CASSOLETTE MAZDEIQUE.
(Collection de M. le D1' Fouquet.)
où 'brûlait le feu qu’entretenaient les Mages. Le style archaïque de ces autels permet de reculer leur fondation au delà du règne des grands rois, alors que Persépolis n’était encore qu’une bourgade. Darius n’aurait même, si l’on en croit certains auteurs, choisi ce lieu, pour l’emplacement de sa nécropole, qu’en raison de légendes qui les rattachaient au passé des Aryens.