IV. — Les Bron\es, V Orfèvrerie, l’Ivoire et les Armes
Bannie de l’architecture par la faïence, la sculpture persane se réfugia d’abord dans les boiseries; mais bientôt les placages métalliques s’étendirent à leur tour sur celles-ci, et, entièrement délaissée, elle passa
successivement aux mains des ciseleurs et des graveurs.
Cette préférence, accordée en tout aux revêtements, s’explique par la nature du décor persan. Moins expressif que le décor arabe, il a moins besoin des contrastes, de lumière et d’ombre. De tels jeux eussent troublé la quiétude de l’esprit. Ce qu’il lui faut, c’est une esquisse qui n’ait rien de vague, d’inachevé, rien qui l’obsède. Elle doit pouvoir s’y reposer à l’abri de tout souci.
Aussi, les quelques rares boiseries qui ont survécu aux placages précieux ne font-elles que répéter, en un relief sobre, les sujets des compositions textiles ou céramiques, ceux des premières surtout. Un médaillon ondulé est rempli de branches rayonnantes, et des coins donnent chacun le quart du motif central. L’arabesque est molle, le modelé incertain; même dans les plus grands panneaux, on ne rencontre presque jamais de refouillements ; le dessin est tout en surface; des tons vifs, nettement posés, détachent seuls les principales masses, faisant ainsi du bas-relief une sorte de tapisserie de bois.
Cette compréhension delà sculpture devait conduire vite la ciselure et la damasquinerie à un degré de développement remarquable. Celle-ci prit d’abord le pas sur celle-là, sans que toutefois l’une ou l’autre cherchât à s’affranchir de la convention où s’enfermait le génie persan.
On s’accorde à considérer l’art de fixer l’or ou l’argent sur l’acier ou le bronze comme étant né en Perse. Il y aurait mauvaise grâce à s’inscrire en faux contre cette théorie, bien que les ouvriers les plus habiles aient toujours été ceux de Damas. Ce qui permet surtout de le
croire persan est qu’il sait dire à merveille les tendances que nous retrouvons dans la tapisserie et la céramique. Les motifs traités sont les mêmes, les moyens employés pareils. Sur un fond sombre s’enlève une image brillante, monochrome, mais qui, par suite de la nature des matériaux, se détache admirablement. Vers quelle
époque prit naissance cet art? Les pièces datées nous répondent : au xme siècle; mais la sûreté de la facture annonce une longue période de formation qui nous échappe. Les bronzes ciselés et les cuivres repoussés paraissent antérieurs; certains sont d’un travail archaïque qui rappelle Byzance et les Coptes d’Égypte. Un exemple frappant est fourni par un oiseau de bronze, conservé au Musée des arts décoratifs. Des lampes coptes-du musée de Ghizeh ont une forme identique. La figure est atténuée, mêlée d’éléments composites; le corps est un ovoïde cuirassé d’embrications; le cou, une sorte de tige habillée depalmettes; la queue, une rosace découpée à jours. Le galbe des vases de cuivre repoussé est pur et ne comporte guère de lignes élancées; les rondeurs sont fortement indiquées, la surface se partage en médaillons fleuronnés, en zones de