OISEAU DE BRONZE CISELE
(Musée des arts décoratifs.)
rinceaux minces et en cordons d’inscriptions. Ici, des écussons se découpent sur un enroulement ténu, fleuri de marguerites. Ailleurs, un enchaînement de rectangles et de losanges ondulés, remplis d’inscriptions et d’arabesques, s’étend sur un semis de fleurs. Le plus souvent, la tige des feuillages est si mince, qu’il y aurait peine à en suivre les replis, n’était que le champ est rugueux, le relief poli avec soin.
Ce genre de travail est comme un rudiment de damasquinerie. La technique de celle-ci a été clairement exposée par M. Lavoix, dans une étude ayant pour titre : les A\\iministes. Voici le principal passage :
« La damasquinerie se traitait chez les Orientaux de diverses manières. Dans le travail par incrustation, on fixait un fil d’or ou d’argent dans une rainure enlevée sur le métal par le burin et un peu plus large au fond qu’à l’entrée. Tantôt c’était une mince feuille d’or appliquée sur fond d’acier ou de laiton et prise entre deux lignes parallèles, dont les rebords, légèrement rabattus, lui faisaient une sorte d’encadrement; ce placage se trouve dans une grande partie des ouvrages
Tenus de Damas. Tantôt l’ouvrier, armé d’une lime en forme de molette d’éperon, conduisait rapidement son outil sur l'objet qu’il avait à ornementer, et le fil d’argent s’appliquait au marteau sur toutes les parties du métal ainsi préparées pour le gripper et le retenir. Les ouvriers du Caire emploient encore aujourd’hui ce procédé de travail, qui s’exécute avec une habileté merveilleuse. Cette façon de damasquiner appartient particulièrement aux artistes de la Perse, d’El-Agham, pour nous servir du mot arabe qui désigne ce pays. Les Italiens, en imitant ce procédé, avaient appliqué cette expression, al aghamina , à ceux de leurs artistes qui rappelaient la manière des ouvriers persans, des aghami , de même qu’ils nommaient lavori alla damascliina les ouvrages taillés suivant la fabrication usitée à Damas. » A ce titre, tous les bronzes ou aciers damasquinés peuvent être considérés comme procédant de la facture persane. Le répertoire de l’artiste varie peu : ce sont d’éternels rinceaux fins, graciles; des scènes de chasse, animaux forcés à courre ou oiseaux rabattus au faucon ; de petites figures humaines trapues, drapées dans de longs vêtements qui en dissimulent les formes et les annihilent, pareilles à celles de certains ivoires chinois. Le grand centre de production est Mossoul. C’est tantôt une vasque de cuivre tendue de guirlandes avec lignes d’inscription sur fond d’arabesques et défilé de personnages, tantôt un buire à la panse large et haute, au goulot cerclé de lourds anneaux. Même liséré de folioles se posant sur lui en couronne, même zone touffue d’imperceptibles fibrilles, même semis d’écussons dentelés se répétant sur son pourtour. Le champ laissé
libre au milieu de cette ve'gétation folle est occupé par un chasseur, le faucon au poing. Autour de lui règne un réseau de méandres rappelant singulièrement l’entrelacs que l’on rencontre sur les bronzes consacrés de Chine.
Puis, c’est une frise de figurines figées dans leurchaped’argent et des orbes de feuillage et d 'inscriptions.
Ailleurs, des flambeaux travaillés à jour ont ces mêmes figurines sur fond d’arabesques, les mêmes inscriptions sveltes enlacées des mêmes festons fleuris. Ce qui donneunephysionomieàtout
cela, c’est de n’être qu’une manifestation heureuse d’une formule qui s’applique à tous les arts industriels, quels que soient les matériaux mis en œuvre. C’est même