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V. — V Architecture civile

Vainqueur d’Astyage à Pasargade’, Cyrus s’était plu à embellir la vieille bourgade perse et à en faire sa résidence favorite; à l’avènement de Darius, elle était déjà considérée comme Ville Sainte, et, bien qu’abandonnée par ses successeurs, qui tous lui préférèrent Persépolis, Suse et Ecbatane, elle conserva, jusqu’à la conquête macédonienne, ses monuments et ses trésors. Au milieu de ses décombres, quelques vestiges de monuments subsistent, qu’il est malaisé d’identifier : un soubassement gigantesque, de 232 mètres de côté sur 12 de haut, destiné à quelque palais que Cyrus n’eut pas le temps d’achever, quelques basesde colonnes, une colonne entière encore debout, un pilier d’ante finement sculpté et quelques arasements de murs. C’en est assez, du moins, pour établir que l’appartement de réception du roi, situé sur une terrasse dominant la plaine, consistait déjà en une salle hypostyle entourée de portiques, et que, par conséquent, les édifices de Persépolis représentent la pleine éclosion d’un art national, et non un emprunt fait à l’art de l’Égypte,

l’art PERSAN. î

ainsi qu’on l’a souvent répété. Sous Cyrus, l’Égypte est encore inconnue des Iraniens, qui n’y pénètrent qu’avec Cambyse, et le palais de Pasargade, considéré comme une réplique lapidaire du palais de bois d’Astyage, prête à la description de Polvbe une grande

apparence de vérité.

Si précieux que soient ces renseignements, la ruine de l’édifice est trop complète pour qu’il soit possible d’en restituer l’architectonie ; mais les dispositions du plan sont celles qu’on retrouve dans les

LE PALAIS DE CYRUS, A PASARGADE. CO 11 S t TU Cti On S de

Darius : un portique à quatre colonnes, flanqué de deux salles latérales, puis un hypostyle à trois nefs, ou douze colonnes supportaient le plafond. Complétez par la pensée ce palais, il ne différera de ceux de Darius que par le nombre des colonnes de sa salle. C’est donc à Persépolis qu’il faut chercher ce que fut l’architecture des Aryens.

Là, les demeures des grands rois se sont groupées sur une esplanade, dont le noyau est une colline que les ingénieurs se sont évertués à aplanir. Son péri-

mètre a de nombreux ressauts et suit les ondulations de la roche; toutefois, l’enceinte ainsi tracée détermine une sorte de parallélogramme de 473 mètres de large sur 286 de profondeur, adossé à la nécropole royale. L’aire de ce plateau factice s’élève à i3 mètres au-dessus du niveau de la vallée; l’appareil des murs de soutènement est polygonal; une plinthe et une corniche crénelée, faisant parapet, constituent toute la décoration

du parement, qui souvent a plus de 4 mètres d’épaisseur. Les dépressions de la colline sont nivelées au moyen de remblais recouverts de dallages, et au-devant de la façade est se déploie un escalier monumental dont les cent onze marches sont si larges et si peu hautes, que les historiens arabes ont pu, sans exagération, dire qu’il était possible de le descendre à cheval. Précédé d’un perron, il a deux volées divergentes parallèles aux murs, deux paliers symétriques, puis deux volées convergentes, séparées des premières par un mur d’appui. Sur cette terrasse se sont répartis successivement les palais des Darius et des Xerxès, chacun tenant à surpasser son devancier. Ce sont les propylées et la salle du trône de Xerxès, la salle aux cent colonnes de Darius et les salles d’audiences ordinaires

de l’un et l’autre des deux souverains. Des amoncellements de décombres marquent la place des demeures privées. Leur état est tel qu’il est impossible de reconnaître, même approximativement, le plan.

Les propylées de Xerxès, restaurées d’après les données archéologiques les plus probantes, comprenaient deux tours rectangulaires, bâties en briques, dont l’aspect est vaguement celui des pylônes de l’Égypte. Un toit s’étendait de l’une à l’autre, soutenu par quatre colonnes, et, dans l’axe de chacune d’elles, s’ouvrait une porte immense dont les montants de porphyre gris, hauts de r i mètres, sont flanqués de figures de taureaux ailés, pareilles à celles des monuments assyriens. Ces monstres ne mesurent pas moins de 6 mètres de long sur 5 de haut; vus de face, la partie antérieure de leur corps se détache, à l’avant de la porte, en ronde bosse, tandis que la partie postérieure se profile, dans l’ébrasement, en haut relief. Les colonnes sont également en porphyre gris, rayées de nombreuses cannelures et pourvues de bases campaniformes recouvertes de folioles légères. Le chapiteau a disparu, mais ce qu’il en reste permet de reconnaître l’ordre composite perse.

Tous les historiens d’art s’accordent aujourd’hui à reconnaître dans l’hypostyle de Persépolis une enceinte d’apparat réservée aux audiences solennelles du monarque, enceinte isolée et indépendante du palais d’habitation. Là, assis sur un trône posé sur une estrade, le roi des rois apparaissait à certains jours, dans tout l’éclat de la pompe orientale, aux courtisans et aux ambassadeurs étrangers. Le nom d 'apâdana, donné par les Perses à ces salles, alterne avec celui

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